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    Nouvelle Calédonie
  • Jean-Frédéric Gallo | Crée le 01.12.2022 à 15h20 | Mis à jour le 01.12.2022 à 17h40
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    Jeudi matin, 150 médecins libéraux se sont mobilisés devant le gouvernement pour manifester leur colère. Photo Marion Thellier
    Les médecins ont fermé leur cabinet jeudi et vendredi pour sensibiliser les Calédoniens et les autorités au manque de libéraux sur le Caillou. Ils déplorent le fait de ne pas être entendus.

    Cela fait maintenant des mois qu'ils alertent les autorités, tentent de sensibiliser la population et, à leurs yeux, trop peu de choses changent, et trop lentement. En grève depuis jeudi et toute la journée de vendredi, à l'appel du syndicat des médecins libéraux (128 sur 264 praticiens), ces professionnels ont décidé de descendre dans la rue. 90% des cabinets médicaux libéraux de Calédonie sont restés fermés. Du jamais-vu. Mais face à une offre de soins qui s'effrite, ils estiment ne plus avoir le choix.

    Les chiffres déjà connus mais toujours terrifiants, parlent d'eux-mêmes. Sur les 264 médecins libéraux encore en exercice, 120 partiront à la retraite en 2030. Et le renouvellement, lui, peine vraiment à se faire sentir. Les raisons sont nombreuses. "Il faut savoir que la pénurie de médecins ne concerne pas que la Calédonie, mais toute la France donc on se doit d'être compétitif, explique le docteur Joël Kamblock, cardiologue. Mais il ne faut pas se leurrer, les médecins ont internet et se renseignent avant de venir, et les agressions physiques et morales sont un frein pour s'installer durablement." L'argument est connu, mais il y en a d'autres, peut-être moins évidents. "En Calédonie les frais d'honoraires n'ont pas été revalorisés depuis 15 ans, le pouvoir d'achat d'un médecin libéral est inférieur de près de 35 % par rapport à un homologue métropolitain".

    Et c'est le cercle vicieux. Bien que disposant d''équipements hospitaliers de grande qualité avec la création du Médipôle et de la clinique, les médecins libéraux peinent à offrir un véritable parcours de soins à leur patient, faute de praticiens. " Un médecin de famille confronté à l'impossibilité d'hospitaliser son patient diabétique décompensé, dont la vie est en danger, c'est insupportable et à l'origine d'une grande souffrance."

    Moins de moyens, moins de médecins, plus d'Evasan

    "Le Syndicat des Médecins Libéraux a remis au gouvernement, ainsi qu'aux autres instances du pays, un dossier d'études faisant le point de l'offre de soins libérale et de l'attractivité médicale du territoire, explique le docteur Marie-Laure Gaudillier, présidente du syndicat. Sur la base de ce rapport, nous avons sollicité des discussions avec le gouvernement pour réfléchir ensemble aux mesures à prendre pour sauver la médecine calédonienne et rendre de l'attractivité au territoire. Mais ce document n'a même pas été lu par le gouvernement, tout juste survolé, alors que nous faisons des propositions concrètes." La présidente du SML reconnaît que des avancées ont eu lieu. En province Sud notamment, avec la prime pour l'installation de médecins afin de lutter contre les déserts médicaux. Un texte, destiné à accueillir des médecins francophones non-français en Calédonie a également été proposé par le gouvernement. " Mais les médecins n'ont aucune raison de venir ici plutôt qu'en Métropole puisqu'ils gagnent moins bien leur vie, conclut le docteur Johan Nouwen. Je prends un exemple concret : un ophtalmologue qui n'a donc jamais vu ses honoraires augmenter depuis 20 ans m'a expliqué qu'il cherchait à acquérir une machine de pointe coûtant 80 millions de francs. Sauf que son banquier refuse de lui faire un crédit. Il ne peut pas faire venir de confrères car il n'a pas cette machine. C'est une situation invraisemblable qui a des conséquences. Ces derniers jours, un patient diabétique résidant à Lifou a eu un problème important à la rétine. Comme il n'y avait pas d'ophtalmologue en mesure de le prendre en charge, il a été envoyé à Sydney. Facture : plus de 3 millions pour la Cafat. Investir dans la santé, c'est faire des économies. C'est de tout ça qu'on veut discuter avec le gouvernement. On voudrait bien un interlocuteur."

    Des solutions proposées par les médecins

    Une centaine de médecins se sont mobilisés jeudi matin devant le gouvernement afin de manifester leur colère. Ils ont été reçus par Yannick Slamet qui, selon la délégation "s'est montré à l'écoute". Parmi les solutions préconisées pour restaurer l'attractivité de la Calédonie, le déplafonnement du nombre de patients concernant la majoration de rémunération forfaitaire annuelle de médecin référent. " Lorsqu'il s'agit de suivre des patients en longue maladie, la charge de travail est plus conséquente. Il existe donc une indemnité pour les suivis de patients en longue maladie par son médecin référent. Depuis 2020, les médecins ne peuvent pas obtenir d'indemnités au-delà de 150 patients, alors qu'ils en suivent plus. Entre 2008 et 2020, le nombre de patients en longue maladie a augmenté de 50 % (16 697 patients de plus)."

    Les médecins demandent également une revalorisation des actes médicaux, dont certains n'ont pas changé depuis vingt ans et l'ouverture d'un secteur 2, comme en Métropole. "L'encadrement d'un secteur à dépassements d'honoraires qui permet d'élargir l'offre de soins." La création d'actes en télémédecine lorsque, par exemple, il faut consulter l'avis d'un autre spécialiste pourrait être encadrée. Comme cela se fait en Métropole.

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