Nouvelle Calédonie
  • Par Yann Mainguet, Gilles Caprais et Charlie Réné | Crée le 31.10.2018 à 04h25 | Mis à jour le 31.10.2018 à 06h33
    Imprimer
    Cinq affiches, cinq styles. Au sein de chaque camp, les formations ont effectué des choix parfois très différents. Photo Thierry Perron
    Tardive, sereine et globalement peu surprenante… Dans sa dernière ligne droite, la campagne pour le référendum est pour l’essentiel restée « dans les clous ». Tant mieux pour ceux qui craignaient des débordements, tant pis pour ceux qui voulaient des débats plus passionnés. De discours en affiches, les différences au sein des deux camps sont ressorties.

    Le président de la République, Emmanuel Macron, dans son discours à Nouméa le 5 mai, avait appelé à la responsabilité et à l'unité des Calédoniens devant cet enjeu historique du référendum. Hormis des tensions passagères à Ouégoa ou des dérapages verbaux isolés, la campagne électorale pour la consultation sur l'accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie du 4 novembre s'est déroulée dans le calme. Comme par fidélité à l'esprit des accords de Matignon et de Nouméa. Cette « propagande » a toutefois démarré tardivement, à la mi-2018, dans sa forme et dans le fond. La raison ? Certains évoquent la lente construction du projet des indépendantistes. D'autres, les incessantes bisbilles entre loyalistes, illustrées par les départs de personnalités du groupe « sur le chemin de l'avenir ». Depuis, ce n’est pas une, mais des campagnes qui ont été mises en route. À chacun son discours, mais surtout, à chacun ses outils pour le faire passer.

    Chacun ses couleurs, chacun ses livrets

    « Affichez vos couleurs » : le mot d’ordre lancé le 4 août par le FLNKS a été un des coups d’envoi de la campagne. Une aubaine pour les vendeurs de tissu : dans le Nord, les Iles et les fiefs indépendantistes jusque dans le Grand Nouméa, les drapeaux Kanaky ont peu à peu fleuri. Côté loyaliste, le bleu - blanc - rouge était rare jusqu’à ces derniers jours et reste encore discret. Parce que le résultat semble acquis ? Par souci d’éviter la confrontation ? Le fait est que les deux camps n’ont pas les mêmes façons de communiquer. Quand les loyalistes, ont dès les premiers jours, envoyé leurs militants à l’assaut des panneaux d’affichage officiels, les indépendantistes ont appelé à l’initiative citoyenne pour confectionner des banderoles ou décorer des poteaux. Quand les partisans du « oui » ont préféré, en tribu, les rendez-vous informels, les tenant du « non », ont communiqué sur l’agenda de leurs déplacements, s’assurant d’un maximum de couverture médiatique. Tous ont fait imprimer et distribuer des fascicules électoraux, mais pas à la même échelle : ce sont les projets du FLNKS, et, plus tard, la charte des valeurs et le livret « Si y’a pas toi, y’a pas moi », tous deux édités par Calédonie Ensemble, qui semblent avoir été le plus diffusés.

    Cinq affiches, cinq partis pris

    « Oui » ou « non », la consigne est inscrite en caractères géants, plein centre sur quatre des cinq affiches. Calédonie ensemble a choisi d’être relativement discret. Le « non », quoiqu’en lettres capitales, est placé dans un coin. Le visuel est construit autour d’un empilement de mains, paume vers le ciel, symbole du « dialogue » qui « continue ». L’affiche de l’Union nationale pour l'indépendance (Uni) se devait au contraire d’évoquer le changement, évidemment : un lever de soleil, métaphore de l’ascension d’un « pays, une nation, un Etat, un peuple ». Dans un sens très différent, le Rassemblement et le MPC parlent aussi de changement : « tout commence » après le « non ». Dix élus, représentant soigneusement la diversité ethnique du pays, ont pris la pose. Les Républicains calédoniens sont la seule autre formation à miser sur des visages. Pas d’élus, cette fois-ci, mais sept militants triés sur le volet, diversité oblige, et disposés en « v » (de victoire ?). L’UC a misé sur une collection de symboles. Sur fond de natte tressée, sous la flèche faîtière, la toutoute lance un appel « pour une nation pluriculturelle, solidaire et apaisée ».

    Clips : deux styles

    Chez les indépendantistes, les clips de la campagne officielle jouent la simplicité. Dans un studio aux lumières colorées et tamisées, élus et militants prennent la parole, fixant alternativement les caméras. Côté non-indépendantiste, au contraire, on n’a pas lésiné sur le montage. Images d’archives, mises en scène, prise de vue aérienne… Le tout avec un ton très largement positif. Les clips promotionnels de Nouvelle-Calédonie tourisme point Sud (NCTPS) sont sérieusement concurrencés. Une séquence détonne : chez les Républicains calédoniens, un extrait de défilé militaire - probablement en Chine - est utilisé pour illustrer les « grandes puissances étrangères toujours plus intéressées par nos ressources maritimes ou terrestres ».

    Tous sur Facebook

    La campagne en ligne se fait essentiellement sur Facebook, et toutes les formations font l’effort d’y être visibles. Chez les indépendantistes, on multiplie les « posts », notamment chez l’UC - FLNKS, pour occuper l’espace, mais surtout organiser la mobilisation des militants et relayer les messages de soutiens internationaux. Côté non-indépendantiste, on se sert davantage des réseaux sociaux comme d’une plateforme d’argumentation, en enchaînant les textes, visuels et même vidéos spécialement préparés pour Facebook.


     

    Au plan national, le consensus l’emporte sur le débat

    Par Charlie Réné et Yann Mainguet

    Parmi les invités passés sur le Caillou ces dernières semaines (de gauche à droite et de haut en bas), Oscar Temaru, Laurent Wauquiez, Louis Aliot ou Francois Benedetti. Photos Archives LNC

     

    La campagne du référendum pouvait-elle prendre une ampleur nationale ? Les Calédoniens étant les seuls à voter le 4 novembre, il semble logique que les discours et les débats se cantonnent au Caillou. Mais l’enjeu du scrutin comme l’histoire qui y a mené auraient eu de quoi inspirer le débat (dans les années quatre-vingt, la droite et la gauche métropolitaine se déchiraient sur la question de la Nouvelle-Calédonie). Ça n’a pas été le cas. Pour la simple raison qu’il ne semble pas y avoir, à Paris, d’oppositions assez fortes pour le créer. « Toutes les décisions politiques de ces dernières années montrent que le dossier calédonien n’est plus un dossier partisan », pointe l’historien Ismet Kurtovitch. Le tournant : la poignée de main et les accords. « Depuis, la droite ne prend pas de décisions importantes - législatives ou constitutionnelles - sur la Calédonie sans l’avis de la gauche. Et vice-versa ».

    Sous l'œil des indépendandistes d'Europe et du Pacifique

    Certes, l’actualité nationale et internationale ne laisse que peu de place au dossier calédonien. Mais des chefs de file politiques ont tout de même fait le déplacement ces dernières semaines. Laurent Wauquiez des Républicains, Louis Aliot du Rassemblement national (ex-FN) et même François Asselineau de l’UPR. Tous pour soutenir fermement le camp du Non. La gauche est, elle, beaucoup plus discrète. Quid du Parti socialiste, qui a pourtant joué un rôle majeur dans le processus politique calédonien ? « En ce moment, le référendum est le cadet de ses soucis », répond un « historique » du PS sur le Caillou. Difficile, de plus, de capitaliser sur un discours moins direct que celui de la droite. Comme Jean-Luc Mélenchon, qui a tout de même précisé « si je faisais parler mon cœur, je dirais, restons ensemble », le PS ou le Parti communiste, soutien historique du mouvement indépendantiste, n’ont pas réaffirmé ces liens, s’en remettant « au choix des Calédoniens ».

     

    Le dossier calédonien n’est plus un dossier partisan.

     

    Pourtant, les cadres et les militants du FLNKS étaient bien souvent entourés d’invités pour sillonner le terrain, des tribus aux villes et villages. Parmi eux, le Tahitien Oscar Temaru, figure du mouvement indépendantiste Tavini Huiraatira, le député polynésien Moetai Brotherson, l'élu corse François Benedetti ou encore des membres du groupe Fer de Lance mélanésien. Le soutien à la cause d'Occitans ou du Catalan Carles Puigdemont a en outre été affiché. Une démarche à horizon national, voire international, qui vise à donner du poids à la campagne et démontrer l'ouverture de la sensibilité pro-Kanaky. Mais aussi confirmer ces représentants du Pacifique ou d'Europe en tant que grands témoins du contexte calédonien et du devenir du pays. Côté anti-indépendantistes, les invités sont moins stratégiques dans les derniers jours du scrutin : à Paris, leurs quatre parlementaires ont régulièrement durant la campagne, servi de porte-voix nationaux.


    Acrobaties

    Au milieu d’une rivière à Houaïlou, sur un caillou au large de Poindimié ou en haut d'un pic rocheux à Touho… Sur la côte Est, certains n’ont pas ménagé leur effort pour planter des drapeaux Kanaky.


    13 millions

    C’est le montant maximum de dépenses de campagne que remboursera l’État, qui finance la campagne, à chacun des cinq partis impliqués.


    « Les propos doivent être à la hauteur de ce qui doit être transmis aux jeunes générations. »

    Jean Lèques, président du Comité des sages, groupe qui a relevé « des dérapages » lors de la campagne.

    Repères

    Temps de parole

    La campagne électorale prendra fin vendredi soir à minuit. Le temps de parole a la télévision et à la radio est strictement réglementé. Indépendantistes et loyalistes se partagent le temps de parole à égalité, 90 minutes par camp en deux semaines de campagne.

    La répartition interne à chaque camp dépend de la représentativité au Congrès : Calédonie ensemble (48 minutes et 13 secondes), Les Re??publicains calédoniens (22 minutes et 30 secondes), Le Rassemblement-MPC (19 minutes et 17 secondes), UC-FNLKS et nationalistes (53 minutes et 11 secondes) ; Uni (36 minutes et 49 secondes).

    L’ombre des provinciales

    Quel oui et quel non ? Voter au référendum c’est aussi voter pour un projet de société. Raison pour laquelle le FLNKS a mis sur la table à partir du mois de juin, son « projet pour une Kanaky - Nouvelle-Calédonie souveraine », défendu à la fois par l’Union calédonienne et l’Uni - Palika. Une unité que n’a pas trouvée le camp loyaliste, où chaque parti aborde le « non » d’une façon différente. Les oppositions, fortes depuis le début de l’année, se font d’ailleurs sentir dans les meetings de campagne ou sur les plateaux de télévision où chacun avance peu à peu sa vision de l’après 4-novembre. Gouvernance, dialogue, rééquilibrage, économie… À mesure que la date approche, les programmes se font plus précis. Aucun doute, la campagne référendaire a largement posé les bases de celle des provinciales, en mai 2019. Une seconde campagne qui ne s’annonce ni tardive ni apaisée.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS