Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 11.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 11.07.2019 à 06h55
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    Aristide Broutoi a été placé en détention de juillet 2017 à janvier dernier. Il est retourné à la prison de Nouville à l’issue de son procès. Archives LNC
    JUSTICE. Le 29 juillet 2017, un anniversaire avait viré au drame à la tribu de Nassirah. Un homme avait reçu un coup de feu en pleine poitrine tiré par son frère. « Il était là pour le tuer », a affirmé le procureur.

    La victime est restée plus d’un mois en service de réanimation, a été hospitalisée cinq fois au bloc opératoire du Médipôle et a réussi à s’en sortir. Autant dire qu’Aristide Broutoi, 29 ans, a eu de la chance de ne pas tuer son grand frère, le 29 juillet 2017 à la tribu de Nassirah (Boulouparis). « Si on n’avait pas une médecine aussi efficace de nos jours, je peux vous dire qu’il serait mort » : pour le président du tribunal, c’est une évidence, on n’est pas passé loin d’un crime. Pourtant, ce 29 juillet, jour d’anniversaire à la tribu, rien n’augurait une telle catastrophe. Certes Aristide Broutoi et son frère ont bu tout l’après-midi des bières et du whisky, certes ils ont tendance à « se disputer » de temps à autre mais Aristide Broutoi est considéré par sa famille comme « posé », « gentil ». Un « bon garçon » qui pouvait « se fâcher contre son frère » mais pas à en arriver là.

    « Pour le zigouiller »

    Vers 18 h 45, après une vive dispute - à propos de laquelle le prévenu n’a aucun souvenir - Aristide Broutoi se presse d’aller s’emparer d’un fusil dans une case. Il a une idée en tête, « lui faire peur », dit-il. « Vous étiez là pour le zigouiller, pour en découdre, pour le tuer », estime plutôt le procureur de la République, Richard Dutot. L’arme de calibre 12 chargée dans une main, Aristide Broutoi s’avance à pas de loup vers son grand frère. Il n’est plus qu’à trois mètres de lui. C’est le moment qu’il choisit pour tirer. La victime, prise par surprise, reçoit une décharge de chevrotine en pleine poitrine. « Quand il agonisait par terre, vous avez rechargé votre arme. Vous vouliez tirer une seconde fois ? Vous vouliez l’achever ? », révèle le ministère public qui rappelle que l’enquête avait été initialement ouverte pour tentative de meurtre. Aristide Broutoi, sept condamnations par le passé, assure qu’il a tiré en direction des pieds de son frère. « C’est faux. Vous étiez quasiment à bout portant », rétorque Richard Dutot qui requiert sept ans de prison ferme. La mine d’Aristide Broutoi se ferme. Il est arrivé libre au palais de justice. Après plus d’un an et demi de détention provisoire, il avait pu quitter le Camp-Est, en janvier dernier, avec un bracelet électronique. Le jeune homme comprend, il y a de fortes chances qu’il retourne derrière les barreaux.

    Son avocat, Me Pierre-Louis Villaume, plaide « les insultes » et « les humiliations » : « une conjugaison d’éléments » qui ont fait qu’Aristide Broutoi a « voulu prendre le dessus ». Le conseil interpelle le tribunal, le prévenu « a heurté sa famille et les membres de sa tribu » et « il sait qu’il devra réparer ça ». Ce sera une peine de cinq ans dont une année avec sursis mise à l’épreuve assortie d’un mandat de dépôt, synonyme d’incarcération immédiate. Depuis le 29 juillet 2017, Aristide Broutoi a appelé son grand frère qui habite désormais en Métropole. Il lui a demandé pardon.

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