Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 11.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 11.04.2019 à 06h48
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    Le CHT bénéficie d’une subvention annuelle de 21 millions de francs (jusqu’en 2021) pour faire fonctionner le DAV. L’État participe à 80 %, le reste étant à la charge de la Calédonie. Ph. T. Perron
    SOCIÉTÉ. Le Médipôle sera doté prochainement d’un dispositif d’accueil des victimes (DAV) d’agression, un lieu de prise en charge psychologique, médicale et juridique.

    Le parcours du combattant d’une femme victime d’agression aussi bien physique que sexuelle - les allers et retours entre les urgences de l’hôpital, le commissariat, le médecin légiste… - n’est-il plus qu’un mauvais souvenir ? Sur un territoire où une femme sur quatre est frappée par son conjoint, il était temps que les autorités créent un refuge pour ces victimes du quotidien. Hier, la signature d’une convention entre le gouvernement, l’État, le procureur et le directeur du CHT est un premier pas concret dans la création d’un dispositif d’accueil des victimes d’agression (DAV) qui s’intégrera au pôle mère-enfant du Médipôle.

    Il aura pour but d’accueillir les femmes violentées, de procéder à une prise en charge médicale et psychologique, d’identifier leurs besoins (hébergement, aide sociale…) et de les encourager dans les procédures judiciaires, qui peuvent s’avérer laborieuses, en les orientant vers les forces de l’ordre. « Les victimes, surtout celles qui viennent des tribus et des villages les plus éloignés, réclamaient une prise en compte particulière, assure Nicole Robineau, présidente de la commission des droits de la femme au Congrès (Calédonie ensemble). Les femmes, et notamment les Kanak, osent désormais dénoncer les violences. Ce n'est pas suffisant. L'accompagnement est essentiel pour emmener ces femmes vers une autre vie. » À Bordeaux, ce dispositif, créé en 1999, a fait ses preuves. Dans un cas sur trois, la prise en charge d’une femme victime de violences aboutit à une judiciarisation du dossier.


    Alexis Bouroz, procureur de Nouméa

    La clé de voûte de la lutte contre les violences conjugales est l’accompagnement des victimes. Au tribunal, la quasi-totalité des femmes retirent leur plainte à l’audience ou disent qu’elles ont décidé de poursuivre leur vie avec le prévenu. Le DAV va nous permettre d’aller au plus près de celles qui n’ont pas osé porter plainte. C’est aussi un point d’information des droits des victimes : possibilité de relogement, de saisir le juge aux affaires familiales qui peut délivrer une ordonnance de protection.


    Karine Destours, Coordinatrice du dispositif

    J’ai travaillé huit ans en tant que conseillère judiciaire à la DPASS, le centre de conseil familial et de traitement des violences conjugales et intrafamiliales, où je recevais près de 400 femmes par an.

    Mon rôle de coordinatrice du DAV sera de concrétiser la mise en œuvre d’un parcours de prise en charge fluide des victimes. Autrement dit, il va falloir réaliser un maillage de tous les partenaires (provinces, justice, CHS…) via des protocoles de collaborations, concevoir un annuaire de tous les intervenants mais aussi composer une équipe qui accompagnera les victimes. Dans un premier temps, il faudra nécessairement, à mon avis, l’aide d’une assistante sociale, d’un psychologue et d’un juriste. L’objectif est donc de mettre en place un réseau de prise en charge des victimes à l’échelle du territoire.

    La problématique des violences faites aux femmes, qui est mondiale et pas qu’en Calédonie, est extrêmement complexe parce que dans les couples, à l’origine, il y a de l’amour, de l’affection avant que tout ne dérape. Il y a aussi parfois des enfances carencées chez certains membres du couple. Ce n’est pas si simple de s’en sortir et pour cela, il faut être accompagné et pris en charge psychologiquement.


    Dominique Cheveau, directeur du CHT

    L’hôpital est un lieu de soins et de prise en charge de la souffrance. C’est donc tout naturellement que nous accueillons ce dispositif DAV qui sera intégré au pôle mère-enfant du Médipôle. Nous allons être extrêmement attentifs à la « primo-prise en charge » psychosociale et juridique ainsi que sur l’orientation adaptée des victimes d’agression afin, notamment, qu’elles ne soient pas perdues dans le processus judiciaire. Désormais, il va falloir réunir tous les partenaires et former du personnel médical du Médipôle à la victimologie.


    Thierry Lataste, haut-commissaire

    La Calédonie se distingue notamment par ses violences conjugales. Et il y a sans doute un “chiffre noir?? de faits de violences qui ne viennent pas à la connaissance de la justice. Il n’est pas tolérable qu’une femme soit tuée sous les coups de son conjoint. L’État soutient des dispositifs comme la mise en place d’un réseau de familles d’accueil sur les Loyauté, le recrutement d’une psychologue au commissariat, d’une assistante sociale auprès de la gendarmerie ou encore la création du téléphone grand danger.

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