Nouvelle Calédonie
  • Par Olivier Poisson | Crée le 14.05.2019 à 06h42 | Mis à jour le 14.05.2019 à 09h36
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    Jamais le Congrès n’a connu une telle configuration avec un très petit nombre de sièges séparant loyalistes et indépendantistes. Photo LNC
    Les électeurs ont offert des majorités a priori stables aux futurs présidents de province. La donne sera tout autre au Congrès où même l’Avenir en confiance ne pourra se passer d’alliance. Les recherches de consensus seront permanentes.

    A peine l’euphorie de la victoire était-elle retombée chez les vainqueurs, dimanche soir, que tous sortaient les calculatrices pour estimer l’équilibre des forces dans les trois provinces, ce qui est plutôt simple, mais aussi au Congrès où la situation, inédite, s’annonce des plus complexes. 

    La Maison bleue, tout d’abord, ne devrait connaître aucun problème de gouvernance puisque la liste Avenir en confiance a trusté la moitié des sièges à elle toute seule. Il ne lui en manque qu’un pour une majorité absolue, mais personne ne peut décemment s’opposer à ce que la grande vainqueur de dimanche, Sonia Backès, accède à la présidence, un poste qu’elle n’a pas caché avoir en ligne de mire. 

    La tâche pourrait être d’autant plus aisée qu’il se murmure un rapprochement, somme toute assez logique, avec l’Eveil océanien. La liste tirée par Milakulo Tukumuli pourrait trouver dans cet arrangement le moyen de peser sur la politique de la majorité. Les feux sont donc a priori tous au vert pour l’Avenir en confiance qui n’aurait même pas, du moins sur le plan provincial, à composer avec les sortants pour dérouler son programme. 

    La province Nord devrait aussi connaître la stabilité. Paul Néaoutyine, que l’on a pu croire en difficulté dimanche soir, avant que le sud de la côte Est ne vienne rappeler qui était le patron du Nord, a réussi, contrairement à 2014, à faire un siège de plus que l’UC. Et comme il est peu probable que les élus de la liste loyaliste d’Alcide Ponga se mêlent des affaires des indépendantistes, il n’aura aucun problème à mettre en place une nouvelle majorité. Reste à savoir s’il acceptera cette fois-ci de laisser le poste de premier vice-président à un membre de l’UC.

    Dans les îles, la logique majoritaire devrait aussi fonctionner. L’UC a loupé son pari et ne disposera pas de majorité absolue dans l’assemblée. Mais le Palika de Charles Washetine et la liste Dynamique autochtone n’ont, a priori, aucune raison de les bloquer. Seul le Parti travailliste et ses deux élus devraient être de véritables opposants. 

     

    Instabilité au congrès ?

    Le nombre de sièges obtenus au Congrès par chacune des listes dimanche. Les groupes ne sont pas encore constitués.

     

    Reste donc le Congrès et les nombreuses incertitudes qui accompagnent sa mise en place. L’Avenir en confiance aura bien sûr le groupe le plus important, mais un certain flou entoure encore sa composition finale. Il pourrait ainsi compter de 16 à 21 sièges. Tout dépendra des choix opérés par les membres d’Agissons pour le Nord qui entendent conserver une certaine liberté, même s’ils sont historiquement proches du Rassemblement, et de ceux de l’Eveil océanien. Quoi qu’il en soit, même 21 sièges ne suffiront pas. D’autant plus que le parti de Philippe Gomès n’est pas habitué à suivre sagement la ligne du parti majoritaire. 

    Les discussions sont pourtant engagées pour créer un semblant d’union loyaliste dans l’hémicycle. Des négociations qui vont tourner autour de la présidence de la province Sud, qui semble déjà attribuée, de celle du Congrès (un lot de consolation pour Calédonie ensemble ?), et bien sûr de la présidence du gouvernement (Thierry Santa ?). La question de la tête de l’exécutif pourrait d’ailleurs être la pierre angulaire de tout le dispositif (lire par ailleurs). 

    La dernière mandature a prouvé néanmoins que les accords de gouvernance loyaliste faisaient la plupart du temps long feu. 

    En fait, chaque texte de loi aura besoin de trouver son propre consensus, qu’il faudra très probablement aller chercher bien au-delà des clivages traditionnels. Et ce n’est peutêtre pas une si mauvaise nouvelle que ça…


    Les indépendantistes majoritaires au gouvernement ?

    Par Philippe Frédière

    Des accords vont devoir être conclus pour constituer l’exécutif. Photo LNC

     

    Les listes loyalistes ont emporté 28 sièges au Congrès à la suite des élections provinciales de dimanche 12 mai. Les indépendantistes en ont obtenu 26. L’écart n’a jamais été aussi serré entre les deux familles rivales.

    Tellement serré qu’une incertitude plane sur l’élection des membres du gouvernement qui devrait avoir lieu sans doute début juin. L’équation est simple. Si les indépendantistes forment une liste unique pour l’élection des membres du Congrès, alors qu’en face, les loyalistes composent plusieurs listes concurrentes, avec un écart de voix aussi faible, l’éventualité de l’élection d’un gouvernement à majorité indépendantiste (six contre cinq) est bien réelle du fait du mode de scrutin proportionnel. 

    On se retrouverait alors avec un Congrès et un gouvernement à majorités inversées. Pas étonnant dans ces conditions que les négociations aient déjà commencé, hier, entre les trois listes non indépendantistes. Un premier rendez-vous semble avoir eu lieu dans la soirée à la villa du Congrès, située sur les hauteurs de Nouméa entre les responsables de l’Avenir en confiance et ceux de Calédonie ensemble. D’autres discussions se sont esquissées entre l’équipe de Sonia Backès et celle de Milakulo Tukumuli, qui a obtenu trois élus au Congrès et quatre à la province Sud. 

    Rien d’anormal à cela. En 2009, au lendemain d’une élection provinciale qui avait vu le Rassemblement arriver en tête dans le Sud, un pacte de stabilité républicaine avait placé Pierre Frogier à la présidence de la province Sud, Philippe Gomès à celle du gouvernement, et Harold Martin à celle du Congrès.

     

    Inimitiés bien réelles

     

    L’idylle n’avait pas duré très longtemps. Mais ça n’a pas empêché les uns et les autres de conclure une nouvelle entente en 2014 après des mois de campagne féroce. C’était le pacte de gouvernance solidaire. Cette fois c’est Calédonie ensemble qui l’avait emporté largement et s’était arrogé la province Sud. Le gouvernement a été confié aux bons soins de Cynthia Ligeard, et le Congrès au MPC de Gaël Yanno. Cynthia Ligeard (Rassemblement) a été débarquée au bout de six mois au profit de Philippe Germain (Calédonie ensemble). 

    Cette fois, c’est Sonia Backès qui est en position de force. Elle pourrait même se permettre de conquérir la présidence de la province Sud sans soutien extérieur à sa liste. Mais pour assurer une majorité au Congrès, elle devra compter sur les trois voix de Milakulo Tukumuli et sur les sept de Calédonie ensemble. Moyennant quelles contreparties ? Et pour combien de temps ? 

    Les précédentes alliances loyalistes n’ont jamais duré très longtemps. Cette fois-ci, elles pourraient tenir jusqu’à la fin de la période référendaire, même si les inimitiés sont bien réelles entre les uns et les autres.

     

    Repères

    Prochaines étapes : les provinces

    Les trois nouvelles assemblées de province doivent se réunir ce vendredi 17 mai pour élire leur président, leurs vice-présidents et constituer leurs commissions. L’élection du président se fait à trois tours. Il faut la majorité absolue pour être élu au premier ou au deuxième tour, il suffit d’une majorité simple, c’est-à-dire être en tête, pour être élu au troisième.

    Le Congrès

    Selon la loi organique, le Congrès doit se réunir le deuxième vendredi suivant les élections, soit le vendredi 24 mai. Il procédera à l’élection du nouveau président de l’institution, des vice-présidents, des questeurs et il composera les différentes commissions. Il élira également les membres de la commission permanente puis son président.

    Le gouvernement 

    Après son installation, le Congrès doit se réunir une première fois pour fixer le nombre de membres du gouvernement. Celui doit être au minimum de cinq et au maximum de onze. Ensuite, le Congrès devra se réunir au plus tard le 14 juin pour élire les membres du gouvernement. Chaque groupe politique est habilité à déposer une liste de candidats (élus ou pas) et la répartition se fait ensuite à la proportionnelle. Une fois nommés, les membres du gouvernement se retirent et procèdent à l’élection de leur président. L’exécutif n’est pleinement opérationnel qu’une fois cette élection acquise.

     


    La douzaine de Bélep

    Terre résolument indépendantiste, Bélep enregistre le nombre le plus faible de bulletins en faveur des loyalistes, soit 12 bulletins.


    Edouard Philippe

    Le Premier ministre Edouard Philippe s’est « félicité du déroulement des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie. »


    «De l’eau dans leur vin »

    « Dans L’Avenir en confiance, il y a beaucoup de responsables avec qui nous avons déjà travaillé. C’est le cas de Sonia Backès quand elle était au gouvernement et moi au Congrès. Malgré leur discours, et leurs postures de campagne, à partir du moment où ils vont se frotter à nous, ils seront obligés de mettre de l’eau dans leur vin. » Roch Wamytan, tête de liste FLNKS Sud.

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