Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 22.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 23.06.2019 à 10h26
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    Depuis dix ans, la vente d’alcool à emporter est interdite sur l’île. Seuls les hôtels et les restaurants sont légalement autorisés à en servir. Archives LNC
    Justice. Deux hommes ont été sanctionnés pour avoir tenu une épicerie parallèle à Kunié, où la vente d’alcool à emporter est interdite. Ils ont avoué avoir importé des centaines de bouteilles de 2017 à 2019. Le bénéfice se chiffre à plusieurs millions de francs.

    Quand les gendarmes de l’île des Pins sont arrivés devant cette maison de la tribu de Touété, une dizaine de personnes attendaient patiemment sur le palier. Sur l’île, où la vente d’alcool dans les commerces est strictement interdite depuis 2009, cette habitation était réputée pour abriter une épicerie parallèle aussi illicite que florissante. Il ne s’y vendait pas de denrées alimentaires, de produits d'entretien ou d'hygiène, mais uniquement de l’alcool fort.

    Les clients assoiffés connaissaient bien l’adresse. Ils arrivaient leur cabas vide et repartaient équipés pour le week-end ou la semaine.

    De 2017 à 2019, les « tenanciers » importaient clandestinement des cartons de rhum et de whisky puis les revendaient sous le manteau. Ils avaient bien compris la manne financière que pouvait représenter ce trafic illicite.

    Dénonciations anonymes

    Jugé devant le tribunal correctionnel de Nouméa, vendredi, l’un des prévenus a raconté aux juges qu’il avait « commencé à vendre des bouteilles car je n’avais pas assez d’argent pour monter mon projet de tourisme vert ». Le second, absent au procès, avait décrit aux gendarmes ses « soucis financiers » avant de concéder qu’il avait fini par diminuer la vente « car il y avait trop de problèmes à la tribu ». La présidente du tribunal, Edwige Kouassi, embraye : « L’enquête est partie de dénonciations anonymes car il y avait beaucoup de gens alcoolisés et pas mal de soucis ». Les gendarmes, à la fois chargés d’appliquer l’arrêté municipal et de poursuivre les revendeurs, ont épluché les comptes bancaires des fautifs. Ils n’y ont rien trouvé d’anormal.

    Les clients payaient à chaque fois en liquide. En revanche, les enquêteurs ont réussi à prouver qu’ils avaient fait entrer illégalement sur l’île près d’une tonne d’alcool. « Il y en avait aussi pour ma consommation personnelle », s’est timidement défendu l’un des contrebandiers. Des centaines de cartons écoulées en quelques mois pour un bénéfice de plus de deux millions de francs. Le procureur de la République, Richard Dutot, ne semble pas croire à cette évaluation. À l’entendre, les revenus seraient peut-être deux fois plus importants.

    Le tribunal tranche, il sanctionne les deux trafiquants là où ça fait mal : au portefeuille. Une amende de 300 000 francs à régler dans les cent jours est infligée à l’un des prévenus. Depuis dix ans, les marchés noirs ont fleuri aux quatre coins de l’île. À chaque fois qu’un trafic est démantelé, un autre ouvre ailleurs. À croire que l’argent amassé couvre facilement le montant des amendes et que le jeu en vaut la chandelle.

     

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