Nouvelle Calédonie
  • Yann Mainguet / yann.mainguet@lnc.nc | Crée le 07.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 07.06.2019 à 07h21
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    Dans les cales du minéralier New Beginning, aujourd’hui en baie de N’Go, du minerai d’une teneur en nickel de 1,70 à 1,75 % de type « blend » ou mélanges. Photo Y.M.
    MINES. Après la liquéfaction d’une partie de son chargement, le bateau battant pavillon panaméen patiente désormais en baie de N’Go. Les questions sont nombreuses et complexes autour de la solution à adopter.

    « La gestion de l’incident est très complexe », soupire un professionnel du monde minier. Un vrai casse-tête. Le minéralier New Beginning vit, immobile, sa quatrième semaine en baie de N’Go au Mont-Dore, après un demi-tour d’urgence le 10 mai au nord des îles Belep : le capitaine du navire, parti de Calédonie pour faire route vers le Japon, avait constaté la liquéfaction d’une partie du chargement, un phénomène extrêmement rare qu’il faut comprendre.

    Un expert indépendant, missionné par la compagnie maritime et basé d’ordinaire à Shanghaï, a terminé mardi ses prélèvements. Ces échantillons seront analysés à Singapour. Un fait, « la cargaison ne nous appartient plus » mentionne Christian Taupua, de Maï Kouaoua Mines, MKM. La propriété revient au client, le fondeur japonais Pamco. Le minéralier a quitté la Nouvelle-Calédonie, est allé dans les eaux internationales, il y a donc eu exportation. Toutefois, le bateau est revenu, chargé, il y a alors eu importation de minerai. Une donnée pour le moins cocasse dans d’autres circonstances.

    Reste la suite bien compliquée, étudiée par la société MKM, en concertation avec bon nombre d’acteurs, dont les Affaires maritimes ainsi que la Direction de l'industrie, des mines et de l'énergie, la Dimenc. Trois hypothèses se présentent. Tout d’abord, le New Beginning repart à vide. Ce qui peut poser un problème de déclaration.

    Deuxième option, MKM recharge le même volume, c’est-à-dire 50 000 tonnes. Mais la société ne dispose pas de ce stock à quai. Seulement la moitié est disponible. Troisième piste alors, le navire repart avec les 25 000 tonnes, et complète avec un même tonnage ailleurs, aux Philippines, par exemple. Pour l’instant, le schéma final n’a pas été arrêté, les investigations se poursuivent.

    Redimensionnement

    Un souci de taille apparaît. En clair, « en Nouvelle-Calédonie, on sait charger des minéraliers. En revanche, on n’a pas les infrastructures pour les décharger, mis à part la SLN à Doniambo qui a ses installations », résument des mineurs et représentants des autorités. Une option a ainsi été évoquée : le New Beginning prend la direction de la Société-Le Nickel équipée de grues, le métallurgiste Pamco pouvant contractualiser avec la filiale d’Eramet, mais le bateau, chargé, a un tirant d'eau trop fort - plus de 10,50 mètres - pour atteindre le site industriel nouméen. Eventualité écartée.

    Du coup, depuis mardi, « nous avons redimensionné le wharf », observe Christian Taupua. Ces aménagements dans la baie de N'Go consistent à installer notamment des grosses pelles hydrauliques, celles de la mine. Tout comme un engin dans chaque cale pour pousser le minerai et aider le grutier. L’opération n’a pas démarré, et pour cause : le déchargement doit-il être partiel ou total ? La question n’est pas tranchée. Beaucoup espèrent une visibilité sur le calendrier le plus tôt possible.

    Le prochain bateau à destination du client Pamco est prévu normalement en ce mois de juin. La planification sera-t-elle modifiée ? Cette affaire de liquéfaction pèse dans les comptes, aussi bien de MKM, que du fondeur japonais en raison du retard de la livraison, et de la compagnie maritime.

    Un phénomène dangereux d'une rapidité redoutable

    Le phénomène de liquéfaction du minerai n’a vraiment été cerné de façon précise que récemment, il y a quelques dizaines d’années.

    Un minerai très humide, composé de beaucoup de particules fines, peut, sous l’effet des vibrations du bateau et de la houle, être amené à passer dans une phase proche de l’état liquide. La masse devient alors incontrôlable. Des bateaux ont, par le passé, coulé en peu de temps.

    Question désormais centrale autour du New Beginning : pourquoi une telle évolution vers la liquéfaction ? L’humidité au moment du chargement est le premier facteur possible. Un second : la forte houle observée et les vibrations du moteur.

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