Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 12.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 12.07.2019 à 06h48
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    L’aide-comptable du CE de Doniambo a détourné vingt-huit chèques en utilisant un stylo effaçable. Photo archives LNC
    JUSTICE. Une mère de famille a été condamnée pour avoir détourné une vingtaine de chèques du comité d’entreprise de la SLN à son profit. « Elle vit d’abus de confiance depuis des années », s’est plaint l’avocat du CE.

    L’agence d’intérim les avait prévenus dans une note qui est restée sans effet. L’embauche de cette aide-comptable que les responsables du comité d’entreprise de Doniambo envisageaient en mars 2017 pouvait s’avérer dangereuse. Son parcours professionnel étant jalonné de soucis judiciaires pour des abus de confiance. L’agence d’intérim a préféré jouer cartes sur tables. « Elle nous disait qu’elle était innocente, que le procès était en appel, on l’a cru, oui… », raconte une représentante du comité d’entreprise, visiblement gênée, devant le tribunal correctionnel de Nouméa devant lequel l’aide-comptable est jugée. Une polaire épaisse bien trop grande pour ses frêles épaules, un mouchoir dans une main et quelques larmes à sécher, cette mère de famille trentenaire semble fragile. Elle n’a eu aucun mal à berner tout le monde et à soustraire presque dix millions de francs au CE de Doniambo en à peine une année.

    L’arme : un stylo effaçable

    Pour tromper les responsables du comité, l’aide-comptable utilisait un… stylo effaçable. Et voilà comment avec une simple fourniture de bureau, elle a réussi à détourner vingt-huit chèques et à s’enrichir au nez et à la barbe de la SLN. « Vous utilisiez ce stylo effaçable sur le talon des chéquiers pour faire croire que vous payez les fournisseurs. Et vous ne mettiez pas d’ordre sur les chéquiers quand vous les présentiez aux responsables », résume le président du tribunal. Jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert par un cabinet d’expertise lors d’un bilan comptable.

    L’argent dérobé était utilisé, selon les dires de l’aide-comptable, pour payer la scolarité de son fils, offrir une voiture à son compagnon, régler les courses. Ce à quoi l’avocat du CE ne croit pas une seconde. « En 2014, elle détourne 3 millions d’une société. En 2015 et en 2016, elle détrousse une autre société pour 10 millions. En 2017, elle vole encore 10 millions à la SLN. Et, elle veut nous faire croire qu’elle a juste nourri son fils avec 23 millions en trois ans… Elle vit d’abus de confiance depuis des années », s’agace Me Philippe Gillardin. Qui soupçonne l’acquisition « de biens immobiliers » sans « pouvoir le prouver ».

    « Négligences évidentes »

    C’est effectivement le passé de cette femme qui a intrigué les magistrats. L’aide comptable avait été avertie par la justice à deux reprises pour des abus de confiance. « Pourquoi recommencer alors que vous savez pertinemment que c’est interdit ? », la questionne, non sans un brin d’exaspération, le président. La prévenue fond en larmes et évoque les répercussions qu’a pu avoir cette affaire sur sa vie privée. « Je suis restée calfeutrée chez moi pendant des semaines. Ma fille est partie du pays ». En se référant à une décision de la Cour de cassation dans l’affaire Jérôme Kerviel, son avocat, Me Cédric Bull ne conteste pas la culpabilité de sa cliente mais insinue qu’elle n’est pas la seule responsable. Critiquant ainsi « la légèreté », « le manque de rigueur », « le processus de contrôle insuffisant » et « les négligences évidentes » du CE de Doniambo, le conseil prétend que la structure n’aurait rien fait pour empêcher les dérives de sa salariée.

    Le tribunal correctionnel rend son avis un peu plus tard. La mère de famille écope d’un an et demi de prison dont douze mois avec sursis mise à l’épreuve. La sanction financière est lourde : elle est condamnée à rembourser près de 9 millions et demi de francs au comité d’entreprise de Doniambo. Les juges lui ont également ordonné l’interdiction définitive d’exercer la fonction de comptable. Aujourd’hui, jure-t-elle, elle a changé de vie et de métier.

    Plus de 90 millions de francs de budget

    En détournant autant d’argent, l’aide comptable a surtout fait une victime : les salariés de la SLN. « Dix millions de francs, c’est autant d’argent qui a fait défaut aux employés : les villages vacances, les arbres de Noël, les aides pour les salariés en difficulté… », a plaidé Me Gillardin au cours du procès. Lorsque le détournement avait été rendu publique, après une réunion mensuelle du comité d’entreprise en janvier 2018, Eddy Coulon, secrétaire du CE et premier secrétaire adjoint du Soenc Nickel, avait assuré que les malversations n’avaient empêché aucune action de la structure. Dont le budget est de l’ordre de plus de 90 millions de francs. « Comment peut-on laisser sortir près de 10 millions de francs en moins d’un an sans que personne ne s’en aperçoive ? », a souligné Me Bull, pour mieux remettre la faute sur les dirigeants du CE plutôt que sur sa cliente. À l’époque, le scandale avait également fait hurler le SGTINC-CGC. On était alors à six mois des élections au CE de la SLN.

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