Nouvelle Calédonie
  • Esther Cunéo esther.cuneo@lnc.nc | Crée le 03.04.2019 à 06h34 | Mis à jour le 03.04.2019 à 12h05
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    Les urgences ont enregistré une hausse de l’activité de l’ordre de 6 %, atteignant au total près de 45 000 passages en 2018. Photos E.C.
    Malgré des difficultés de recrutement dans certaines disciplines spécialisées, le Médipôle enregistre une hausse d’activité de 4 % en 2018. Une pression qui génère forcément des tensions, a reconnu hier la direction du CHT, rappelant que c’est « la vie normale d’un établissement de 2 200 agents soumis à une mission de service public. »

    Deux ans après son entrée en fonction, le Médipôle est une machine bien rodée, qui tourne à plein régime. Enfin presque. « Ici, comme à Tahiti et en Métropole, il y a des difficultés de recrutement dans des disciplines qui deviennent rares » reconnaît Jacqueline Bernut, présidente du conseil d’administration du CHT, lors de la présentation du bilan 2018. Pour autant, « l’activité de l’établissement n’a jamais été aussi importante, » assure la direction, avec une augmentation globale de4%. Le service des urgences enregistre une hausse de 6 % du nombre de passages, avec 45 000 patients en 2018. L’hôpital de jour et la chirurgie ambulatoire réalisent de leur côté un bond de 20 %, tandis que le bloc progresse de 8 % (soit 9 500 interventions) et l’imagerie médicale de 10 %. « Nous avons eu 15 000 IRM (Imagerie par résonance magnétique, NDLR) et scanners l’année dernière, contre 800 il y a 15 ans, souligne Dominique Cheveau, directeur du CHT. Cette pression de l’activité associée à notre mission de service public 24 heures sur 24, dans un bâtiment de 2 200 agents… Forcément, de temps en temps, ça coince aux entournures, mais c’est la vie normale d’un établissement. »

    On n’abandonne aucun patient ! Toutes les spécialités, on les assure.

    RECRUTEMENTS EN CDI

    Les recrutements en CDI d'ici la fin de l'année devraient stabiliser les services de cardiologie, d'orthopédie et de pneumologie.
    Les recrutements en CDI d'ici la fin de l'année devraient stabiliser les services de cardiologie, d'orthopédie et de pneumologie.

    Si sur son site internet, le CHT recrute 35 à 40 praticiens, seuls cinq postes sont « physiquement vacants », nuance la direction qui précise qu’une large partie de ces appels à candidature portent justement sur la pérennisation de CDD déjà présents. « On n’abandonne aucun patient ! Toutes les spécialités, on les assure », assène le directeur du CHT, rappelant à titre d’exemple, la grève du secteur privé en 2018. Durant la paralysie des trois cliniques pendant plusieurs semaines, les services du CHT ont alors redoublé d’efforts pour absorber le flux de patients. Mais l’établissement ne devrait plus tarder à s’éloigner de la zone de turbulences. Notamment avec le recrutement en CDI d’une nouvelle équipe d’ici la fin de l’année, pour les services de cardiologie, d’orthopédie ou de pneumologie, s’évertue à rassurer la direction, bien que l’oncologie, la radiologie et l’ophtalmologie restent fragiles. « Les recrutements sont d’autant plus compliqués que les jeunes médecins sont super-spécialisés dans certaines parties du corps », précise Dominique Cheveau.

    En parallèle, les réflexions sur la refonte du statut de praticien, vieux de 16 ans, sont engagées pour donner un peu plus d’attrait à la destination. Attractivité qui dépend de trois éléments, selon la direction. A commencer par l’infrastructure. A ce niveau-là, le CHT n’a pas à rougir. « La technologie doit être à la hauteur de la formation des médecins. Or, nous avons un plateau technique remarquable, avec une grande liberté de prescription », défend le directeur. Viennent ensuite les conditions de travail. Pour y répondre, la direction annonce le lancement d’un audit dès la semaine prochaine sur les risques psychosociaux. « On a revu nos méthodes de gouvernance et décidé de casser cette spirale de violences institutionnelle et intraservices » assure le directeur. « Après, dans une communauté hospitalière qui compte 2 200 fiches de paye, les soubresauts sont des choses qui arrivent » nuance Jacqueline Bernut. Reste enfin, la question sensible de la rémunération. En particulier sur certaines spécialités rares, dont la forte valeur libérale en Métropole creuse l’écart avec le Caillou. La direction envisage ici la mise en place d’une « prime » d’attractivité. « Notre budget est parfaitement équilibré pour le faire, dans la mesure du raisonnable évidemment, répond Dominique Cheveau. De toute façon, on fera les études économiques, après c’est au Congrès et au gouvernement de trancher. »


    Un budget équilibré, mais une trésorerie déficitaire

    Depuis janvier, la trésorerie du CHT ne lui permet plus d’absorber les retards de paiement.
    Depuis janvier, la trésorerie du CHT ne lui permet plus d’absorber les retards de paiement.

    «Ce n’est pas le budget du CHT qui est en difficulté c’est la trésorerie » répète Jacqueline Bernut, présidente du conseil d’administration.

    Avec 29,5 milliards de dépenses en fonctionnement, et autant de recettes, le CHT fait certes état d’un budget équilibré. Déficitaire de 450millions de francs, sa trésorerie par contre, ne peut plus se permettre d’absorber les retards de paiement à répétition du Ruamm. Les médicaments délivrés par l’établissement, à l’instar des traitements VIH, n’étant déjà plus remboursés depuis plus de 4 ans, le CHT enregistre une créance cumulée de 880 millions de francs. A cela, s’est ajouté pour la première fois, un retard de paiement d’un mois sur la dotation globale de fonctionnement. Soit 1,9milliard de francs, permettant notamment de payer la masse salariale qui pèse à elle seule un milliard. Et c’est là que ça coince. «Aujourd’hui, tout accident de paiement, notamment sur la dotation globale, devient délétère pour l’établissement, met en garde Dominique Cheveau, le directeur. L’hospitalisation est financée par la dotation globale de fonctionnement. Le matériel, lui, nous est remboursé normalement par la Cafat. » A titre d’exemple, le coût d’un pacemaker (stimulateur cardiaque) avoisine le million de francs. «C’est comme si les pharmacies délivraient des médicaments sans être remboursées pendant des années », fait remarquer le directeur.

    C’est comme si les pharmacies délivraient des médicaments sans être remboursées pendant des années.

    Alerté, le gouvernement a signé une avance de trésorerie de 3,4 milliards de francs pour les trois hôpitaux, dont 2,9milliards pour le CHT. Un «bol d’air » qui a permis d’honorer les fournisseurs, de maintenir les approvisionnements en médicaments, et la continuité des prestations de soins, « sans avoir l’angoisse de la fin de mois. » «C’est un bol d’air pur qui nous permettra d’aborder sereinement les questions de fond dans les prochains mois avec les institutions », indique Jacqueline Bernut. Car au-delà du mois de juillet, le CHT n’a pas plus de visibilité sur le versement des prochaines dotations globales de fonctionnement. Pas de doute pour le conseil d’administration, c’est « le financement de la santé qui doit être clarifié dans le cadre du plan Do Kamo. »


    REPÈRES

    Piquet de grève du CSTC-FO devant le Médipôle

    Plantés devant le Médipôle, hier, dès 6 heures du matin, une trentaine de grévistes sous la bannière du CSTC-FO se sont rassemblés pour dénoncer un « favoritisme syndical » dans le recrutement de sept brancardiers. Des discussions se sont tenues avec la direction, qui s’est engagée à leur soumettre des propositions. Le protocole de fin de conflit n’étant pas satisfaisant à ses yeux, le syndicat a annoncé une reconduction du mouvement aujourd’hui. La prise en charge des patients au Médipôle n’est cependant pas affectée.

    2,9milliards pour le CHN

    Le gouvernement a arrêté la semaine dernière les tarifs des prestations hospitalières et le montant des dotations globales de fonctionnement des hôpitaux. Compte tenu des moyens déjà accordés en 2016 et en 2017 pour garantir l’ouverture du Médipôle à Koutio, le CHT Gaston- Bourret maintient son taux directeur à 0% cette année, comme en 2018. La dotation globale est donc reconduite à l’identique, pour 21,8 milliards de francs. Le centre hospitalier spécialisé (CHS) Albert-Bousquet a obtenu pour sa part un taux général de progression de 1%, avec une dotation globale de 4,1 milliards de francs, en progression de 40 millions de francs. Sans surprise, le centre hospitalier du Nord (CHN) a obtenu un taux général de progression de 24,6% lié à sa première année de mise en service. Sa dotation globale est de 2,9 milliards de francs, en progression de 204 millions de francs.

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