Pacifique
  • | Crée le 22.08.2017 à 04h25 | Mis à jour le 22.08.2017 à 08h37
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    La double nationalité de Joyce Barnaby et de plusieursautres parlementaires est au cœur de la polémique. Selon la loi, elle ne permet pas de faire partie du gouvernement. Photo AFP
    Australie. Entre blagues douteuses et théorie du complot, la plus haute instance judiciaire vase pencher sur une crise constitutionnelle qui menace de renverser le gouvernement conservateur.

    Plusieurs responsables du gouvernement, dont le Premier ministre adjoint Barnaby Joyce, sont piégés par une clause obscure de la Constitution qui interdit aux possesseurs d’une double nationalité de siéger au Parlement. La très étroite majorité de la coalition conservatrice du Premier ministre Malcolm Turnbull - un seul siège d’avance à la chambre des Représentants - ne tient donc qu’à un fil.

    Né en Australie, M. Joyce a refusé de démissionner, expliquant qu’il n'était pas au courant de cette nationalité kiwie, héritée automatiquement de son père. Jeudi, la Haute cour commencera à examiner son cas ainsi que celui de quatre autres parlementaires, qui se sont retrouvés à leur insu dans l’illégalité. La sénatrice Fiona Nash devrait aussi faire l’objet de la même procédure. Elle a découvert en fin de semaine qu’elle avait aussi la nationalité britannique.

     

    « Loi archaïque »

    Pour Don Rothwell, expert constitutionnel à l’Université nationale australienne, les enjeux politiques sont bien réels. « Une possibilité, bien qu’elle semble éloignée pour le moment, c’est que le gouvernement tombe. Dans ce cas, nous aurions de nouvelles élections », explique-t-il. La clause sur la double nationalité a été introduite dans la Constitution de 1901 afin d’assurer que les parlementaires n’aient « aucune adhésion à une puissance étrangère ». Cette disposition date d’une époque où les Australiens pensaient qu’ils devaient en premier lieu fidélité à la couronne britannique.

    « Dans un pays d’immigration comme l’Australie, elle apparaît de plus en plus archaïque. Elle est fondée sur une idée dépassée de ce qu’étaient les puissances étrangères. Aujourd’hui, on a une attitude beaucoup plus libérale envers la double nationalité », souligne le professeur Rothwell.

    Tout va dépendre de l’approche adoptée par la Haute Cour, entre interprétation stricte ou plus moderne de la clause 44 (i) de la Loi fondamentale. Mais il est certain que la juridiction examinera l’affaire avec plus de sérénité que la classe politique.

    Lundi dernier, les débats ont dégénéré lorsque M. Joyce a fait savoir qu’il avait la nationalité kiwie. Le Premier ministre, Malcolm Turnbull, a aussitôt crié au complot, accusant le Parti travailliste néo-zélandais de vouloir renverser son gouvernement. En effet, un membre du Parti travailliste néo-zélandais avait posé des questions la semaine précédente sur ces histoires de nationalité. Bill Shorten, le leader du Parti travailliste australien et chef de l’opposition, « tente de s’emparer du gouvernement en conspirant avec une puissance étrangère », a ajouté M. Turnbull.

    La ministre des Affaires étrangères, Julie Bishop, en a rajouté une couche. Accusant M. Shorten de « traîtrise », elle a assuré qu’elle aurait du mal à travailler avec Wellington si les travaillistes néo-zélandais gagnaient les prochaines législatives prévues en septembre. « Non seulement, c’est totalement incorrect mais, en plus, cela viole directement l’obligation internationale de non-ingérence. Les travaillistes ont été pris la main dans le sac », a lancé Mme Bishop.

     

    Communistes et Roswell

    La travailliste Penny Wong a alors accusé la ministre d’orchestrer une campagne de peur inspirée de celle qui était répandue durant la Guerre froide où à l'époque on disait qu'il y avait « des rouges sous le lit ». Pas en reste, son collègue Rob Michell est arrivé au Parlement avec un chapeau en aluminium. Pince-sans-rire, il a assuré que Mme Bishop en avait besoin pour accompagner ses « théories du complot ».

    « On dirait que c’est Julie au téléphone », a-t-il ajouté alors que son portable résonnait avec la musique de Twilight Zone, série télévisée américaine de science-fiction. « Elle a appelé la Nasa, la zone 51 à Roswell, pour dire que tout était de notre faute au sujet de Barnaby Joyce. » La ville américaine de Roswell aurait, selon diverses théories du complot relayées à travers le monde, été le lieu du crash d’une soucoupe volante en 1947, qui aurait ensuite été étudiée et cachée par l’armée américaine sur la Zone 51, base militaire du Nevada.

    Parallèlement, la nationalité néo-zélandaise de M. Joyce a donné lieu aux inévitables plaisanteries sur les moutons, la Nouvelle-Zélande étant un grand pays d’élevage ovin. Le Premier ministre adjoint a dû subir moult cris « Bêê-naby » dans les rangs de l’opposition.

    La Haute cour ne devrait pas rendre de jugement avant plusieurs semaines, selon le professeur Rothwell.

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