Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné et Yann Mainguet | Crée le 05.02.2019 à 04h25 | Mis à jour le 05.02.2019 à 06h58
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    La SLN a mis un genou à terre. Les semaines à venir seront décisives. Photo Cyril Terrien
    SOCIAL. Plusieurs réunions ont eu lieu à Doniambo, hier. Et pourtant, un mois après le début de la grève menée par la CSTNC et l'USTKE à Thio, Tiébaghi et Népoui, personne ne semble identifier une porte de sortie sérieuse au conflit.

    ♦ Les syndicats au grand complet

    Journée de discussion, hier, à Doniambo. Après un mois de grève de la CSTNC et de l’USTKE sur trois des quatre centres miniers de la SLN, les représentants de tous les salariés ont été réunis pour un comité central d'entreprise. Avec un ordre du jour fondamental pour la direction : informer officiellement les salariés sur les conséquences techniques du mouvement. L’occasion d'interpeller, encore une fois sur les stocks de minerai à Doniambo. « Ils ont dit ce que tout le monde sait déjà », commente Arnold Delrieu, de la CSTNC. Dans l'après-midi, les sept syndicats de l’entreprise étaient invités à une séance de négociation. « La suite des deux rencontres de la semaine dernière, précise Germain Djawari, du SGTINC, organisation majoritaire à la SLN. Mais ces discussions n’ont abouti à rien. On ne voit pas d’ouverture du côté de la direction ou des grévistes ».

    ♦ Grévistes et direction sur leurs positions

    À la CSTNC, on précise pourtant avoir « proposé, pour la troisième fois, une médiation ». Mais la demande, « transmise au haussariat », n’a pas trouvé de réponse favorable côté direction. C’est que les positions paraissent de plus en plus inconciliables. La CSTNC et l’USTKE, majoritaires sur mine, refusent le nouveau régime horaire, les 147 heures, avalisées par les autres syndicats, et donc la majorité de la SLN. Et ce régime, dont la légalité semble inattaquable, est depuis un mois en vigueur sur tous les sites. Que négocier ? L’USTKE « avait imaginé reprendre le travail sous l’ancien régime pour assurer le tonnage et organiser l’évolution horaire plus tard, explique Léonard Wahmetu. Mais ça n’a pas convaincu la direction ».

    Entêtement d’un côté, refus de la marche arrière de l’autre. Les non-grévistes ne cachent plus leur inquiétude. « On ne voit plus trop l’intérêt de réunir tout le monde pour négocier », lâche le SGTINC.

    ♦ Production perturbée

    Le mouvement de grève, très suivi à Thio, qui se maintient à Népoui et qui est un peu moins marqué à Tiébaghi, limite les arrivées de bateaux à Doniambo. Or, en cette période cyclonique, les stocks sont particulièrement faibles et une dépression pourrait les faire chuter dangereusement.

    Les fours, après trois jours de baisse de puissance, fin janvier, marchent certes à plein régime. Mais comme l’a précisé la direction en comité d’entreprise, la rareté du minerai pèse sur la qualité du mélange, et donc de la production. Et les stocks restent dans une zone « où il faut se poser chaque jour la question des baisses de puissance ».

    ♦ Fin de mois décisive

    Des événements, attendus en ce mois de février, ne seront pas neutres dans l’actuel bras de fer : un conseil d’administration de la SLN, puis la publication des résultats annuels 2 018 d’Eramet. Ce calendrier offre l’occasion au PDG du groupe tricolore de prendre bien souvent la parole, de commenter l’actualité. Or, Christel Bories est réputée pour son dynamisme et pour son franc-parler. La présentation du nouveau modèle économique de la SLN validé par les administrateurs, devrait éclairer d’un nouveau jour un exercice 2019 capital.

     

    Passer de 34 % à 51 % dans la SLN, l’UC n’en démord pas

    Les tourments de la SLN se sont imposés dans la liste des sujets à commenter, hier matin, au siège de l’Union calédonienne (lire aussi par ailleurs). Une occasion pour le parti indépendantiste de réaffirmer sa position sur l’industrie du nickel « qui tient en quelques mots : maîtrise de la ressource ainsi que des outils de valorisation de la ressource », observe Gilbert Tyuienon. « La ressource doit d’abord servir l’intérêt de nos populations ». La SLN se penche actuellement sur un nouveau modèle minier et métallurgique. Pour l’UC, encore une fois, la part des trois provinces calédoniennes doit passer de 34 % à 51 % dans le capital de la Société Le Nickel. Bref, « avoir une gouvernance plus calédonienne de l’entreprise », estime Gilbert Tyuienon qui réclame « une modernisation » de l’outil.

    La filiale d’Eramet avance la piste du renforcement des exportations parmi les leviers en faveur d’une meilleure compétitivité. Quelle sera l’attitude des membres UC du gouvernement ? « Nous demanderons à la SLN de préciser véritablement son modèle économique », ajoute le maire de Canala, attentif au retour de la valorisation du minerai pour le pays. Remarque troublante, surtout pour un membre du gouvernement, sur le projet de la centrale électrique au gaz à Doniambo : « Qui est au courant ? On est au courant de rien ».

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