Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 30.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 03.06.2019 à 11h21
    Imprimer
    Me Aguila (à g.) est un des avocats d’Olivier Peres. Me Calmet représente la partie civile. Photo J.-A.G.-L.
    JUSTICE. Olivier Peres, incarcéré pour l’assassinat de son voisin à Tina en 2018, a fait une demande de mise en liberté. Devant les juges, hier, le chirurgien a comparé la prison de Nouville à « un camp de la mort ».

    Il s’est présenté à la justice un livre à la main, Le Colonel Chabert, un roman d’Honoré de Balzac dans lequel le personnage éponyme, passé pour mort après une bataille, revient à Paris dix ans plus tard pour retrouver son titre, sa fortune et son épouse qui s’était depuis remariée. Mis en examen pour l’assassinat de son voisin, Éric Martinez, sur le golf de Tina, le 13 septembre 2018 et placé en détention provisoire au Camp-Est depuis le 15 septembre 2018, Olivier Peres a présenté devant la chambre de l’instruction, hier, une demande d’assignation à résidence avec surveillance électronique. Pour défendre cette mesure de mise en liberté, l’ancien chef du service chirurgie orthopédique et traumatologique du Médipôle a accusé le Camp-Est d’être « un camp de la mort », « un mouroir » allant jusqu’à comparer la prison de Nouville à « un camp de concentration ». Évoquant des « conditions d’incarcération inhumaines », où les gens sont « entassés dans des cellules de deux personnes », « enfermés 22 heures par jour » et où il y a « pléthore de tentatives de suicides », Olivier Peres a supplié les juges d’accéder à sa demande pour que « je puisse arriver à mon procès en état de me défendre ».

    « Pas au-dessus des lois »

    En début d’année, la justice avait refusé une première demande de mise en liberté, motivant sa décision par le fait qu’il fallait éviter toute pression sur des témoins et par le risque de fuite du docteur. Un des avocats du mis en cause a donc riposté aux arguments de la justice en affirmant que « les conditions de la détention provisoire, d’un point de vue juridique, ne tiennent pas. Olivier Peres n’est pas au-dessus des lois mais il n’est pas non plus en dessous ». Me Laurent Aguila, qui ne s’est pas privé de décrire la victime en « pervers manipulateur », a ensuite justifié cette demande de mise en liberté en avançant que « les gens ont besoin d’Olivier Peres, il peut encore rendre service ». « Il y a une demande des patients, je reçois des dizaines de lettres », a poursuivi l’intéressé.

    L’argumentaire n’a pas, sans surprise, fait basculer l’avis du parquet général. Répondant aux critiques sur les « conditions d’incarcération inhumaines », Christian Pasta a tenu à rappeler qu’« un jour, vous [Olivier Peres, NDLR] quitterez l’enfer carcéral mais Éric Martinez, lui, ne sortira jamais de son tombeau. Ne l’oubliez pas ! ». L’avocat général a, de plus, évoqué sa « crainte » d’une fuite d’Olivier Peres s’il venait à être libéré : « il a de l’argent, des connexions dans le monde entier. Vous savez, il y a des pays où l’on ne vous retrouve jamais ». « Aller expliquer à ceux qui sont en détention provisoire pour avoir volé une voiture qu’ils doivent rester au Camp-Est tandis qu’Olivier Peres est libéré », a conclu Christian Pasta.

    La partie civile s’est elle aussi opposée à la mise en liberté d’Olivier Peres qui a « mis à mort » Éric Martinez de trois coups de feu. « Tout ce qu’il a fait était bien calculé. Rien ne justifie qu’il soit dehors », a clamé Me Martin Calmet. En fin de journée, la chambre de l’instruction a balayé la demande de mise en liberté. Olivier Peres est maintenu en détention provisoire. Sa famille et ses proches sont sortis du palais de justice la mine déconfite.

    Qu'est ce que l'assignation à résidence ?

    L’assignation à résidence avec surveillance électronique (ARSE) est une mesure de contrainte, alternative à la détention provisoire (mesure d’incarcération avant le procès) dans le cadre d’une enquête pénale ou décidée pour les personnes condamnées lors d’un aménagement de peine.

    Ordonnée avec l’accord ou à la demande de la personne mise en cause dans une enquête, l’assignation à résidence avec surveillance électronique « oblige la personne à demeurer à son domicile ou dans une résidence fixée par le juge d’instruction ou le juge des libertés et de la détention et de ne s’en absenter qu’aux conditions et pour les motifs déterminés par ce magistrat », peut-on lire dans le code de procédure pénale. La mesure impose donc à la personne de porter à la cheville un bracelet électronique qui est relié à un boîtier installé dans le lieu de résidence choisi et paramétré avec les heures de sortie autorisées par la justice. Il peut donc capter la présence ou non de l’individu à son domicile.

    Une alerte en cas de non-respect

    Dans le cas où la personne quitte les lieux où elle a l’obligation de rester et à un moment où elle n’y est pas autorisée, le boîtier émet une alerte aux autorités. « La personne qui ne respecte pas les obligations peut faire l’objet d’un mandat d’arrêt ou d’amener et être placée en détention provisoire », précise le code de procédure pénale. À savoir, et c’est important, que le temps passé sous ARSE est décompté de la peine de prison susceptible d’être prononcée par la juridiction.

    On estime qu’en France, selon des chiffres du ministère de la Justice de 2016, près de 11 000 personnes portaient un bracelet électronique.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS