Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 24.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 24.06.2019 à 09h29
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    Le parquet a décrit la victime comme « une femme en miettes ». Archives LNC
    JUSTICE. Le 10 juin, ce fut la fois de trop. Charles Kavisoibanou a fait vivre à sa compagne un simulacre d’exécution en pleine nuit, l’a rouée de coups et menacé de la « découper » avec son sabre. Il a été incarcéré.

    Charles Kavisoibanou était déjà à la barre du tribunal correctionnel de Nouméa quand sa compagne a descendu la légère pente de la salle pour s’asseoir sur le banc des victimes, juste à côté de lui. Elle n’a pas eu le courage de le regarder. Une partie du visage cachée sous ses longs cheveux noirs, elle pleurait avant même que le procès ne commence. Lui non plus n’a pas eu un regard pour elle. La mine fermée, Charles Kavisoibanou n’aura d’ailleurs pas un mot de regrets ou de pardon pour la mère de son enfant.

    La marmite était froide

    La présidente Edwige Kouassi commence par évoquer l’affaire et plonge le tribunal et le public dans la nuit du 10 juin dernier. Ce soir-là, monsieur reçoit des cousins dans sa maison de la tribu de Nédivin, à Houaïlou. Il est déjà tard, sa compagne dort dans la chambre. Leur fille s’est endormie dans le salon. Charles Kavisoibanou boit plus que de raison. À une heure avancée de la nuit, cet homme au casier judiciaire bien chargée réveille sa femme. Il raconte aux juges qu’il a voulu que celle-ci s’occupe de leur fille « qui dormait torse nue dans le clic-clac ». La mère de famille explique plutôt qu’il l’a réveillé brutalement car « la marmite n’était pas chaude. Il m’a dit qu’il fallait que j’aille réchauffer le plat ». Elle l’envoie balader. Le début d’une soirée cauchemardesque.

    Puisque c’est ainsi, Charles Kavisoibanou s’empare de son fusil de calibre 12, le charge de deux cartouches, s’avance vers sa compagne et la soumet à un simulacre d’exécution. « Il a mis le canon de son fusil sur ma tête. Il disait qu’il allait me flinguer. Je lui ai dit “vas-y tire, vas-y tire !", se souvient la victime. Puis notre fille est arrivée, il a posé l’arme. » Charles Kavisoibanou est interrogé par la magistrate, « je ne l’ai pas menacée avec mon fusil, je l’avais en main car c’était pour mon cousin, on venait de se disputer ».

    « Festival de misogynie »

    Et la lame du sabre posée froidement derrière la nuque de la jeune femme en la menaçant de la « découper » quelques minutes plus tard ? Le prévenu n’a pas grand-chose à dire pour sa défense. « Évidemment qu’il est nécessaire qu’il travaille sur la problématique de la violence et de sa consommation d’alcool », admet Me Barbara Brunard, le conseil de Charles Kavisoibanou. La présidente relit ses déclarations en garde à vue. « Mettez-vous à ma place, elle monte vite le ton… », dira-t-il lors des auditions. Après les menaces avec le fusil, avec le sabre, les coups. Comme s’il en pleuvait. Charles Kavisoibanou est déchaîné. Sa compagne s’évanouit. Il en a fini avec elle. Il s’en va manger. La jeune femme originaire d’Ouvéa, en couple avec cet homme depuis 2013, est tremblotante devant la justice. « J’ai peur qu’un jour, il me tue. Je ne veux plus vivre avec lui », confie-t-elle. « Par le passé, vous lui avez imposé des relations sexuelles sous la menace d’une arme ? », interroge la magistrate. Charles Kavisoibanou hoche la tête, « c’est des conneries ça ». « Bonhomme odieux » dont « l’audition en garde à vue est un festival de misogynie et d’asservissement de la femme », le procureur évoque « une femme en miettes » qui n’a « personne autour d’elle pour se protéger ». Richard Dutot réclame trois ans de prison dont six mois avec sursis mise à l’épreuve. Des réquisitions qui seront suivies à la lettre par le tribunal. Charles Kavisoibanou est immédiatement incarcéré après le procès. Quand il sortira du Camp-Est, il aura l’interdiction d’entrer en contact avec madame qui doit, à présent, se reconstruire loin de lui.

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