- Baptiste Gouret | Crée le 03.04.2026 à 09h41 | Mis à jour le 03.04.2026 à 09h41ImprimerLe député indépendantiste Emmanuel Tjibaou, à la sortie de l’Assemblée nationale après l’adoption de la motion de rejet préalable sur le projet de réforme constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie, jeudi 2 avril. Photo Outremers360Une majorité de 190 députés ont adopté, jeudi 2 avril, la motion de rejet préalable au projet de réforme constitutionnelle portée par le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou, renvoyant le texte au Sénat et fragilisant encore davantage son avenir. Un danger pour certains, un acte manqué ou la preuve de l’inefficacité de la méthode de l’État selon d’autres… Tour d’horizon des réactions politiques.
Emmanuel Tjibaou, député : "Un message adressé au gouvernement français"
À la sortie du palais Bourbon, jeudi 2 avril, le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou a réagi au micro de notre partenaire Outremers360 à l’adoption de la motion de censure qu’il portait, saluant "toutes les forces de gauche qui ont permis de rejeter ce texte qui n’avait d’accord que le nom". Le président de l’Union calédonienne voit cet acte comme une "étape est importante et c’est aussi un message envoyé à ceux qui veulent se convaincre que la Calédonie se construira en opposant les uns aux autres".
Le député #GDR @EmmanuelTjibaou réagit à l’issue de l’adoption de la Motion de rejet préalable au projet de loi constitutionnelle à la #NouvelleCalédonie pic.twitter.com/chOqGNPgKU
— Outremers360 (@outremers360) April 2, 2026
"On a la force de croire que c’est par la conjugaison du "nous", peuple colonisé et victimes de l’histoire, que cela se fera. C’est un message adressé au gouvernement français par les parlementaires, de respecter la parole de l’État engagée depuis 1983 sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’abolition du fait colonial. Et finalement, de respecter la trajectoire engagée depuis l’accord de Matignon-Oudinot."
Interrogé sur la suite, Emmanuel Tjibaou a indiqué avoir demandé la tenue des élections provinciales d’ici fin juin, dans le cadre d’un corps électoral gelé, jugé "légitime" par le Conseil constitutionnel, dans un avis rendu en septembre 2025. "À partir de là, le débat démocratique s’en trouvera renouvelé et la légitimité des partenaires autour de la table des discussions s’en trouvera confortée."
Nicolas Metzdorf, député : "Toutes les options sont sur la table"
Dans l’autre camp, le député Nicolas Metzdorf a pris acte du rejet du texte, après avoir déploré que ceux qui l’ont permis "nous renvoient chez nous, en ayant même pas le débat". "Chaque Calédonien ce soir regarde sa télé, et se dit : 'qu’est-ce qu’on va devenir", a-t-il affirmé à la tribune de l’Assemblée, évoquant une "perte d’espoir" au sein de la population.
Désormais "toutes les options sont sur la table", juge le député non-indépendantiste. "1. Consultation des Calédoniens 2. Provinciales avec ouverture du corps électoral 3. Provinciales corps électoral gelé", a-t-il listé sur ses réseaux sociaux. Il participera, comme les autres signataires de Bougival, à la réunion organisée la semaine prochaine par Sébastien Lecornu à Matignon.
Georges Naturel, sénateur : "Des solutions existaient"
Il était un des premiers à solliciter un abandon du texte issu d’un accord bien mal engagé, et une organisation rapide des élections provinciales avec une ouverture partielle du corps électoral. Aujourd’hui, le sénateur Georges Naturel dresse un constat amer. "Tout ça pour ça. Des mois de blocage. Des mois de mensonges politiques. Des mois à faire croire à une issue qui n’existait pas. Et aujourd’hui, le masque tombe. La vérité est brutale : la Nouvelle-Calédonie a été sacrifiée", regrette le parlementaire.
"Pendant que certains jouaient avec les institutions, la Nouvelle-Calédonie s’enfonçait. Économie en chute. Climat social tendu. Espoir en berne. Mais ils ont continué. Ils ont persisté. Ils ont fait semblant."
Pour Georges Naturel, l’avenir institutionnel ne pourra pas être réglé avant les prochaines élections présidentielles et législatives, renvoyant une éventuelle solution "au second semestre 2027". "Encore des années de vide. Encore des années d’instabilité. Encore des années à laisser la Nouvelle-Calédonie dériver. C’est une faute politique majeure. C’est une erreur historique. Car des solutions existaient. Simples. Réalistes. Immédiates. Organiser rapidement des élections provinciales. Rouvrir le dialogue pour construire un accord solide. Mais non. On a préféré l’entêtement à la responsabilité. Le calcul politicien à l’intérêt général des Calédoniens. Le court terme à l’avenir d’une population."
Les Loyalistes : "Nous refuserons catégoriquement des provinciales avec un corps électoral gelé"
Le mouvement non-indépendantiste Les Loyalistes s’est fendu d’un communiqué, ce vendredi 3 avril, pour regretter que "les députés ont majoritairement refusé aux Calédoniens le droit de choisir leur avenir". La coalition emmenée par Sonia Backès et Nicolas Metzdorf estime avoir "accepté de nombreux compromis" en signant l’accord de Bougival, et s’en prend ouvertement au Parti socialiste, accusé d’avoir "choisi de faire basculer l’Assemblée nationale du côté de ceux qui ont pillé des commerces, saccagé des écoles, incendié des églises ou encore tué un gendarme".
Par conséquent, "des élections provinciales seront nécessairement organisées" prochainement. Mais Les Loyalistes préviennent : ils "refuseront catégoriquement qu’elles se tiennent avec un corps électoral gelé" et misent sur la construction d’une majorité parlementaire pour l’ouvrir. "En parallèle, si le Gouvernement devait proposer une consultation des Calédoniens sur l’Accord de Bougival, nous demandons que cette consultation soit organisée à la condition que l’expression des Calédoniens soit respectée par les parlementaires français."
Philippe Gomès, président de Calédonie ensemble : "Le seul moyen pour éviter que l’histoire ne bégaye"
Signataire de l’accord de Bougival – mais pas de son complément Elysée-Oudinot -, Philippe Gomès a réagi, dans un communiqué, au rejet du projet de loi constitutionnelle, y voyant la seule alternative à un retour des violences en Nouvelle-Calédonie.
Car, selon l’ancien élu du Congrès, le pays commençait à revivre le "triptyque mortifère" constitué de "menaces, manifestations et évènements". "Les règles sont simples et têtues : il ne peut y avoir de solution sur l’avenir du Pays sans consensus, le consensus local est le terreau indispensable à un consensus national, le dégel du corps électoral ne peut s’inscrire que dans le cadre d’un accord global."
Éveil océanien : "Le dossier calédonien est désormais instrumentalisé"
Le parti présidé par Milakulo Tukumuli continue de défendre l’accord de Bougival qui, bien que fragilisé par le retrait du FLNKS, demeure un "accord pragmatique", indique l’Éveil océanien dans un communiqué diffusé quelques heures avant le vote de la motion de rejet, jeudi 2 avril. "Nous avons fait le choix de l’intérêt général", affirme le parti, évoquant des "réalités concrètes : les 40 000 retraités de la CAFAT menacés de voir leurs pensions drastiquement diminuer, voire disparaître dès 2026 ; les salariés et sous-traitants du secteur minier (SLN, NMC, Prony Resources) ; ou encore la nécessité de maîtriser l’endettement public".
Reste qu’aujourd’hui, "la situation nationale complique encore davantage les choses. L’Assemblée nationale, plus fragmentée que jamais, est devenue le théâtre de stratégies politiques à l’approche des échéances présidentielles. Le dossier calédonien, comme on pouvait le craindre, est désormais instrumentalisé dans ce jeu politique, chacun cherchant à se positionner."
L’Éveil océanien appelle ainsi les parlementaires français à "prendre leurs responsabilités au regard de la réalité que vivent les Calédoniens aujourd’hui et non selon des logiques d’élections présidentielles".
Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer : "C’est inédit et c’est grave"
Après avoir tenté, à la tribune de l’Assemblée nationale, de dissuader les députés de rejeter ce texte sans examen, Naïma Moutchou a réagi sur les réseaux sociaux, déplorant qu’une partie de l’hémicycle "a refusé de débattre de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie". "Autrement dit, un texte majeur pour le territoire a été écarté sans même être examiné. Pas de discussion. Pas d’échange. Rien. C’est inédit et c’est grave", estime la ministre des Outre-mer, rappelant les "mois de travail" portés par ce texte.
️ Aujourd’hui, une partie de l’@AssembleeNat a refusé de débattre de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Autrement dit, un texte majeur pour le territoire a été écarté sans même être examiné. Pas de discussion. Pas d’échange. Rien. C’est inédit et c’est grave.
Ce texte portait… pic.twitter.com/Id3CEPvq9y— Naïma Moutchou (@NaimaMoutchou) April 2, 2026
"Aujourd’hui, cette dynamique est stoppée net et sans aucune alternative à offrir aux Calédoniens. Quand un chemin existe, la responsabilité de la République est de le mettre à l’épreuve du débat. Pas de le bloquer avant même qu’il commence."
Pour autant, affirme la ministre, "rien n’est terminé". "Les signataires de l’accord de Bougival seront réunis la semaine prochaine. Le travail continue."
Sébastien Lecornu, Premier ministre : "Ni immobilisme, ni passage en force"
Avant son adoption, le Premier ministre avait qualifié la motion portée par Emmanuel Tjibaou de "motion de mépris". Il a renouvelé ses critiques à l’encontre des députés qui l’ont voté, estimant que "cela prive les Calédoniennes et les Calédoniens d’une discussion parlementaire sur l’avenir du territoire".
Un "blocage inédit", face auquel "le gouvernement prendra ses responsabilités", indique Sébastien Lecornu. "Ni immobilisme, ni passage en force. Les signataires de l’accord de Bougival seront réunis la semaine prochaine, comme cela est prévu en cas de blocage."
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