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    Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche avec G.C. | Crée le 26.09.2018 à 06h05 | Mis à jour le 26.09.2018 à 06h05
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    La ville de Nouméa a décidé de suspendre la cantine. Une décision aux multiples conséquences, à commencer pour les parents d’élèves. Archives LNC
    Une énième intoxication a poussé la mairie à prendre une mesure radicale : la suspension de son service de cantine. Une décision lourde de conséquences pour les parents qui doivent trouver des solutions pour le déjeuner de leurs enfants. Des questions restent sans réponse. L’hypothèse d’actes malveillants n’est pas écartée.

    C’est une décision aux répercussions multiples. La ville de Nouméa a annoncé, en début de soirée d’hier, la suspension de son service de cantine dans ses cinquante-deux écoles maternelles et primaires publiques après une énième suspicion d’intoxication alimentaire survenue à l’école Albert-Perraud, à Magenta.

    Après le repas du midi, dont le menu était composé d’émincé de volaille au lait, de riz blanc au jasmin, de fromage et de fruit, quatorze enfants – sur les cent quatre-vingt déjeunant le midi dans cet établissement scolaire – se sont plaints de douleurs au ventre et neuf d’entre eux ont été pris de vomissements.

    La suite d’un long et inquiétant feuilleton à peine croyable où l’on se demandait quelle allait être la prochaine école sur la liste : en trois mois, plus de huit écoles maternelles et primaires du Grand Nouméa ont été touchées. C’est justement « parce que nous ne voulons pas prendre la responsabilité qu’un jour, un enfant soit grièvement atteint » que la mairie de Nouméa a pris la décision, « lourde de conséquences », de fermer les cantines à compter de demain, jeudi, et ce pour une durée indéterminée.

    Les parents sont donc invités à récupérer leurs enfants dès la fin des cours de la matinée et aucun élève ne sera gardé durant la pause de midi. « On ne sait pas ce qui se passe et comment expliquer ces intoxications. Cela fait plus de trente ans que je m’occupe des cantines et ce qui arrive est extrêmement grave et, surtout, du jamais-vu. Tant que les services de santé de la Nouvelle- Calédonie [le Sivap, service d’inspection vétérinaire, alimentaire et phytosanitaire, NDLR] ne garantiront pas la sécurité sanitaire des repas servis et nous certifieront que les enfants puissent manger en toute sécurité, on ne rouvrira pas les cantines », décrypte Jean-Pierre Delrieu, premier adjoint de la maire de Nouméa.

    MAINTENANT, ÇA SUFFIT

    La municipalité entame donc un bras de fer avec le gouvernement, dont le Sivap dépend, mais également avec la société Newrest, responsable de la livraison des repas dans les cantines scolaires. L’entreprise a évidemment été informée de la décision de la mairie : « Newrest ne comprend pas non plus les raisons de ces événements. Elle veut sortir blanchie de cette affaire », affirme Jean-Pierre Delrieu. Car le coupable idéal est bien Newrest, vilipendée par les parents d’élèves. Virginie Murcia, présidente de l’Union des groupements de parents d’élèves, est extrêmement remontée, « on ne peut pas laisser nos enfants se faire intoxiquer à la cantine » et appelle à « passer à l’action ». Un grand rassemblement des parents d’élèves, une pétition, une plainte contre Newrest, peut-être les trois. « On nous avait dit d’être tolérants avec Newrest, maintenant ça suffit », enrage Virginie Murcia. Tard dans la soirée, Newrest a pris la parole, évoquant « un acharnement » et rappelant que « tous les éléments de suspicion d’intoxication alimentaire se sont avérés ne pas être de notre responsabilité et que l’ensemble des analyses n’ont pas permis d’incriminer les process de Newrest ».

    Si l’entreprise n’est pas responsable, qui d’autre alors ? Selon nos informations, la mairie de Nouméa réfléchit à une action en justice. Une plainte contre X est envisagée. Les rumeurs d’actes de malveillance circulent avec insistance. Cela paraît pourtant insensé, mais « je n’écarte pas cette hypothèse ». « Je me pose la question avec le plus grand sérieux », confie Jean- Pierre Delrieu. Quoi qu’il en soit, les premières victimes de la suspension du service de cantine sont les milliers de parents d’élèves et leurs enfants (lire par ailleurs). « On a bien conscience que ça va les embêter fortement, qu’ils nous excusent. Mais comment faire autrement… », souffle le premier adjoint.

    À un moment donné, il faut taper du poing sur la table

    Hier, ces annonces d’intoxication et de fermeture des cantines ont été un (nouveau) coup dur pour beaucoup de parents. A l’image de la présidente de l’APE de l’école Frédéric- Surleau, Amélie Tanifatea, sidérée : «Quand j’ai entendu parler d’une nouvelle intoxication, je n’ai pas voulu y croire. Si ça continue, nous verrons s’il est possible de passer un contrat avec un service de livraison de gamelles afin qu’il approvisionne les deux écoles du bassin (Frédéric-Surleau et le groupe scolaire Suzanne-Russier de la Valléedu- Génie), comme le font les écoles privées. »

    Quant à la fermeture des cantines, l’APE du centre-ville déplore le manque de communication de la mairie et souhaiterait travailler davantage en équipe sur cette problématique. « Il faut que les services concernés, mairie et Sivap, tirent cette histoire au clair », poursuit Amélie Tanifatea, qui n’exclut pas que les parents se regroupent pour réclamer le remboursement des frais de cantine et de garderie. « Pourquoi pénaliser les parents et surtout les cantinières, qui cravachent déjà dur pour faire un nombre d’heures suffisant afin de s’assurer un salaire à peine décent ? »

    Cette suspension du service de cantine pose également problème à Christel Borneman, à la tête de l’APE de l’école Charles-Bichon, à l’Orphelinat : « Je peux comprendre que la mairie ne veuille plus prendre de risque et qu’elle prenne des dispositions par rapport à ces intoxications qui deviennent répétitives, entame cette maman. Mais la ville aurait pu au moins conserver le service de garderie, ça ne l’engageait en rien. Heureusement que j’habite à côté. Mais depuis ce soir, j’ai déjà plein de parents qui m’ont appelée car ils ne savent pas comment faire ? Ce sont des gens qui travaillent à Païta, etc. Il faut quand même laisser le temps aux gens de se retourner. »

    Ce procédé, Mathurin Derel, le vice-président de l’association Une cantine responsable pour nos enfants, le regrette : « Fermer la cantine, ce n’est clairement pas une solution pour les parents. Notre but, à la base, c’est d’améliorer la qualité des repas. Mais à un moment donné, il faut taper du poing sur la table. » « Et suspendre la cantine, c’est une manière d’agir comme une autre », estime Mathurin Derel, qui animait hier soir une réunion avec les parents de l’école Dillenseger, à Dumbéa, également frappée par une intoxication vendredi dernier. « À Dumbéa, on sent clairement une mobilisation des parents se mettre en place. Nous avons effectué deux opérations cantine off à Auteuil et à Dumbéa-sur-Mer, auxquelles 45 à 50% des parents ont participé, ce qui est quand même énorme. Et ce soir, d’autres moyens ont été avancés. » Parmi la trentaine de parents présents, plusieurs solutions sont envisagées, comme porter plainte contre X ou contre la Caisse des écoles, mais aussi transférer les paiements de la cantine sur un compte bloqué. «Ce n’est pas un refus de payer, mais on veut d’abord un service à la hauteur pour nos enfants, explique Nathalie Piechowiak, président de l’APE de Dillenseger, qui rencontre la Caisse des écoles aujourd’hui. Tant qu’aucune solution à ces intoxications n’est apportée, on veut pouvoir venir avec des lunch box. D’ici là, on appelle tous les parents de la commune et même au-delà à se réunir vendredi sur le temps de midi, devant l’hôtel de ville. »

    Savoir +

    Les parents d’élèves de Dumbéa appellent à une mobilisation, vendredi dès 11 h 30, devant l’hôtel de ville, à Koutio. Une trentaine de parents d’élèves se sont retrouvés, hier à Dumbéa, à l’école Dillenseger, frappée par une intoxication vendredi, afin d’appeler à la mobilisation. Photo A.T. « On sent clairement une mobilisation des parents se mettre en place. » Par Julien Mazzoni et Anthony Tejero « À un moment donné, il faut taper du poing sur la table »

    Newrest s’explique

    Dans un communiqué diffusé hier soir, la société explique que « l’acharnement dont nous sommes victimes notamment de la part de l’association “Cantine responsable”, l’accumulation de suspicions à ce jour non avérées et dont nous sommes le coupable idéal » a amené la mairie de Nouméa à suspendre ses activités « pour des raisons politiques alors même que notre collaboration et notre volonté de modernisation du système de cantine étaient avérées ». Newrest développe les multiples conséquences de cette décision : « sur un plan social, nous sommes dans l’obligation de supprimer un nombre important de nos effectifs dans les plus brefs délais, en collaboration et dans le dialogue avec nos représentants syndicaux », « la suspension du plan d’investissement dit de passage en liaison froide pour la ville de Nouméa » et « le gel du plan d’investissement et de rénovation de la cuisine centrale ». L’entreprise aborde un dernier point, « le plus important ». « Nous sommes conscients des conséquences pour les enfants et des enjeux sociétaux qui en découlent. La prise du repas à la cantine est pour beaucoup la certitude d’un repas équilibré. Comme nous avons pu le voir lors d’opérations dites “pique-nique” menées par des associations, cela peut se transformer pour ceux qui ont les moyens financiers dans la consommation d’un soda sucré et d’un sandwich mais quid des autres enfants qui n’ont pas les moyens de ces excès ? ». De plus, Newrest assure avoir trouvé à son arrivée lors du rachat de la société Restauration Française Sodexo, « une situation complexe ayant généré de nombreux dysfonctionnements. Nous avions mis en oeuvre un grand plan de rénovation et d’investissement » afin de passer « à un processus de liaison froide moderne en lieu et place d’un processus de liaison chaude archaïque et potentiellement inefficient ».

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