Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 12.07.2018 à 10h01 | Mis à jour le 12.07.2018 à 10h01
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    Mis en service six mois plus tôt, le Kea Trader était flambant neuf lorsqu’il s’est échoué sur le récif Durand. Un an plus tard, il a piètre allure. Photo Fanc
    Le 12 juillet 2017, le porte-conteneurs Kea Trader s’échoue sur le récif Durand dans la nuit. L’accident industriel sans précédent, et potentiellement une catastrophe écologique, justifie le déclenchement d’une vaste opération de sauvetage, mobilisant les moyens de l’Etat et du pays. Face aux caprices de la météo, le défi s’annonçait colossal. Bilan.

    Plus de 1 000 mètres cubes de fioul lourd évacués, 399 mètres cubes de débris retirés, 697 conteneurs débarqués. A l’issue d’un an de manœuvre, jour pour jour, depuis l’échouement du Kea Trader sur le récif Durand, le haussariat, les Fanc, et la direction de la Sécurité civile (DSCGR) alignent les chiffres. L’heure est au bilan. « Par la taille du bateau, l’isolement du récif, et la force d’une houle de pleine mer, nous sommes, à tous les égards, face à un phénomène sans précédent » introduit Thierry Lataste, haut-commissaire. « Les risques majeurs ont été traités », estime le représentant de l’Etat. Cependant, l’épave demeure, et son enlèvement reste plus que jamais incertain. L’évolution de la dégradation, « difficile à prévoir », n’a cessé de remettre en question les plans de sauvetage successifs.

    Première tentative de renflouement
    Le 12 juillet 2017, lorsque le Kea Trader s’échoue à 400 mètres à l’intérieur du récif Durand, le plan Orsec maritime niveau 3 (le plus élevé) est activé. Le retrait des hydrocarbures commence, et le déchargement des conteneurs est mis en œuvre afin de renflouer le navire. Le 9 octobre, une première tentative élaborée par la société de sauvetage, Ardent, se solde par un échec. Le bâtiment double coque de 25 000 tonnes ne fait que pivoter de 60 degrés. Il faut encore alléger. Alors qu’une deuxième tentative est à l’étude – fondée sur l’utilisation d’airbags –, les architectes navals constatent la « propagation de fissures ». Le navire ne résistera pas longtemps aux assauts des vagues de six mètres. Le 12 novembre, il est coupé en deux. Il faut changer de stratégie. Lancé dès le lendemain, un appel d’offres international ouvre la porte aux experts de notoriété mondiale. Retenue par l’armateur, Shanghai Salvage Co. (SSC), l’une des plus grosses compagnies de sauvetage en Chine, arrive le 15 mars. Entre-temps, les cyclones Gita et Hola sont passés par là. Eventré, le Kea Trader relâche 72 conteneurs en mer. Un important dispositif aérien et maritime est alors mis en place pour récupérer les débris flottants. En parallèle, une centaine de litres de fioul sont libérés.

    « Une grande difficulté d’intervention »
    Des boulettes noires suspectes commencent à se déposer sur les plages des îles Loyauté, éveillant les inquiétudes des populations. Coordonné par la direction de la Sécurité civile, le dispositif Polmar Terre est activé. 
    Au total, 585 kg de boulettes de fioul ramassés. « Soit 3,13 %, c’est minime par rapport à ce qu’il y avait à bord » fait remarquer le lieutenant Christophe Baumann, chef des opérations. Au total 18 tonnes de débris ont été ramassés à terre, à ce jour.   Malmenée par une houle croisée et des déferlantes, l’épave en deux morceaux se laisse difficilement approcher. « Même par mer calme. » Laissant assez peu de marge de manœuvre aux techniciens. « Il y a une grande difficulté d’intervention en toute sécurité, il n’y a plus de vie à bord, on ne peut monter qu’un jour sur deux, précise Amaury Bullier, commandant de la base navale. En moyenne, depuis novembre, les équipes d’Ardent et SSC ont pu embarquer 40 % du temps. » 
    Malgré son expérience des opérations complexes de levage de bateau, SSC se heurte à un casse-tête. Son plan, qui consistait à renflouer les deux morceaux, tombe à l’eau à son tour. Un nouveau mode opératoire, en cours d’expertise par les services de l’Etat, devrait toutefois être connu dans les prochaines semaines. Il prévoit la « construction d’un moyen spécialement conçu » pour cette opération.
    « Une année d’opérations a permis d’attester à quel point les plans, même les plus convaincants, s’avéraient fragiles face aux évolutions constantes de la situation, conclut le haussaire. Vous l’aurez compris, on est dans une course contre la mer, et la fin est écrite : c’est toujours la mer qui gagne. »

    Les opérations de sauvetage se déclinent en cinq phases : le retrait des hydrocarbures, l’allégement pour le déséchouement, les tentatives de renflouement, la dépollution fine et les mesures préparatoires à l’enlèvement de l’épave, dernière étape.

    Des moyens titanesques engagés 

    Barges, remorqueurs, cargos, hélicoptères, porte-conteneurs, aéronef : à situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Les moyens aériens et maritimes de l’Etat et ceux du Pays, associés aux moyens mobilisés par les sociétés de sauvetage Ardent et SSC sont colossaux. Pour autant, le volume de dépense engagé depuis le début de l’opération n’a pas été estimé. « Plusieurs entreprises locales ont été sollicitées par l’armateur et ses sous-traitants pour le remorquage, le travail aérien et le traitement des déchets » a indiqué le haussaire, préférant souligner les « retombées économiques » pour la Calédonie.

    5 conteneurs

    sur les 13 encore à bord contiennent des marchandises classées comme « dangereuses » selon le code international. Ces derniers renferment sept voitures, de la résine, de l’acétone, de la parfumerie, des allumettes, de la javel, de la peinture, des produits pharmaceutiques, des produits nettoyants, du spray coiffant, de la solution d’alcool éthylique, du nettoyant mécanique, des batteries et des aérosols.

    La sauvegarde de la vie humaine : une priorité

    Priorité n° 1 de l’Etat depuis le début, 
    la « sauvegarde de la vie humaine » est un critère déterminant pour la conduite des opérations. « En dépit de la complexité des opérations sur le récif Durand, de l’ampleur des moyens mobilisés et de la dangerosité du travail de Salvage sur une épave, aucun incident n’est à déplorer » s’est réjoui le haussaire. 
    La prévention de la pollution et la restitution du récif à l’état de nature constituent les deux autres priorités de l’Etat. « Le risque de pollution majeure est écarté depuis le 10 août, note le haut fonctionnaire. La très grande majorité des conteneurs a pu être récupérée », et le navire « méticuleusement vidé ». Quant à l’impact global de l’échouement du Kea Trader, il doit faire l’objet d’une évaluation environnementale à la fin des opérations, estimée à mi-2019.

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