Nouvelle Calédonie
  • Anthony Tejero | Crée le 24.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 24.05.2019 à 15h26
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    JUSTICE. Lors de sa tournée, une agent de l’OPT avait déclenché son clignotant par erreur. L’automobiliste en face l’a poursuivie, menacée et frappée. Le tribunal l’a condamnée à six mois de prison avec sursis.

    « Lorsque j’ai préparé mon audience, j’ai été absolument surprise que quelqu’un, qui n’a jamais eu de démêlé avec la justice puisse autant se déchaîner. La scène s’est produite, rue de la Boussole. Et bien ce jour-là, Madame, vous avez perdu la vôtre », ironise Evelyne Camerlynck, la présidente du tribunal correctionnel de Nouméa.

    Mardi, une jeune femme comparaissait à la barre pour des violences accompagnées de menaces avec une arme. Coups de poing, gifles, morsures… Un déferlement de violence « inouï » qui trouve son origine dans une simple erreur de conduite. Le 14 novembre dernier, à Yahoué, alors qu’elle effectue sa tournée, une agent de l’OPT met son clignotant, puis se rendant compte qu’elle se trompe d’adresse, continue sa route. En face d’elle, une voiture pile. Un accident évité de peu comme on en voit tant chaque jour. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais c’était sans compter sur cette conductrice qui décide de poursuivre la fonctionnaire de l’OPT « pendant cinq minutes », une insulte à caractère raciste fuse dès sa sortie du véhicule de service. Et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, tout bascule. La conductrice injuriée décide de prendre la prévenue en photo. Celle-ci l’exhorte à effacer le cliché. En vain. S’ensuivent des coups et des menaces avec un bâton, puis un sabre d’abattis. Et lorsque la victime réalise qu’on lui a volé son téléphone, elle se jette dans la voiture de la prévenue pour récupérer son bien, et une nouvelle et dernière bagarre éclate.

    « J’ai vu rouge »

    A la barre, la jeune femme, qui travaille comme auxiliaire de vie, reconnaît les faits, qu’elle ne parvient toujours pas à justifier. « C’est la première fois que je me mets dans une telle colère. Je n’avais aucune raison. J’avais ma fille dans la voiture. J’ai vu rouge. »

    De son côté, l’employée de l’OPT, qui a eu un arrêt de travail de deux mois, assure avoir « vu la mort » lors de l’altercation. « Je suis encore sous le choc. J’ai un traumatisme. Physiquement, c’est revenu. Mais psychologiquement, ma vie est toujours entre parenthèses », confie la victime, la voix encore tremblante.

    Malgré son casier judiciaire jusque-là vierge, le procureur de la République n’a pas été tendre envers l’auxiliaire de vie : « Vous ne vous remettez à aucun moment en question par rapport à la victime. Et avec votre enfant dans la voiture, quel exemple d’éducation lui donnez-vous ? déplore Alexis Bouroz. Cet incident est avant tout généré par l’insulte raciste. On parle de « terre de parole, terre de partage », mais les paroles qu’on partage ce sont les insultes. Et le partage c’est celui des taloches. Tout est prétexte pour se battre. Et je crois que ces actes sont de plus en plus nombreux. » Le procureur requiert ainsi huit mois d’emprisonnement avec sursis et cinq mois de suspension de permis. La prévenue écope finalement de six mois avec sursis et devra indemniser à hauteur de 300 000 francs la victime au titre du préjudice corporel et moral.

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