Nouvelle Calédonie
  • ENTRETIEN AVEC Thibaut Martelin, président du syndicat des exportateurs de minerai (SEM)
    Propos recueillis par Yann Mainguet | Crée le 17.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 17.04.2019 à 08h48
    Imprimer
    Selon Thibaut Martelin, président du SEM, « nous représentons 100 % des imports coréens, 51 % des imports japonais, et 3 % des imports chinois ». Photo LNC

    Les Nouvelles calédoniennes : Quel est le volume de minerai exporté l’an dernier, après 6,5 millions de tonnes humides en 2017 ?

    Les exportations de minerai ont atteint 6,8 millions de tonnes en 2018 : 3,3 millions vers la Corée du Sud soit 50 %, un peu moins de 2 millions vers le Japon, et un peu plus de 1,5 million vers la Chine.

     

    Le Japon est toujours une destination où siègent des clients traditionnels que nous souhaitons garantir et favoriser.

     

    Les tonnages vers le Japon avaient pourtant un peu baissé. Pourquoi ?

    La toute première raison était notre contribution à l’effort envers la NMC (Nickel Mining Company, filiale de la SMSP, NDLR), puisqu’à la suite du « plan de soutien à l’activité minière », nous avions reçu une proposition du gouvernement nous demandant de contribuer à la montée en puissance de la NMC au niveau de ses exports vers la Corée, et en contrepartie, on créait ce nouveau flux vers la Chine. La SLN, la SMGM, la SMT, bref les autres mineurs, ont contribué à cette montée en puissance de la NMC en lui cédant du minerai, jusqu’à 650 000 tonnes par an. La Corée capte la même gamme de minerai que le Japon d’où une légère baisse des volumes. Là, on remonte. L’année dernière, à ma connaissance, en cession de minerai pour la NMC, il n’y a eu que 170 000 tonnes.

    La Chine ne représente-t-elle pas un marché en expansion ?

    Il y a 3 millions de tonnes autorisées par quotas vers la Chine aujourd’hui, nous n’en avons utilisé que la moitié seulement en 2018.

    Ce marché vient en substitution complète de l’Australie (le partenaire historique, Queensland Nickel (QNi), ayant fermé début 2017 son usine de Yabulu qui était le débouché stable pour les latérites calédoniennes, NDLR). En 2013, on vendait un peu plus de 1,6 million de tonnes à l’Australie. En 2014, 2 millions. Et quand on regarde les années 1998-1999-2000, nous étions à plus de 2 millions de tonnes. Aujourd’hui, le flux vers la Chine ne compense pas l’export auparavant habituel vers l’Australie.

    Le marché chinois actuel a cet immense avantage, par rapport au marché australien, d’être ouvert sur plusieurs usines, avec donc une gamme de minerai beaucoup plus large. Teneur en nickel, surtout teneur en fer, etc. Ce sont des contraintes que nous avons moins aujourd’hui avec le marché chinois. C’est plus le pool de clients qui s’adapte au minerai disponible que la mine qui essaie, de manière contre-nature, de s’adapter à un client.

    Le quota est de 3 millions de tonnes pour la Chine. Ce modèle peut-il évoluer ?

    Les quotas ne sont pas forcément utilisés à 100 %. Nous n’exportons pour l’instant que 1,5 million de tonnes vers la Chine. Je pense que cela pourrait légèrement augmenter avec l’évolution du flux d’export depuis la SLN et la NMC.

    Ce marché se décorrèle un peu aujourd’hui du LME (London Metal Exchange, la Bourse de référence, NDLR) avec les avantages et les inconvénients que cela représente. Il peut être beaucoup plus rentable qu’une formule de prix indexée sur le LME. En revanche, si l’offre est surabondante, ou s’il y a trop de compétition entre les producteurs, - comme c’est une mise aux enchères -, il y a un risque que cela soit moins intéressant.

    Glencore, qui n’aime pas le terme de trader, joue bien le rôle d’agent commercial, n’est-ce pas ?

    Glencore est plus un agent commercial qu’un trader, puisqu’il nous garantit le paiement, il n’achète pas pour mieux valoriser.

    Glencore opère, comme agent commercial, pour SMGM, SMT et MKM. L’agent commercial de la SLN est Eramet qui a déjà son réseau de commerciaux en Chine pour la vente du ferronickel et qui est donc à même de lancer des appels d’offres vers la Chine. NMC vient, elle, de se rapprocher de Posco International, une des filiales de son partenaire, qui sera son agent commercial pour ses exports vers la Chine.

    Les agents commerciaux ont pour vocation de chercher des clients intéressés par le type de minerai que l’on met en vente, d’en tirer ensuite le meilleur prix et de garantir le paiement.


    Le Soenc Nickel et l’USTKE « sensibilisent » devant le gouvernement

     

    A chacun son trottoir. Des élus du Soenc Nickel, du SAM et du SGC de la SLN, ont tenu à afficher les couleurs hier matin, à l’heure de l’arrivée des membres du gouvernement pour la séance de collégialité. L’intention : « sensibiliser les politiques » à la nécessité d’un vote en faveur de la demande de la Société-Le Nickel. « La perte est aujourd’hui d’un milliard de francs par mois » souligne Eddy Coulon. « L’export des 4 millions de tonnes de minerai nous rapporterait 14 milliards de francs par an. On serait donc à l’équilibre. L’export nous permettrait de voir une lueur au bout du tunnel ». Une obligation : pour la destination et l’acheteur, « il faut que ce soit au prix du marché ».

    Non loin, l’USTKE a déplié les banderoles. Avec une variable dans le message. « On souhaite que les 4 millions de tonnes de minerai soient vendues aux usines pays offshore » indique Charles Ngaiohni. En clair, « à la SMSP ».

     Photos Thierry Perron

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS