Nouvelle Calédonie
  • Yann Mainguet / yann.mainguet@lnc.nc | Crée le 21.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 21.06.2019 à 06h51
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    Philippe Blaise et Sonia Backès ont pointé, à la tribune, la nécessité de prendre rapidement des décisions sur la gestion de l’hôtel Sheraton de Déva. Photo Cyril Terrien
    POLITIQUE. Les élus de la province Sud ont adopté hier, à l’unanimité, le compte administratif 2018. Mais un débat est apparu sur l’exploitation déficitaire de l’hôtel Sheraton de Déva.

    En tout début de mandature, l’exercice est apprécié comme une radiographie de la gestion de l’exécutif précédent. Si les élus de la province Sud ont adopté hier matin, à l’unanimité, le compte administratif 2018, des échanges plutôt cordiaux entre l’ancienne et l’actuelle majorité ont nourri le débat au sein de l’hémicycle.

    Pour Calédonie ensemble, les chiffres sont « plutôt bons au regard de la conjoncture budgétaire très difficile de la dernière mandature ». Exemple, « grâce à un taux d’exécution de 98 % en recettes et de 92 % en dépenses, le compte administratif 2018 dégage un résultat net positif de 143 millions », a souligné Philippe Michel, l’ex-patron de la Maison bleue. Ou encore, « corrigée des reports, l’exécution budgétaire 2018 permet d’afficher une épargne brute de clôture de 3,6 milliards, soit 7,6 % et permet à la collectivité de disposer de 2,8 milliards de fonds disponibles pour son budget supplémentaire 2019 ». En outre, selon le cadre de Calédonie ensemble, différents leviers actionnés ont permis d’augmenter les recettes et de diminuer les dépenses de la collectivité de 5 milliards de francs par an.

    L’équipe aujourd’hui aux manettes, l’Avenir en confiance, a décoché une ou deux flèches. « Face à une stagnation historique de nos recettes sous le gouvernement Germain, l’ancienne mandature provinciale a dû recourir à des gymnastiques budgétaires, comme le transfert aux provinces du produit de la taxe sur les jeux, ou encore le transfert à la Nouvelle-Calédonie de la dotation au Médipôle, financée par l’augmentation des taxes sur l’alcool », a souligné Naia Wateou. « Mais nous arrivons aujourd’hui au bout de l’exercice : si rien n’est fait, nos dépenses continueront à progresser et nous irons vers une situation déficitaire. » Ainsi, l’intention a été évoquée, le nouvel exécutif provincial entend préserver la capacité d’épargne de l’institution, en allant chercher de nouvelles marges de manœuvre sur les dépenses.

    D’entrée, une question de Thierry Santa, de l’Avenir en confiance, a ciblé la situation devenue « difficile » de la Société des hôtels de Nouméa (SHN), détenue à hauteur de 86 % du capital par PromoSud. « L’hôtel de Déva n’est absolument pas un succès financier », a poursuivi Philippe Blaise, premier vice-président de la province.

    « La SHN en péril »

    « Aujourd’hui, le taux d’occupation est de 32 %, il faudrait que l’on soit à 40 %. La clientèle est locale à 70 %. Nous n’avons pas du tout atteint les objectifs en termes de clientèle internationale. » En clair, « on perd énormément d’argent. On brûle 250 à 300 millions de francs » par an. Même si la perte est compensée par les résultats du casino, « la SHN est en péril ».

    Après une discussion sur l’héritage, l’initiative sous la mandature de Philippe Gomès, ou encore la finalisation du projet sous l’ère de Pierre Frogier et Cynthia Ligeard, l’assemblée a observé le poids d’une telle structure Sheraton New Caledonia Deva Spa & Golf Resort, implantée à Bourail. « Un levier de rééquilibrage majeur au nord de la province Sud », a expliqué Philippe Michel, mentionnant 500 emplois directs et indirects dans la région, ainsi qu’un milliard de francs de retombées économiques par an. « Personne n’a l’intention de fermer le Sheraton », a assuré la présidente de la province, Sonia Backès. « Il s’agit de travailler sur une optimisation de la manière dont on l’exploite. »


    Grosse préoccupation dans les provinces avec le risque de conflit d’intérêts

    SEM Agglo mais aussi SEM Mwe Ara ou SEM de Tina… Le rapport entre sociétés d’économie mixte et exécutifs provinciaux est revu. Photo archives LNC

     

    Un vent d’inquiétude a traversé mardi les allées de l’assemblée des îles Loyauté à Lifou, puis hier l’hémicycle de la province Sud à Nouméa. Un élu voit « un problème sérieux », tandis qu’un collègue flaire « des répercussions astronomiques ».

    A l’origine de cette préoccupation, une note du haut-commissariat adressée aux provinces et au Congrès après leur récente installation. Ce document précise le cadre à appliquer au niveau des collaborateurs de cabinet, mais aussi les règles d’incompatibilité et la nécessité d’être précautionneux sur un éventuel risque de conflit d’intérêts ou de prise illégale d’intérêts. Ici se situe le nœud de l’affaire. La législation a été durcie. En clair, « un membre d’une assemblée de province peut siéger au conseil d’administration d’une SEM (société d’économie mixte) provinciale. Ce n’est pas incompatible », souligne un représentant de l’Etat.

    Architecture particulière

    En revanche, le cas est bien différent pour un exécutif « qui doit prendre des décisions individuelles qui peuvent concerner la SEM ou ses concurrents. Le risque : que l’exécutif soit en situation de conflit d’intérêts avec un risque de prise illégale d’intérêts ». Autrement dit, qu’il puisse lui être reproché d’être partial en tant qu’exécutif provincial parce que cet élu siège au conseil d’administration ou préside le conseil d’administration d’une SEM provinciale.

    Or, depuis des années, en Nouvelle- Calédonie, des présidents ou des vice-présidents de province se retrouvent autour de la table de nombreuses sociétés d’économie mixte. Et, même si NCE n’est pas une SEM, mais une SAS, c’est-à-dire société par actions simplifiée, le cas du député Philippe Gomès a mis en lumière la notion d’incompatibilité en fin d’année dernière.

    Bref, des juristes planchent aujourd’hui sur la note du haussariat. Pas simple, vu l’architecture institutionnelle calédonienne très particulière. Des remplacements d’exécutifs par des élus provinciaux ont déjà été actés hier à Nouméa.

    Repères

    Emprunt

    Le montant de l’enveloppe est passé de 2 milliards de francs en 2017 à 3 milliards en 2018. Une inscription de 2,9 milliards a été ouverte au budget primitif 2019, et il sera proposé de ramener le niveau à 2,5 milliards au budget supplémentaire 2019 « pour rester à un taux d’endettement stable et à un taux de désendettement en dessous de sept ans », d’après le rapport sur le compte administratif 2018 présenté hier.

    Leviers

    Malgré une diminution permanente des financements alloués à la collectivité au titre de la répartition des recettes fiscales de la Calédonie, les équilibres budgétaires ont été maintenus en utilisant plusieurs leviers, selon Calédonie ensemble. Dont la réduction d’un milliard par an des dépenses d’intervention et de fonctionnement de la province.

    Relance

    « Nos recettes stagnent depuis cinq ans, pendant que la masse salariale a continué à augmenter légèrement d’année en année », déplore Philippe Blaise, de l’AEC. « 44 % de masse salariale sur les recettes réelles de fonctionnement, c’est au-dessus des ratios d’alerte. S’il n’y a pas une relance économique rapide, il va falloir que la province fasse à nouveau des efforts d’économies ».

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