Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 02.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 02.07.2019 à 08h38
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    L’enquête a d’abord été ouverte pour tentative de meurtre puis a été requalifiée en violences volontaires.
    JUSTICE. En octobre 2017, une voiture volée avait failli percuter un gendarme lors d’un contrôle, à Boulouparis. L’un des militaires avait ouvert le feu pour stopper le véhicule conduit par Gnonmoin Nonmoira, un jeune de Thio, qui a été condamné.

    Dans la nuit noire, sur la route sinueuse qui mène à Thio depuis Boulouparis, de vives flammes se dégagent de l’arrière d’une voiture qui roule à plus de 100 km/h. Un des gendarmes qui poursuivait cette voiture volée, la nuit du 21 octobre 2017, raconte devant le tribunal correctionnel de Nouméa les souvenirs de cette course-poursuite. « Ils étaient sur le bord des fenêtres. Ils jetaient tout et n’importe quoi pour nous échapper. Ils manipulaient des cocktails molotov aussi ». Gnonmoin Nonmoira s’agite. « Ah, non, ça, c’est faux ! », dit le jeune homme, originaire de Thio-Mission, installé à la barre. « On ne voulait pas être arrêté, on était recherché », avoue-t-il.

    Chef de bande

    Avec toute une bande d’amis et de cousins de Thio, Gnonmoin Nonmoira a écumé des communes entières à la recherche de voitures à voler. Les gendarmes ont enquêté sur cette bande, dont Gnonmoin Nonmoira faisait figure de leader, pendant des mois. Ils étaient insaisissables. Cette nuit d’octobre 2017, « on a décidé de se faire une voiture à La Foa », explique le prévenu. Dans un pick-up volé une dizaine de jours plus tôt aux Koghis, lui et deux amis tombent sur un contrôle de gendarmerie à la passerelle Marguerite, à La Foa. Ils y échappent. Entre-temps, une seconde équipe de militaires met en place un contrôle, à l’entrée du village de Boulouparis, à l’intersection de la RT1 et de la RP4. Gnonmoin Nonmoira est décidé à ne pas s’arrêter. Une herse est lancée. Le garçon donne un coup de volant et décale sa trajectoire pour l’éviter. À quelques mètres du pare-buffle, un gendarme apparaît dans la lumière des phares. « Il a foncé délibérément sur moi, il était prêt à tout pour s’enfuir », se rappelle le militaire qui a sauté sur le côté au dernier moment. « Ça tient à pas grand-chose, 30 centimètres, pas plus, et je n’exagère pas », confie un témoin.

    Desperado et « Nihilisme »

    Un des militaires craint pour la vie de son camarade. Un coup de feu part. La balle atteint la roue de la voiture qui poursuit sa route à tombeau ouvert. « La vie d’un gendarme n’a pas plus d’importance qu’un plot de signalisation, regrette Me Nathalie Lepape, avocate de la partie civile. Le gendarme qui a utilisé son arme est moniteur de tirs. Il n’avait auparavant fait feu qu’une seule fois dans sa carrière : en République centrafricaine. »

    S’ensuit une course-poursuite et des suspicions de jets de cocktails molotov. « Ils jouaient avec nous. Ils nous attendaient, accéléraient, freinaient… ». L’histoire se termine sur une route cabossée de la tribu de Nassirah. La voiture volée n’est plus en état de rouler. Les trois occupants sautent du véhicule en marche et se cachent dans les brousses. Les gendarmes ne les retrouveront pas. Une fois de plus, « la bande de Thio » leur a filé entre les doigts. Le procureur de la République décèle chez ces « desperados », « une forme de nihilisme ». « Je ne dis pas qu’il voulait tuer un gendarme. Je dis seulement qu’il voulait fuir et que s’il fallait lui rouler dessus, il l’aurait fait », continue Xavier Goux-Thiercelin. Trois ans de prison sont requis contre Gnonmoin Nonmoira et deux ans contre son complice. Le tribunal suit le parquet pour le premier et inflige un an ferme au passager. En moins de deux mois et seulement trois passages devant la justice, Gnonmoin Nonmoira a écopé, au total, de treize ans de privation de liberté.

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