Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche | Crée le 30.03.2019 à 16h24 | Mis à jour le 01.04.2019 à 16h24
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    Le cambriolage a été filmé par les caméras du magasin. En moins de trois minutes, ils ont tout emporté.
    Justice. Le magasin Doctor Micro, à Ducos, a été cambriolé par une bande, mardi soir. Au procès des voleurs, le commerçant, victime d’un cinquième vol en quatre ans, a poussé un cri d’alarme au tribunal.

    Assis sur le banc des parties civiles, les ricanements et sifflements de certains dans la salle du tribunal correctionnel ont dû lui paraître insupportables. « Je suis épuisé, je risque de fermer la société à cause d’eux. C’est difficile à vivre », soupire pendant le délibéré le gérant de Doctor Micro, un magasin d’informatique et de téléphonie à Ducos Factory. Vendredi, cinq hommes âgés de 18 à 35 ans ont comparu pour le cambriolage de cette enseigne dans la soirée de mardi. Il est un peu plus de 22 heures lorsque la boutique est attaquée à coups de masse. La porte blindée finit par céder. En trois minutes, la bande, accompagnée de deux mineurs, rafle tout sur son passage. En regardant les images des caméras de vidéosurveillance, les jeunes semblent connaître parfaitement les lieux. Plus de 70 téléphones portables, des ordinateurs, des rétroprojecteurs sont dérobés et le préjudice s’élève à, au moins, trois millions de francs. « On a bu du whisky, du pastis et de la bière au quartier. On a ensuite fait un tour à Ducos. On a volé sur un coup de tête. On était téléguidé par l’alcool », témoigne un des prévenus qui dit « regretter ».

    « Je ne roule pas sur l'or »

    Le patron de Doctor Micro a profité du procès pour exprimer son mal-être et son impuissance face aux vols. Un cri de détresse. « On ne vit plus, que font les autorités pour nous protéger ? Je ne me sens pas en sécurité, je ne sais pas ce que la République peut faire pour nous… On vit dans une société où l’on se promène avec des masses pour défoncer les magasins », s’émeut-il. Le commerçant semble au fond du trou. C’est le cinquième cambriolage qu’il subit en quatre ans. Il poursuit son réquisitoire : « Tous les soirs, on attend le coup de fil nous annonçant un nouveau vol. Je ne roule pas sur l’or, j’ai un crédit pour ma maison, la TGC est passée par là, les assurances ne voudront plus de nous, ce n’est pas facile ».
    La présidente regarde les prévenus têtes baissés. Elle espère que le témoignage de la victime fasse son chemin dans l’esprit des cambrioleurs. « Avec ces vols, les magasins vont fermer les uns après les autres. Vous voulez que Nouméa devienne une zone vide ? Si c’est ce que vous voulez, allez-y, continuez », dit-elle. La défense, représentée par Me Frédéric Daubet-Esclapez, a beau justifier « cette action isolée » par l’« adrénaline » et « le mauvais délire » de gens « ni méchants, ni idiots », le tribunal sanctionne tout le monde à des peines allant de six mois avec sursis à un an ferme. Deux d’entre eux sont envoyés au Camp-Est à l’issue du procès. Pour la victime, un long chemin s’annonce, celui de l’indemnisation. Sur les dix téléphones qu’il a pu récupérer, sept sont invendables…
     

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