Nouvelle Calédonie
  • Marion Courtassol / marion.courtassol@lnc.nc | Crée le 14.11.2018 à 04h25 | Mis à jour le 14.11.2018 à 07h10
    Imprimer
    « Donner un sens à cette épreuve » : c’est ce qui a conduit Ophélie Muret à créer l’association Nos bébés kangourous pour les parents de prématuré. Ph. M.C
    TÉMOIGNAGE. Ophélie a donné naissance à son fils après seulement six mois et demi de grossesse. Elle raconte cette épreuve qui a profondément changé sa vie.

    « J’avais imaginé que la naissance de mon premier enfant serait le plus beau jour de ma vie. Ça a été le pire. » Il y a un peu plus de deux ans, Ophélie Muret donnait naissance à Maxime après six mois et demi de grossesse. Grand prématuré, le nourrisson, qui ne peut respirer seul, est placé dans les minutes qui suivent en service de réanimation néonatale au CHT. Ophélie n’a pu l’apercevoir que quelques secondes, et, à peine, l’effleurer de la main tant l’urgence est évidente. « Je n’avais même pas pu voir son visage. Je l’ai découvert sur la photo qu’une sage-femme a faite et m’a apportée. »

    Quand 24 heures plus tard, Ophélie découvre enfin son fils, il est intubé, un sparadrap placé sur son visage maintient la sonde qui le nourrit, des capteurs, mesurant sa respiration et son taux d’oxygène sanguin, recouvrent son petit corps. « Durant les deux premiers jours, les médecins ont été prudents, puis ils nous ont dit que Maxime vivrait. Quelles seraient les conséquences de sa prématurité ? A ce stade, il était impossible de le savoir. »

    Montagnes russes émotionnelles

    Commence alors pour Ophélie et son mari, « une vie de patience, on vit d’heure en heure, de jour en jour. Il y a de nombreuses étapes à franchir : Maxime avait besoin d’assistance pour respirer, son système digestif n’était pas mature, il n’avait pas de réflexe de succion, ni de déglutition. L’une des choses les plus difficiles est de ne pas pouvoir allaiter. Je tirais mon lait et Maxime était nourri par sonde gastrique. » Pour chaque progrès, il y a les moments de recul. « Un jour, il prend 50 grammes et on est fou de joie. Mais dans la foulée, il en perd 30. Un autre jour, il passe toute une journée sans faire d’apnée. Le lendemain, ça recommence. Et puis, il y a les moments miraculeux qui nous rapprochent peu à peu de la vie et de la normalité. Quand on lui met des habits pour la première fois. Quand on voit son visage sans sparadrap pour la première fois. Ou lorsqu’il arrive à prendre sa première tétée. On vit des montagnes russes émotionnelles. »

    Deux dates d’anniversaire

    Parmi toutes les difficultés auxquelles il faut faire face, il y a la séparation, particulièrement cruelle. D’abord, il y a la couveuse. « Dès que possible, il en sortait pour que je le prenne en peau à peau selon la méthode kangourou ». Et puis, il y a la sortie d’Ophélie du CHT au bout d’une semaine : « La première soirée chez moi, sans mon bébé, a été le pire moment de cette période de prématurité. »

    Maxime restera quarante-cinq jours en service de néonat où Ophélie passait entre dix-huit et vingt heures par jour. « Maxime est né le 6 novembre. Fêter son anniversaire reste difficile. Pour moi, le 18 décembre, jour de sa sortie de l’hôpital, est son second anniversaire. Sur son faire-part, il y avait les deux dates. » Le petit garçon qui vient de fêter ses 2 ans n’a pas de « réelles séquelles » de ce début de vie si compliqué. Mais Ophélie se dit marquée à jamais par cette épreuve. Comme la moitié des mères qui y ont été confrontées, elle ne connaît pas la cause de son accouchement prématuré. Voudra-t-elle, un jour, un autre enfant ? Elle n’a pas, pour l’heure, la réponse à cette question.

     

    Congés maternité, paternité et allocations grossesse

    « J’avais besoin de donner du sens à ce qui nous est arrivé, explique Ophélie Muret. C’est ce que j’ai fait en créant l’association Nos bébés kangourous avec trois autres mamans de prématuré. Car, en dépit du soutien des équipes médicales, je me suis sentie profondément seule. J’ai aussi constaté qu’il est très difficile d’en parler avec des gens qui n’ont pas connu la prématurité. Cette douleur est indicible.

    « L’association est donc là pendant la période d’hospitalisation et après. Car tant que le bébé est hospitalisé, on est porté par le combat pour la vie. En revanche, après la sortie, le retour de bâton finit toujours par tomber et peut même aller pour certaines jusqu’à la dépression. La prématurité est considérée comme un choc post-traumatique par les médecins. C’est pourquoi nos café-parents, qui se déroulent tous les premiers dimanches de chaque mois de 9 h 30 à 11 h 30 au Médipôle, ont lieu à l’extérieur du service de néonat pour permettre aux parents dont les enfants sont sortis de participer », précise-t-elle.

    L’association se bat aussi sur trois axes : que le congé maternité couvre la période d’hospitalisation afin que « certaines mères ne soient pas obligées de retourner travailler alors que leur bébé est toujours hospitalisé ». Second point : ne pas être privé, comme c’est actuellement le cas, de l’allocation versée au huitième mois de grossesse et voir la création d’un congé paternité adapté. « Car le père doit assumer beaucoup de choses. Dans mon cas, mon mari était là pour me rappeler de manger, d’aller me coucher, il gérait les problèmes administratifs. Et pour les familles dans lesquelles il y a plusieurs enfants, le papa doit aussi s’occuper d’eux. »

    Association Nos bébés kangourous. Contacts : 90 79 46 ; nosbebeskangourous@gmail.com ; Facebook : Nos bébés kangourous

    Repères

    La prématurité en détail

    Il existe trois stades de prématurité : la très grande prématurité, naissance avant 28 semaines de grossesse (6 mois), la grande prématurité entre 28 et 32 semaines (6 à 7 mois), La prématurité moyenne : naissance entre la 32e et la 36e semaine d’aménorrhée révolue (7 à 8 mois de grossesse).

    En Calédonie, 60 bébés, en moyenne, naissent grands prématurés. Ils sont environ 300 à venir au monde prématurés.

    Un grand pique-nique samedi

    L’association Nos bébés kangourous organise ce samedi à midi un pique-nique participatif au parc Fayard à l’occasion de la journée mondiale de la prématurité. « L’idée est de créer un réseau pour se soutenir. Nous convions donc toutes les personnes qui en ont envie à nous rejoindre. »

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS