Nouvelle Calédonie
  • Par Olivier Poisson, rédacteur en chef | Crée le 15.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 15.06.2019 à 10h38
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    « En démocratie, c’est le parti arrivé en tête qui dirige les institutions. C’est comme cela .» « Entrer dans l’opposition et vouloir garder la présidence de l’exécutif, c’est manifestement irresponsable ! »

    Ces phrases auraient pu être celles de Thierry Santa au sortir du vote qui l’a empêché jeudi d’accéder à la présidence du gouvernement. Une conséquence de l’abstention de l’autre composante loyaliste, représentée au gouvernement par Philippe Germain. Pourtant, ces mots datent de 2015 et ont été prononcés par… Philippe Germain au moment où il enrageait de voir les autres formations loyalistes lui barrer la route de la tête de l’exécutif. Les ténors de Calédonie ensemble n’étaient pas en reste : « Ce n’est pas conforme à la démocratie de bloquer le fonctionnement du nouvel exécutif, de laisser la Calédonie avec un gouvernement démissionnaire et limité à des compétences résiduelles », avançait au même moment Philippe Dunoyer. « Sans l’installation d’un gouvernement de plein exercice, il y aura de graves désordres », prédisait Philippe Michel.

    Philippe Gomès expliquait alors qu’il fallait absolument changer de mode de scrutin en instaurant une prime majoritaire au profit du parti arrivé en tête : « Le scrutin proportionnel a été abandonné partout car il favorise l’émiettement des partis et des listes, et empêche la constitution d’une majorité », rappelait-il en citant les régions métropolitaines et la Polynésie.

    Quatre ans plus tard, ces arguments ont une saveur particulière et rappellent que la donne en politique peut changer très rapidement, amenant ceux qui la pratiquent à modifier parfois radicalement leur discours. N’a-t-on pas tous regardé la vidéo de Philippe Germain - au beau milieu de la campagne des provinciales durant laquelle il était de bon ton de promettre du changement - faire d’émouvants adieux à la vie politique ? Ce n’était donc qu’un tout petit au revoir puisque le président sortant (et restant pour le moment) est visiblement prêt, seul contre tous les autres loyalistes du gouvernement, à essayer d’imposer les vues de son parti.

    Bon, soyons honnête. Calédonie ensemble n’a pas le monopole du discours à géométrie variable. Il existe bien peu de politiciens qui ne se soient pas fait rattraper par quelque archive dérangeante. Cela pourrait d’ailleurs prêter à sourire si la situation n’était pas aussi grave. La Calédonie est désormais enfermée dans un système électoral où les vainqueurs sont toujours obligés de composer, et donc de faire des concessions sur leurs programmes électoraux. La collégialité est une noble idée, pas certain que son application en l’état soit très efficace.

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