Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 10.07.2019 à 05h53 | Mis à jour le 10.07.2019 à 07h01
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    Le conflit entre les clans Eurisouké et Moereo, à Houaïlou, dure depuis dix ans. Le procès, hier, aura peut-être permis de calmer certaines tensions.
    JUSTICE. Le 7 juin, un membre de la famille Eurisouké tirait sur deux hommes du clan Moereo. Le tireur a écopé de sursis. « Si l’irréparable se produit un jour, alors ce sera l’escalade ! », a averti le tribunal.

    C’était peut-être le moment de se dire les choses. De tout mettre à plat pour qu’une vie plus tranquille puisse reprendre ses droits à la tribu de Kaora, à Houaïlou. Un conflit coutumier oppose les clans Eurisouké et Moereo depuis une dizaine d’années. Le procès en correctionnelle, hier, d’un trentenaire de la famille Eurisouké pour des violences sur le camp d’en face, aura peut-être permis d’apaiser certaines rancœurs. Car ce qui s’est passé le 7 juin dernier n’a fait que raviver certaines haines. Il est un peu plus de 13 heures lorsque le prévenu descend de la montagne après une partie de chasse. Il entend en contrebas d’étranges bruits. Il comprend : sa voiture est en train d’être dégradée. Un instant plus tard, il voit deux jeunes hommes du clan Moereo déguerpir à toute vitesse. Son pare-brise est cassé, ses pneus crevés.

    « Vengeances sans fin »

    Selon les dires du chasseur, décrit comme un père de famille calme et inséré dans la société, il ouvre alors le feu à deux reprises, le canon de son calibre 12 pointé en l’air, tandis que les jeunes Moereo se trouvent à une centaine de mètres en contrebas. L’un des deux fuyards est touché par du plomb. « Il a tiré quatre ou cinq fois », contredit la victime, qui a été hospitalisée et s’en est tirée avec trente jours d’ITT (incapacité totale de travail). Le tribunal a vite compris que derrière ces violences, il y avait « des vengeances sans fin » entre deux familles. Le clan Eurisouké décrit « les insultes » quotidiennes que subissent leurs enfants et « les agressions » qui rendent « la vie difficile à la tribu ». Les Moereo évoquent eux des incidents similaires et « des blessures causées sur notre grand-mère » récemment. Parce que personne ne se parle et n’essaye de comprendre l’autre, « chacun se fait justice soi-même et c’est dangereux et pas acceptable ». Le président se veut pédagogique : « voilà comment les choses se dégradent et qu’il peut y avoir des morts ». L’avocate du clan Eurisouké, Me Moresco, invite le tribunal à « jouer un rôle d’apaisement » pour éviter que « la situation ne soit plus tendue qu’au début du procès ». Son contradicteur, Me Calmet, est moins dans le consensus. « Votre volonté était de marquer le coup. N’allez pas nous faire croire que c’était un tir aléatoire, que vous ne vouliez pas les blesser », plaide le conseil des Moereo. Au tour du procureur de la République, Richard Dutot : huit à dix mois sont requis. Le prévenu réitère ses excuses, « je suis déçu de ce que j’ai fait, on ne m’a pas appris ça ». Le tribunal se retire délibérer. À son retour, la sanction tombe : six mois de prison avec sursis. Le président est franc, « on a décidé de ne pas mettre de l’huile sur le feu ». Mais il prévient, « on vous incite les uns et les autres à calmer le jeu sinon il y aura un drame. Si l’irréparable se produit, alors ce sera l’escalade ! ». La cinquantaine de personnes, membres des clans Eurisouké et Moereo sont reparties du palais de justice dans le calme.

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