Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 28.03.2019 à 05h46 | Mis à jour le 28.03.2019 à 05h47
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    « Grâce à un gisement de nickel d’une qualité exceptionnelle, Koniambo Nickel assurera une exploitation à long terme et à faible coût, dans le cadre d’une politique de développement durable exigeante », signale KNS. Archives LNC/ Yann Mainguet
    Les déboires techniques sur les fours sont passés, Koniambo Nickel monte en puissance. Avec un objectif défini : atteindre 50 000 tonnes de nickel à l’horizon 2021- 2022. La baisse de son coût de production est une obligation, scrutée par les actionnaires, SMSP et le géant Glencore.

    Cap pleine capacité

    Après 17 000 tonnes de nickel en 2017, année de reconstruction de la deuxième ligne, la production à Vavouto a grimpé à 28 000 tonnes en 2018 avec deux fours, la première fois depuis 2014. L’intention est de porter le rendement cette année à 38 000 tonnes. Le budget a été construit autour de cet objectif. Koniambo Nickel vise une production annuelle de 50 000 tonnes de nickel métal à terme. C’est-à-dire, quand ?

    Glencore et son Pdg Ivan Glasenberg avaient fait une annonce en décembre 2017 lors du « Investor day ». Déclaration qui semble toujours - à peu près - d’actualité. La pleine capacité - 50 000 tonnes donc par an - est envisagée en 2021-2022.

    Recrutements

    Qui dit montée en production, dit renforcement des moyens, et recrutements. Principalement pour la mine du Koniambo. Sabrina Marlier, directrice des ressources humaines, recense 198 embauches l’an passé.

    Rentabilité

    KNS poursuit sa montée en régime et accuse un coût de production élevé. Qui nécessite, au final, un soutien financier de Glencore. Financeur à 98 %, le géant suisse a injecté - les chiffres ont été confirmés hier devant les médias - 24 milliards de francs en 2017 et 22 milliards en 2018 (Lire notre édition du 1er mars, NDLR). « Cette année, nous allons encore demander à Glencore du financement » juge Kristan Straub, président de Koniambo Nickel depuis un an, successeur de Marc Boissonneault.

    Dégager un résultat positif sur un exercice est bien sûr primordial. Une visée pour l’instant non datée. Néanmoins, la montée en puissance s’accompagne d’un objectif en termes de coût de production : atteindre 4,15 dollars US la livre de nickel, soit autour de 9 000 dollars la tonne. Telle est aussi, grosso modo, l’ambition des opérateurs SLN et Vale NC sur un marché mondial du nickel bouleversé par les producteurs « low-cost ». En clair, pour la direction de KNS, une production stabilisée à 50 000 tonnes permettrait de voir une usine rentable et durable. « Nous avons eu des pics de performance l’an passé qui démontrent, sur un rythme mensuel, que nos objectifs sont réalistes ».

    Montée en régime oblige, la mine du Koniambo a enregistré des recrutements et l’arrivée de nouveaux engins.
    Montée en régime oblige, la mine du Koniambo a enregistré des recrutements et l’arrivée de nouveaux engins.

    « Culture de la sécurité »

    L’ambition industrielle n’a pas varié à KNS, coentreprise appartenant à la Société minière du Sud Pacifique, SMSP (51 %) et à Glencore (49 %) : « Produire en sécurité à moindre coût » rappelle Kristan Straub. Cet ancien dirigeant de la mine Raglan, dans le nord du Canada, est arrivé avec une mission essentielle : mener à bien la montée en puissance de Vavouto. Et ce, en toute sécurité. L’indicateur 2018 de fréquence des accidents avec blessures est satisfaisant, même inférieur à l’objectif fixé. « Une bonne performance » se félicite Kristan Straub. « Pourquoi ? Parce que nous avons réussi à avoir l’engagement des employés, de nos sous-traitants, de nos managers ». Alcide Ponga, directeur des affaires externes de KNS, n’hésite pas à parler d’un développement de la culture de la sécurité au sein de l’entreprise.

    Rigueur

    Construire une usine robuste dans le Nord qui ne dépend pas des fluctuations du marché du nickel, tel est l’axe. Mais le projet a traversé une période de « doutes sur notre avenir en raison de soucis techniques », note Kristan Straub, faisant allusion à la fuite de métal du four n° 1 fin 2014. Une fois les péripéties passées, la confiance fut renouvelée. Aujourd’hui, phase « la plus dure », « il faut faire marcher notre usine, et avoir une rigueur opérationnelle au quotidien » martèle le patron canadien. « Une montée en puissance n’est jamais gagnée ».


    Maîtriser nos dépenses, un élément clé

    « Koniambo est un enjeu pour Glencore. Ce n’est pas le “petit bout du monde” oublié par Glencore », souligne Kristan Straub. Photo Thierry Perron
    « Koniambo est un enjeu pour Glencore. Ce n’est pas le “petit bout du monde” oublié par Glencore », souligne Kristan Straub. Photo Thierry Perron

    Kristan straub, PRÉSIDENT DE KONIAMBO NICKEL

    Les Nouvelles calédoniennes : D’après un graphique du cabinet Wood Mackenzie sur le coût de production des usines dans le monde, KNS se classait au fond de la classe. Est-ce une réalité ? Vous n’avez pas voulu dévoiler le chiffre…

    Parce que dévoiler aujourd’hui le coût de production n’a aucun sens. Nous sommes en pleine montée en puissance. Nous ne sommes pas au niveau de production que nous avons ciblé pour le long terme. Notre objectif est de produire autour de 50 000 tonnes de nickel, à un coût de production de 4,15 dollars US la livre de nickel. Nous cherchons à mieux nous positionner sur le marché mondial. S’assurer que nous avons un coût de production compétitif.

    Au-delà de la hausse de la production, quelles sont les mesures travaillées pour y parvenir ?

    Comme toutes les entreprises de production, nous avons toute une série de dépenses qui sont observées. Comme le coût de l’énergie. Ou le coût des consommables. Ou encore d’entretien. Maîtriser nos dépenses, c’est un élément clé pour nous. Avec la montée en puissance, on cherche à avoir cette visibilité sur le long terme.

    Glencore a dû injecter des milliards de francs en 2017 et en 2018. La dette ne commence-telle pas à être conséquente ?

    Chaque année où nous bénéficions de financement, oui, la dette augmente. Quand nous regardons, l’entreprise continue de monter en puissance, de suivre notre programme et les indicateurs de performance. Encore une fois, l’important est de maîtriser les coûts en cette période-là. Ce n’est pas de produire à tout prix ou de faire avancer le projet à tout prix, « à tous les coûts ».

    Le financeur questionne : que faisons-nous pour arriver à être autofinanceur ? »

    La patience de Glencore a-t-elle toutefois des limites ?

    Nous avons aujourd’hui le soutien de nos partenaires, Glencore et SMSP. Y a-t-il toujours des questions ? Oui, bien sûr. Parce que nous sommes un projet qui demande actuellement des financements. Le financeur questionne : que faisons-nous pour arriver à être autofinanceur ?

    Après le défaut de construction, puis une reconstruction, êtes-vous satisfait aujourd’hui du fonctionnement des fours ?

    Les fours aujourd’hui marchent. Avant nous avions des soucis techniques. Nous avons résolu les problèmes. Nous avons passé cette période d’inquiétudes. Les fours marchent comme prévu aujourd’hui. Notre défi, c’est de continuer à augmenter la puissance, et les volumes de production. Tout en s’assurant de l’intégrité de l’outil.

    Le marché s’attend à un boom du nickel dit premium pour les batteries des véhicules électriques. Quel est, selon vous, l’avenir du ferronickel ?

    Selon les statistiques, 70% à 75% du marché du nickel est destiné à l’utilisation de l’acier inoxydable. Quels sont aujourd’hui les produits utilisés pour fabriquer l’inox ? C’est notamment du ferronickel. Le marché va toujours avoir ce besoin. Oui, il faut avoir conscience de l’évolution des producteurs indonésiens, philippins, chinois, qui continuent à augmenter leur niveau de production. Avec des structures de plus en plus intégrées. C’est la réalité du marché. Il faut donc que nous soyons robustes.


    REPÈRES

    Défiscalisation

    Un point restait en suspens, dans un proche passé. La question n’est plus aujourd’hui à l’ordre du jour, selon Alcide Ponga, directeur des affaires externes de KNS. Réglé. « Nous avons réussi à respecter les conditions pour l’accord de défiscalisation » intéressant la centrale électrique à Vavouto. C’est-à-dire, pour schématiser, produire à tel régime pendant un certain nombre de jours.

    Climat social

    Le taux d’absentéisme à Koniambo Nickel est de 4,7% en moyenne. Un ratio « très intéressant si on le compare aux taux du territoire » observe Sabrina Marlier, directrice des ressources humaines. Le turn-over est lui évalué à 7%. « Pour nous, il n’y a pas d’indicateurs, au niveau « RH », qui nous amènent à un climat social dégradé ». En revanche, pour des employés jeunes, n’ayant pas par définition une grande expérience de vie professionnelle, « l’adaptabilité permanente peut par moments perturber les gens ». Ce qui entraîne parfois quelques frictions. D’où « beaucoup de communication. Nous ne sommes pas de ceux qui ont énormément de conflits sociaux ».

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