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    Nouvelle Calédonie
  • Aurélia Dumté | Crée le 28.02.2026 à 06h00 | Mis à jour le 28.02.2026 à 06h00
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    Visite du lancement du projet Lucy, usine d’assèchement et de stockage des résidus, sur le site de Prony Resources New Caledonia. Monia Sayari, responsable du département géosciences, travaille sur la partie technique et la conception du projet Lucy et a en charge la surveillance du barrage. Elle tient dans ses mains le résultat issu de l’usine d’assèchement. Photo Aurélia Dumté
    Le chantier a débuté en juin 2021, Lucy est aujourd’hui entrée en fonctionnement. Cette unité d’assèchement des résidus de l’usine hydrométallurgique de Prony Resources était attendue. Ce lancement envoie aussi un signal fort aux salariés, aux coutumiers, aux politiques et aux potentiels repreneurs : l’usine du Sud mène les projets au bout, elle tient le cap malgré les tempêtes.

    Lucy. Le prénom revenait parfois aux oreilles des Calédoniens. Vendredi 27 février 2026, c’est officiel : Lucy prend vie. L’unité d’assèchement des déchets issus de l’usine hydrométallurgique de Prony Resources New Caledonia est entrée doucement en fonctionnement en ce mois de février, mais devrait "monter en puissance en avril 2026", précise Christophe Senée, responsable projet ingénierie et également du projet Lucy.


    Unité d’assèchement du projet Lucy. Photo Aurélia Dumté

    L’expert se tient devant un groupe d’officiels : politiques, coutumiers, quelques salariés et sous-traitants et des journalistes. Derrière lui s’élève l’unité d’assèchement du projet Lucy. Le chantier a été lancé officiellement en juin 2021. Plus de quatre ans et 590 millions de dollars plus tard (près de 60 milliards de francs), l’usine est en fonctionnement.


    Christophe Senée, le responsable projet ingénierie et responsable du projet Lucy. Photo Aurélia Dumté

    Un moment attendu par les salariés, les coutumiers et les politiques, symbole d’une avancée importante pour Prony Resources, qui inaugure un système innovant de traitement de ses déchets : moins dangereux, moins polluant, plus simple à transporter que le système actuel, le barrage KO2, ouvrage de stockage des boues, résidu liquide du procédé de l’usine.

    Une transition entre le barrage et Lucy

    Le barrage a atteint à ce jour 80 % de sa capacité de stockage, prévue pour accueillir au maximum 45 millions de m³ de résidus. "Ce bassin, nous le remplissons depuis un peu plus de dix ans maintenant, commence Thibaut Martelin, président du conseil d’administration de Prony Resources New Caledonia. Pour se projeter dans l’avenir, il fallait envisager une nouvelle zone de stockage. Nous avions le choix entre construire un deuxième barrage, puis un troisième, un quatrième… Mais ce n’est pas notre métier de construire des barrages : nous sommes des mineurs et des métallurgistes. La décision a donc été prise, de manière très éclairée, il y a quelques années, de changer de process et de permettre de stocker tous ces résidus par voie sèche, sous forme de verses."


    Le barrage KO2 de stockage des boues, déchets actuels de l’usine jusqu’au lancement du projet Lucy. Photo Aurélia Dumté

    Le barrage KO2 "est maintenu opérationnel pour l’utiliser provisoirement, dans des conditions exceptionnelles, en cas d’intempéries", complète Monia Sayari, responsable du département géosciences, qui travaille sur la partie technique et la conception du projet Lucy et a en charge la surveillance du barrage. "C’est aussi un ouvrage très important pour nous accompagner jusqu’à ce que nous arrivions à une production nominale. Le but est de déployer cette méthode d’assèchement à 100 %. Il sera encore fonctionnel pour quelques années." Ainsi, KO2 va rester en place : l’eau qui remonte en surface est vidée au fur et à mesure, jusqu’à l’assèchement total des boues, puis PRNC pourra entamer un processus de revégétalisation du bassin.

    110 emplois créés, 1 000 dollars en plus sur la tonne de nickel

    De son côté, Lucy produit des résidus secs, plus légers que de la boue et plus faciles à transporter. Les camions récupèrent ces déchets et les déversent dans une verse dédiée. L’actuelle est dimensionnée pour dix ans. Elle sera, elle aussi, revégétalisée.


    Les résidus sont déposés dans une verse qui sera végétalisée à terme. Elle est dimensionnée pour accueillir dix années de résidus secs. Le bassin, lui, accueille les eaux "de contact" avant qu’elles soient traitées. Photo Aurélia Dumté

    Les eaux dites "de contact", issues des résidus, sont drainées et évacuées vers un bassin, traitées puis rejetées dans le milieu naturel. L’usine d’assèchement Lucy a créé 110 emplois à temps plein et, lors du pic de construction, a mobilisé jusqu’à 580 personnes, avec 100 % d’emplois locaux et des sous-traitants de l’aire Drubea-Kapumë.


    Le chenal d’évacuation des eaux de contact issues de Lucy vers le bassin. Photo Aurélia Dumté


    Le projet Lucy a coûté 590 millions de dollars (pas loin de 60 milliards de francs), et emploie aujourd’hui 110 salariés. Photo Aurélia Dumté / PRNC

    Si Lucy constitue une avancée en matière de gestion des déchets, le projet représente un coût conséquent pour PRNC. "Ce sont 110 emplois supplémentaires. C’est globalement une consommation d’énergie 30 % plus élevée que celle d’aujourd’hui. On estime ce surcoût à environ 1 000 dollars la tonne de nickel, ce qui représente environ 8 % de plus sur le prix de vente", détaille Thibaut Martelin.


    Camion chargé de résidus asséchés. Photo Aurélia Dumté

    Un mariage en vue ?

    Le projet Lucy était prévu : Vale, en quittant l’usine du Sud, avait d’ailleurs laissé 500 millions de dollars pour réaliser ce chantier, soit 50,5 milliards de francs. Sa mise en fonctionnement pourrait constituer un levier dans les tractations que mène actuellement l’État avec un éventuel repreneur de l’usine du Sud. Si aucune information précise n’a filtré, le président du conseil d’administration souligne qu'"arriver à l’aboutissement de ce projet, c’est un message fort envoyé aux investisseurs potentiels. Nous sommes capables de faire les choses et de bien les faire. Mais ce n’est pas le seul élément : il faut prouver notre rentabilité." PRNC a d’ailleurs réalisé un dernier trimestre 2025 concluant, avec deux mois positifs d’affilée, une première depuis la naissance de l’usine du Sud il y a seize ans.


    Thibaut Martelin, président du conseil d’administration de PRNC. Photo Aurélia Dumté

    D’autres leviers restent à débloquer, du côté politique cette fois. " Il reste deux clauses substantielles à lever, appuie Sonia Backès, présidente de la province Sud, présente lors du lancement de Lucy. À commencer par ouvrir les autorisations d’exportation sur les réserves métallurgiques. Le dossier passe au Congrès en séance publique le mardi 4 mars, après un examen en commission la veille." Cette décision permettrait d’exporter de la matière première non traitée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La seconde clause est entre les mains de l’État, qui négocie avec le potentiel repreneur. "Il demande la prise en charge d’un certain nombre d’investissements ou de reprises d’emprunts. C’est une très grosse somme. C’est ce qu’on appelle le “panier de la mariée”."

    Le mariage pourrait être acté d’ici juin. En attendant, la mise en marche du projet Lucy envoie un signal positif aux 1 349 salariés et à tout autant de sous-traitants, mais aussi à l’économie calédonienne.


    Résidu asséché au sortir de Lucy. Photo Aurélia Dumté

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