Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 15.05.2019 à 05h40 | Mis à jour le 15.05.2019 à 07h00
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    Les sanctions du tribunal ont été sévères à l’encontre de cette bande de voleurs de voitures de Thio. Photo J.-A.G.-L.
    JUSTICE. Accusée de dizaines de vols, une bande de Thio a été lourdement condamnée. Leader du groupe, Gnonmoin Nonmoira a écopé de sept ans de prison au cours d’un procès qui a viré, à certains moments, à la provocation, laissant un goût amer aux victimes.

    Ils n’ont eu de cesse de ricaner entre eux, de toiser et de se moquer des victimes et de jouer avec les nerfs des juges pendant presque deux heures. « Depuis une vingtaine d’années que je suis dans la magistrature, je n’ai jamais vu un tel irrespect pour les victimes », se scandalise le procureur de la République, Xavier Goux-Thiercelin. Entre chahut et revendications politiques, le procès de ces six hommes de Thio, âgés de 19 à 31 ans, et jugés hier devant le tribunal correctionnel pour des dizaines de vols de voitures ces deux dernières années, a écœuré les victimes qui n’ont eu droit qu’à quelques sifflets de prévenus hilares en quittant le palais de justice, malgré les lourdes peines prononcées à leur encontre.

    Les dossiers sont si volumineux et les infractions si nombreuses que la présidente du tribunal Évelyne Camerlynck n’a pas détaillé toutes les affaires, les faits étant entièrement reconnus par les prévenus. « Vous avez volé plusieurs voitures de la SLN, à Thio, constate la magistrate. Pourquoi ? » « Ils polluent l’air, ils polluent la nature. On s’en fout du nickel », riposte Gnonmoin Nonmoira. Cheveux courts et petits yeux pétillants, le garçon de 21 ans du quartier de Thio-Mission est considéré comme le leader de ce groupe qui mène des « missions de vols », revendique-t-il. « Ils sont pas foutus de nous former dans les mines. On brûle tout à Thio, on s’en fout », balance un autre. La juge ouvre un nouveau dossier : une des voitures qu’ils ont dérobée à Païta, finit accidentée. Lorsque l’un des assesseurs fait remarquer que des dizaines de personnes décèdent chaque année sur la route, Gnonmoin Nonmoira joue la provocation : « On n’a pas peur de mourir nous. »

    « On est des racistes, nous ! »

    La discussion continue et prend une tournure consternante : « Le 26 mars, vous volez une voiture derrière le dispensaire de Thio. Vous n’y avez pas mis le feu alors que c’est pourtant votre mode opératoire… ». « On a vu les papiers de la voiture, c’était un Kanak », dit un des voleurs. « Et s’il ne l’avait pas été ? » « Si c’est un Blanc ou un Wallis, on brûle direct la voiture ». « Mais, c’est une certaine forme de racisme ? », poursuit la présidente. « On est des racistes, nous ! », réagit Gnonmoin Nonmoira. Ses acolytes se marrent. Et le cambriolage du commerce Chez Henri, à Boulouparis, le 9 janvier dernier ? « Vous voulez quoi ? Que tous les magasins baissent leurs rideaux ? », questionne la magistrate. Les prévenus répondent par une énième provocation dans un brouhaha indécent. Leurs sourires s’effacent au fil des réquisitions du procureur. « Vous voulez nous faire croire que vous avez un projet politique et écologique en détruisant la SLN. Il n’en est rien. Non, vous ne faites que vous amuser et vous n’êtes pas suivis par vos familles. Voler la SLN, ça n’a rien à voir avec l’environnement, c’est seulement pour faire des "burn" », gronde Xavier Goux-Thiercelin. De lourdes peines sont requises « sans faiblir » par le ministère public.

    Il suffit d’un quart d’heure au tribunal pour délibérer. La peine la plus lourde revient à Gnonmoin Nonmoira avec sept ans de prison. Trois ans et trois ans et demi ferme sont respectivement infligés à Médérick Moindou et Marco Nonmeu. Robert Kai écope de deux ans tandis que six mois ferme sont à deux autres prévenus. Deux mandats d’arrêt sont décernés à l’encontre de deux jeunes de 19 ans, absents à l’audience. Désormais recherchés, ils devront purger un an de prison. Ils devront rembourser, solidairement, près de 9 millions de francs aux victimes qui ont quitté le palais de justice… sans trop se faire d’illusion sur la solvabilité des prévenus.

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