Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 01.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 01.04.2019 à 16h05
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    Le septuagénaire a nié les violences sur le clerc, « j’ai glissé et il a pris un coup », a-t-il raconté. Photo DR
    JUSTICE. Un homme de 76 ans devait répondre de violences sur un auxiliaire de justice qui lui signifiait la saisie de sa maison, en août à Dumbéa. À son procès, le papi aveugle ne s’est pas laissé faire.

    En brandissant vigoureusement sa canne blanche depuis la barre du tribunal correctionnel, il n’était pas loin d’éborgner un magistrat. « Faites attention, on va finir par recevoir un coup en plein visage ! », grommelle la présidente, Évelyne Camerlynck.

    À 76 ans et aveugle à 80 %, André* n’a rien perdu de sa vivacité, notamment intellectuelle. Son procès en a fait sourire certains dans la salle tant ce vieil homme originaire de Guadeloupe ne s’est pas laissé faire. « Vous avez un certain âge mais je comprends qu’il ne faut pas trop vous énerver », constate la juge. « Oui, oui, je suis comme ça », dit-il.

    La justice reprochait à André d’avoir frappé avec sa canne un clerc d’huissier qui s’était présenté à son domicile de Dumbéa pour lui signifier la saisie de sa maison, le 23 août dernier. Résultat : trois jours d’ITT (incapacité temporaire de travail).

    « C’était pas fait exprès »

    Devant les magistrats, le septuagénaire s’égosille en agitant sa canne, il conteste formellement, « j’ai glissé et il a pris un coup. C’était pas fait exprès ». La présidente perd quelque peu patience. L’avocate tapote sur l’épaule de son client pour lui faire comprendre qu’il n’a pas besoin de hurler. Me Élodie Barket prend sa défense : « Croyez-le, il n’a pas voulu le frapper, c’est sa version depuis le début ».

    Le tribunal rappelle qu’André a brandi un sabre devant le clerc qui a fini par déguerpir devant de telles menaces. « C’est faux, c’est faux ! », s’indigne le papi. « Il voulait absolument me faire signer un document. Comme je n’y vois pas, j’ai refusé. Je n’ai pas pris de sabre, j’ai dit “où est mon sabre?? ? ». Qu’importe, estime le procureur de la République, « quand on reçoit un huissier chez soi, on ne le menace pas, on ne le frappe pas ». Deux mois de prison avec sursis sont requis. André a la parole en dernier avant que le tribunal ne parte délibérer. « Il voulait que je signe ce document… ». La présidente le coupe aussi sec. « On a bien compris monsieur ». À leur retour en salle d’audience, les magistrats suivent les réquisitions du parquet. André ne fera certainement plus jamais parler de lui.

    * Le prénom a été modifié

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