Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 18.06.2019 à 05h54 | Mis à jour le 18.06.2019 à 09h54
    Imprimer
    Philippe Michel et Martine Lagneau sont tous deux rattrappés par les soupçons d’emplois fictifs. Archives LNC
    JUSTICE. Le cadre de Calédonie ensemble a été convoqué chez le juge dans l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs à la province Sud et au Congrès. Philippe Michel se veut serein, affirmant que « le dossier de l’emploi des collaborateurs politiques a été tranché par le passé ».

    Il a attendu quelques minutes assis dans la salle des pas perdus du palais de justice de Nouméa avant de s’avancer, Me Jean-Yves Leborgne, ténor du barreau de Paris, à ses côtés, vers le bureau du juge d’instruction. Philippe Michel a été récemment convoqué devant le magistrat-instructeur qui lui a signifié sa mise en examen pour détournement de biens publics (passible de dix ans de prison, de 120 millions de francs d’amende et d’une peine d’inéligibilité) dans l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs à la province Sud et au Congrès liés à la campagne des législatives de 2017 au sein de Calédonie ensemble. Martine Lagneau, ancienne vice-présidente de la Maison bleue, a également été mise en examen. Hier, elle n’a pas souhaité faire de commentaire à ce stade. La justice - deux juges d’instruction ont été cosaisis - enquête depuis plusieurs mois déjà sur le recrutement d’une vingtaine de personnes employées en tant que collaborateurs d’élus des institutions, qui auraient en fait travaillé pour le parti durant la campagne des élections législatives. Philippe Gomès et Philippe Dunoyer en étaient sortis vainqueurs.

    Règlement de compte

    Si cette mise en examen est un coup dur judiciaire pour Philippe Michel, président de la province Sud au moment des faits reprochés, elle apparaît toutefois comme la suite logique de ce dossier. Car l’actuel président du groupe Calédonie ensemble au Congrès et secrétaire général du parti avait été auditionné en garde à vue par les enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie à la caserne Meunier, à Nouméa, fin mars, en pleine campagne des provinciales. Il n’avait pas été le seul. Roger Kerjouan, ancien secrétaire général de la province, avait également été entendu sur commission rogatoire du magistrat-instructeur. Ils en étaient ressortis libres, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. Quelques mois plus tôt, en décembre, les locaux du parti de Philippe Gomès au Congrès avaient été perquisitionnés. Les enquêteurs en étaient repartis les bras chargés de documents. Contacté hier par la rédaction, Philippe Michel a fermement contesté les accusations, dénonçant plutôt « un règlement de comptes politique » (lire ci-dessous) après « les dénonciations calomnieuses de Sonia Backès et de Fiu Muliakaaka ». Élu président de la convoitée commission du budget et des finances de la province Sud il y a dix jours, le responsable politique va dorénavant pouvoir préparer sa contre-attaque. Car, sa mise en examen signifie qu’il a désormais accès au dossier. Ce qui n’était pas le cas depuis que l’affaire a éclaté.


    Ordonnance de non-lieu et « insécurité juridique »

    « Cela me permet d’avoir accès au dossier. Ce qui est essentiel dans cette affaire. Pour savoir ce que l’on me reproche exactement, sur la foi de quelles pièces. C’est capital pour préparer ma défense ! ». Philippe Michel, contacté par la rédaction, s’est d’abord montré satisfait de cette décision, avant de s’attacher à démonter les accusations qui pèsent sur lui. Son argument principal, déjà développé au lendemain des révélations sur son placement en garde à vue : les faits qui lui sont reprochés aujourd’hui seraient les mêmes qu’il y a quelques années et pour lesquels la justice n’avait finalement pas donné suite. « La même affaire a déjà fait l’objet d’une enquête préliminaire du procureur de l’époque. Cela a débouché sur un classement sans suite. Une information judiciaire, menée par deux juges d’instruction de 2010 à 2014, s’est conclue par une ordonnance de non-lieu dûment motivé, indiquant qu’il n’y avait pas matière à poursuivre compte tenu des textes qui encadrent l’emploi de collaborateurs politiques au Congrès et à la province. Cette ordonnance a le statut de vérité judiciaire. Le dossier de l’emploi des collaborateurs politiques dans les institutions a été tranché par le passé », a poursuivi le secrétaire général du parti. Ce dernier prend là exemple sur un volet de l’affaire des fameux dossiers des contrats PPIC (Plan provincial d’insertion citoyenne). Le dossier n’a jamais touché la barre du tribunal correctionnel. Une façon, donc, pour Philippe Michel de décrédibiliser la procédure actuelle.

    On a du mal à comprendre

    Et si « des poursuites devaient être engagées à l’encontre de Calédonie ensemble », « alors tous les groupes politiques du Congrès et des provinces, sans aucune exception, seraient susceptibles de faire l’objet de poursuites », a prévenu l’ancien patron de la province Sud. Avant d’expliquer son incompréhension : « On a du mal à comprendre pourquoi ce qui a fait l’objet d’une enquête préliminaire, puis d’une information judiciaire et qui a finalement abouti à un blanc-seing, puisse de nouveau faire l’objet de poursuites. Ou cela signifie que ce que dit la justice un jour peut être modifié le lendemain ». Évoquant « une insécurité juridique » et « la bonne foi des partis politiques qui ont continué à employer des collaborateurs politiques sur la base de l’ordonnance de non-lieu », Philippe Michel est persuadé que cette affaire n’est rien d’autre qu’« un règlement de comptes politique ». Il avait, par le passé, évoqué « une bidouille politico-judiciaire » et « une instrumentalisation politique de la justice » en pleine campagne des provinciales.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS