Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 05.06.2019 à 04h30 | Mis à jour le 05.06.2019 à 06h44
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    « Je m’en veux terriblement d’avoir fait autant de mal », a confié le prévenu devant le tribunal. Archives LNC
    JUSTICE. Un homme a écopé de trois ans de prison avec sursis mise à l’épreuve pour avoir foncé sur deux piétons avec qui il avait eu un différend dans un établissement de nuit, le 1er mai. Un appel du parquet n’est pas exclu.

    Le fossé entre les réquisitions - six ans de prison ferme - et la décision du tribunal correctionnel - trois ans avec sursis mise à l’épreuve - s’apparente à un camouflet pour le parquet. Jugé hier pour avoir fauché deux fêtards à Val-Plaisance, après une brouille dans une boîte de nuit nouméenne, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un homme de 35 ans, gérant de sociétés, est sorti libre du palais de justice après un mois de détention provisoire. « Je regrette le mal que j’ai fait. Je n’arrive même pas à regarder les victimes tellement j’ai honte », a confié le prévenu sous les yeux de sa mère et de ses nombreux amis en larmes.

    « Une question d’ego »

    Avant ça, le tribunal est longuement revenu sur cette soirée. À une heure avancée de la nuit, une altercation éclate entre un ami du prévenu et une des victimes. Les deux sont sortis manu militari par les videurs. Le trentenaire, plus d’un gramme d’alcool dans le sang, ne digère pas la situation. À la sortie de la discothèque, celui-ci se jette sur le rival de son ami. Une bagarre éclate. Premier acte d’une soirée à rebondissements. Les videurs interviennent. Mais le prévenu revient à la charge une deuxième, puis une troisième fois quelques mètres plus loin contre son adversaire qui rend coup pour coup. En compagnie d’un ami, ce dernier finit par rentrer chez lui à pied, prenant la direction de Val-Plaisance. Ce que les deux piétons ne savent pas, c’est qu’ils sont suivis par le prévenu en voiture. « J’avais pris des coups, je voulais avoir le dessus, je voulais me battre », raconte-t-il. Le quatrième acte dépasse alors l’entendement : alors que les deux fêtards traversent la rue, près de l’hippodrome, l’automobiliste leur fonce dessus. L’un d’entre eux est percuté de plein fouet. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de son ami. Le conducteur, lui, part en trombe avant de se rendre à la police un peu plus tard. « J’ai cru que je l’avais tué. J’ai fui parce que j’ai eu très peur [...] Je n’ai pas foncé délibérément sur eux. Je voulais seulement leur faire peur ». La présidente est perplexe, « les actes que vous avez causés ne permettent pas de vous croire. Vous n’avez même pas freiné ».

    Décrit par un videur comme « teigneux », « travailleur » et « solitaire » selon l’enquêteur social, le chauffard reconnaît qu’il a « un problème avec l’alcool » sans arriver à expliquer son geste. La partie civile a une idée : « c’est une question d’ego. Il a voulu finir le boulot avec une haine aveugle. Ce qu’il n’a pas réussi à faire avec les poings, il l’a fait avec sa voiture », assure Me Guérin-Fleury. L’« alcool », « la fatigue », « un tempérament irascible » et « la frustration » auraient conduit le prévenu à « ruiner sa vie personnelle et professionnelle », estime le procureur de la République. Six ans ferme sont requis par Richard Dutot. Le public est tétanisé. Parole à la défense. « La justice ne doit pas cogner fort au seul titre de soulager les victimes », plaide Me Calmet qui implore les juges de croire que « les faits sont à l’inverse de la personnalité de mon client ». « Une peine ferme ne servirait qu’à flinguer cet homme ». La décision tombe un peu plus tard : trois ans avec sursis mise à l’épreuve. Il est libre. Ses proches sont rassurés. Les victimes, elles, ne paraissent pas comprendre cette clémence de la juridiction. Le parquet a dix jours pour faire appel.

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