Nouvelle Calédonie
  • ENTRETIEN AVEC Dominique Katrawa, président du conseil d’administration de la SLN
    Propos recueillis par Yann Mainguet | Crée le 13.11.2018 à 04h35 | Mis à jour le 13.11.2018 à 06h53
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    Sous les yeux hier de Dominique Katrawa (à droite), président du conseil d’administration de la SLN, et de membres de la direction, un segment du convoyeur Serpentine incendié. Les forces de gendarmerie continuent de faire respecter la liberté de circuler et de travailler. La SLN le note, « l’avenir du centre minier de Kouaoua est en jeu ». Photos DR et LNC
    Le blocage levé, le travail a pu reprendre hier matin sur le centre minier de la SLN à Kouaoua. L’heure est au constat des dégâts, notamment sur le convoyeur Serpentine, ainsi qu’aux réparations. La paralysie de ce site essentiel aura un impact sur les comptes 2018 tout comme sur ceux de 2019.

    Les Nouvelles calédoniennes : Quel est l’état d’esprit des salariés à la reprise de l’activité à Kouaoua ?

    Des techniciens sont montés (au centre minier, Ndlr) les jours précédents pour commencer le nettoyage. Est intervenue (hier) la reprise du travail. Plus d’une centaine de salariés étaient sur mine. Ce qui est un bon signe. Nous étions sur site afin de soutenir cette reprise d’activité et d’accompagner les salariés. Ils sont plutôt sereins.

    Quelle est l’ampleur des dégâts recensés ?

    Le dégât le plus important est celui qui s’est produit samedi. Deux incendies en une journée, sans compter celui de vendredi. Il y a eu 1,2 kilomètre de convoyeur endommagé. Soit environ 2,5 kilomètres avec les bras inférieur et supérieur. Il y a eu aussi des tags, ou des exactions commises ces derniers temps, pendant qu’il y avait le barrage en bas. Les constats sont en cours, tout comme les réparations. Il faut en outre contrôler l’état des engins.

    Certains points du centre minier de Kouaoua, comme ici la guérite d’entrée du site, ont été la cible de nombreuses dégradations lors de ces trois mois de blocage. Plusieurs enquêtes sont en cours.

     

    Le coût des dégâts ne peut donc pas être estimé avec précision ?

    Pour l’instant, c’est trop prématuré. Néanmoins, le coût des incendies est chiffré à plus de 200 millions de francs. Et les pertes d’exploitation, hors réparation des installations, s’élèvent à 1,8 milliard de francs pour les trois mois de blocage, c’est l’impact sur les comptes. Nous en sommes à quinze incendies depuis le début de l’année.

    J’ai lancé un appel à la raison, à la responsabilité. Certes, il y a des difficultés, mais nous n’avons pas la main. C’est un problème de discussion entre les coutumiers et les jeunes (ex-bloqueurs, Ndlr) qui n’arrivent pas à se rencontrer. Si nous pouvons continuer à mettre du lien entre les deux entités, nous le ferons. Parce que c’est, je pense, pour le bien de tous, des salariés, des sous-traitants, de la commune de Kouaoua et de la SLN. Il faut trouver une issue heureuse à ce conflit.

     

    Nous n’avons plus de plan B.

     

    2018, une année d’ailleurs compliquée pour la SLN ?

    Oui, 2018 est une année un peu compliquée. Il y a des événements extérieurs, il y a Kouaoua... Très clairement, le problème de Kouaoua a déjà impacté les comptes 2019. Nous n’avons pas de production de minerai de Kouaoua, nous n’avons donc pas de stock pour entamer correctement le début d’année 2019 qui est, comme tous les débuts d’année, toujours très compliqué : c’est la saison des pluies, il n’y a donc pas beaucoup de minerai à disposition. Par prudence, on essaie d’ordinaire de faire des stocks pour passer cette période. Or, à ce stade, nous n’en aurons pas. C’est très tendu.

    Les trois concessions de Mont-Calm, Chêne-Gomme et Newco, dont l’autorisation d’exploitation est désormais annulée, devaient représenter 40 % de la production de Kouaoua pour 2019. Comment faire maintenant, alors que les mines de Méa et Kiel arrivent en fin de vie ?

    Nous n’avons plus de plan B. Le plan B travaillé depuis vingt ans était d’ouvrir Mont-Calm, Chêne-Gomme et Newco afin de prolonger la durée du centre de Kouaoua. Nous sommes pris de court. Il y a des formes de compensation que nous avons mises en place les mois précédents. Une réflexion va être menée sur la suite.

    Il faut donc chercher d’autres gisements ?

    Oui, chercher un autre gisement, non plus dans la zone de la périphérie Ouest, parce que, manifestement, cela pose problème. Il faut le trouver ailleurs, notamment sur Kouaoua et pourquoi pas sur Houaïlou. Le projet d’ouverture de gisements dure des années en raison de toutes les conditions à satisfaire.

    En dates

    6 août 2018

    Un groupe opposé au projet d’exploitation de trois gisements - Mont-Calm, Chêne-Gomme, et Newco - bloque le centre minier de la SLN à Kouaoua. Des raisons environnementales sont avancées. Ce qui provoque le débat, puisque la SLN a dû respecter des conditions pour ce projet d’ouvertures de mines.

    14 août

    La filiale d’Eramet annonce la fermeture - autrement dit, la mise en sommeil - du centre minier, car « la sécurité n’est plus assurée ».

    19 octobre

    La province Nord signe un arrêté annulant l’autorisation d’exploitation des trois gisements accordée il y a plus d’un an.

    9 novembre

    L’État, via une soixantaine de gendarmes, évacue le campement du collectif qui bloquait l’accès aux mines de Méa et de Kiel.

    10 novembre

    À 4 heures du matin et à 18 h 30, samedi, des kilomètres du convoyeur Serpentine sont brûlés. Les quatorzième et quinzième incendies depuis le début de l’année.

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