Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 31.12.2018 à 08h39 | Mis à jour le 31.12.2018 à 08h40
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    La centrale électrique au fuel date d’il y a 25 ans. Elle emploie 40 personnes, mais aussi, ponctuellement, des équipes locales pour la maintenance. Photos C. R.
    D’ici cinq ans, la centrale Jacques-Iekawé, rendue inutile par le succès du renouvelable et la centrale au gaz, devrait fermer ses portes. Enercal s’est engagé à reclasser les 40 employés, mais pas forcément à Poya. Mairie, coutumiers et syndicats demandent de nouveaux relais d’activité. Un comité mis sur pied par le gouvernement a déjà identifié des pistes.

    De la pharmacie à l’école en passant par l’annexe de la mairie de Poya, les rues de Népoui sont bien calmes ce jeudi matin. « Les gens ont vidé le frigo pour Noël, là, il faut préparer le réveillon, s’amuse Claudine, la cinquantaine, qui habite à quelques mètres d’un lotissement flambant neuf et pour l’instant vide. Alors ils sont sûrement à la pêche. » D’autres sont au travail : un minéralier de la SLN est à quai et les camions enchaînent les allers-retours avec le pied du Kopéto, massif minier qui fait face à la presqu’île. Sur le trajet, les quatre cheminées de la centrale électrique Jacques-Iekawé se détachent dans le ciel gris.
    Depuis le 27 février dernier, et une décision du conseil d’administration d’Enercal, sa fermeture est programmée. Cinq ans, six tout au plus, dès que la nouvelle centrale au gaz sera mise en service à Nouméa. La première réaction, à Népoui ? « La colère, appuie un employé. Et on l’a toujours un peu. Ils devaient changer les moteurs pour qu’elle continue à tourner. Là, c’est quarante emplois qui sautent, quarante familles touchées ».
    Dès l’annonce, Enercal s’est pourtant engagé à reclasser l’ensemble des employés et les discussions ont été lancées. Mais très peu de postes seront maintenus à Poya. Perte sèche pour la commune, et pour Népoui, qui avec 1 000 habitants en est la plus grosse entité. « Ça n’est pas une décision qui a été prise à la légère, assure Jean-Michel de Guarrigues, le directeur général délégué d’Enercal. Une société pays qui se porte bien mais qui ferme une centrale, c’est compliqué à entendre. Mais c’est le fruit de longues réflexions ». Études après études, « toutes les possibilités ont été balayées », et le conseil d’administration, où siègent de nombreux élus, a dû s’y résoudre. Avec les objectifs environnementaux votés au Congrès, le développement rapide du photovoltaïque, la construction de la centrale au gaz à Doniambo, les moteurs au fuel de Népoui n’auront « plus de place, du point de vue technique comme économique, dans le paysage énergétique calédonien ».
    « Les employés de Népoui sont les premières victimes de la transition énergétique », conclut Jean-Pierre Kabar, de la Cogetra, qui dans une lettre commune avec la CFE-CGC, l’Usoenc et l’USTKE, a interpellé le gouvernement sur « l’impact social » de cette fermeture. Mais c’est surtout la mairie de Poya qui s’est fait entendre. « Il est hors de question qu’on laisse mourir Népoui et la commune, et si on ne fait rien, c’est ce qui va se passer », tranche Yasmina Metzdorf. Quid du rééquilibrage promis avec la centrale, en 1993 ? Pourquoi ne pas utiliser le foncier libre de Poya pour faire, justement, du renouvelable ? Et les installations portuaires de la province qui n’ont jamais servi ? La maire rappelle que sa commune, isolée, peut « rapidement se vider » et que les jeunes qui y habitent « veulent y travailler ». Une seule idée en tête : « Cette fermeture, ça doit être le début d’autre chose ».

    Un comité de reconversion
    Un discours repris « à 100 % » par les autorités coutumières. « Cette annonce a au moins créé un élan positif : tout le monde marche dans le même sens, sinon on sait qu’il ne se passera rien », appuie Maxime Nékiriaï, le président du district de Muéo, qui voit dans Népoui, où il habite, « un exemple du destin commun ». Côté gouvernement, on a entendu l’appel et mis sur pied un comité de reconversion, une nouvelle fois réuni le 21 décembre. « L’idée, c’est de rapidement identifier des activités, des sociétés qui pourraient s’installer ici pour compenser cette perte », explique Nicolas Metzdorf, enfant de la commune et en charge de l’énergie à l’exécutif. En attendant l’expertise du cabinet Auclair Dupont, on parle de stockage d’hydrocarbures sur le site de la centrale, de priorisation de Poya pour le développement du photovoltaïque ou du parc éolien… « Mais ce qu’on veut, ce ne sont pas des réunions, martèle Yasmina Metzdorf. Ce sont des signatures, et un avenir ».

    Maxime Nékiriaï, président du district de Muéo. Photo C.R.

    Côté emplois, la mine inquiète aussi

    Le quai de chargement de la SLN à Népoui. Arnold Delrieu (CSTNC) et Guy Tidjine (USTKE).

    « Poya, c’est la mine et l’élevage. » Si beaucoup voudraient qu’on arrête de limiter les perspectives de la commune à ces deux activités, il faut bien reconnaître qu’elles y sont, de loin, les plus visibles. Divisée entre la province Nord et la province Sud, Poya peine parfois à profiter des politiques de l’une et de l’autre en matière de développement agricole. Le secteur peut tout de même compter sur un beau potentiel : 
    le foncier est là - 84 000 hectares, pour beaucoup du domaine public et des terres coutumières - l’expérience aussi. Mais c’est bien la mine qui draine le plus d’emplois. Et les soubresauts du nickel n’ont pas aidé à donner confiance en l’avenir de la commune. Courant 2017 et jusqu’à ce début d’année, la rumeur de la fermeture de la mine Pinpin, exploitée par la NMC au sud du village, courait ainsi bon train. « On a effectivement eu un problème de rentabilité sur ce site et la question s’est 
    sérieusement posée, concède Didier Ventura, 
    le président de la filiale de la SMSP. Mais il y a eu une réorganisation, des investissements et, au final, un net regain de productivité. On produit plus et mieux. Tant qu’on continue, l’avenir de la NMC à Poya est éclairci. »

    Annonces et démenti sur fond de tensions sociales à la SLN
    Mais c’est surtout à la SLN, qui emploie sur son centre de Népoui plus de 200 personnes, et qui fait vivre plusieurs entreprises prestataires, que la question s’est posée. Courant décembre, la CSTNC et l’USTKE lèvent le lièvre : d’après les syndicats, alors en grève, la SLN a l’intention de fermer sa mine du Kopéto pour exploiter, de l’autre côté de la vallée, le gisement Sereis. Et au passage de fermer la laverie du centre minier, qui induit à lui seul « au moins 70 postes ». « On sait que ça va arriver un jour, on a donc posé la question en comité d’établissement et le chef de centre nous a répondu que cette fermeture était programmée pour dans cinq ans », explique Arnold Delrieu de la CSTNC, qui, avec Guy Tidjine, de l’USTKE, demandent qu’un plan de reclassement soit immédiatement discuté. D’autant que 2023 correspond aussi à la date de fermeture de la centrale Enercal. 
    « On sait que le Kopéto a une durée de vie limitée. Quand ils ont rouvert, ils avaient dit 20 ans, ça fait déjà 25, remarque la maire de Poya, Yasmina Metzdorf. Mais on n’a aucune information officielle, et rien ne se fera sans discussions ». C’est aussi le discours du président du district de Muéo. « Cette mine, elle est assise coutumièrement, elle emploie beaucoup de gens d’ici, ils ne peuvent pas juste changer comme ça », pointe Maxime Nékiriaï. L’annonce a fait beaucoup parler à Poya. Mais la SLN la dément aujourd’hui fermement : « La fermeture du Kopéto n’est pas à l’ordre du jour », insiste la direction, qui parle de « malentendu » et 
    « d’agitation ». Il faut dire que les rapports sociaux sont tendus à Népoui, un des centres les moins rentables de l’entreprise. En guerre contre le passage aux 147 heures, un régime horaire issu d’un accord majoritaire sur l’entreprise mais qu’eux n’ont pas signé, la CSTNC et l’USTKE, principales organisations de Népoui se préparent à une grève « dure » début janvier sur l’ensemble des sites miniers.

    Repères

    25 ans d’activité
    La centrale thermique Jacques-Iekawé a été développée par Enercal et mise en service en 1993, avec deux, puis quatre moteurs au fuel. Puissance totale : 55 MW. Pourquoi à Népoui ? Pour le rééquilibrage, dont la centrale était un projet symbolique. Pour sa situation, aussi : pas si éloigné du Grand Nouméa, Népoui peut aussi alimenter le Nord en cas de rupture du réseau interconnecté. Des discussions sont en cours pour que la centrale de KNS remplisse à terme ce rôle.

    Variable d’ajustement
    Créée comme un moyen de production « de base » sur la Grande Terre, la centrale de Népoui s’est muée en variable d’ajustement de la production électrique depuis le lancement de la centrale de Prony en 2008. Elle complète la production du solaire et de l’éolien, satisfait les pics de consommation… La nuit, elle ne sert presque pas. En 2016, après l’abandon du projet de centrale B de la SLN, Enercal avait programmé le remplacement des deux plus anciens moteurs. Mais l’investissement de 7 milliards a été reconsidéré à la lumière de plusieurs décisions politiques. Le schéma de transition énergétique, d’abord qui a ouvert les vannes du renouvelable, et notamment du solaire, au développement rapide. La « centrale pays » ensuite : c’est Enercal qui a été chargée de réaliser les premières études pour cette centrale au gaz de 200 MW. Quel que soit le cas de figure, à son ouverture, l’énergie chère et polluante de Népoui, paraissait inutile. Un constat corroboré par une étude d’un cabinet spécialisé en 2017, puis par la commission de régulation de l’énergie.

    Concret
    Des discussions sont en cours entre la mairie et Vergnet Pacific, spécialiste des éoliennes. Enercal a des projets de photovoltaïque sur Poya en attente d’autorisation.

    Port
    A Népoui, un quai a été construit par la province Nord à côté de celui de la SLN. Jamais utilisé, il fait actuellement l’objet d’une étude approfondie.

    600 millions
    Ce qu’Enercal est en train d’investir à Népoui pour assurer le bon fonctionnement de la centrale pour les cinq ans.

    « L’emploi, c’est le revers de la médaille du renouvelable. À moins qu’on ne développe la filière ».

    Nicolas Metzdorf, du gouvernement

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