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  • Holly Robertson/AFP | Crée le 09.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 09.05.2019 à 04h25
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    Le parrain de la drogue Tony Mokbel, condamné à 30 ans de réclusion, pourrait faire appel de sa condamnation, en vertu des révélations sur les activités de son avocate.Photo AFP
    Australie. Certains criminels parmi les plus dangereux d’Australie pourraient voir leur condamnation voler en éclats : leur avocate étaitune indic qui fournissait des informations à la police.

    Dans les années 1990, une guerre des gangs déchirait Melbourne. La police semblait impuissante tandis que le bilan des morts s’envolait. La bataille que se livraient des bandes rivales pour le commerce lucratif de la drogue à Melbourne s’était soldée par une quarantaine de meurtres. La situation ne s’était apaisée que lorsque les principales figures du crime organisé s’étaient retrouvées derrière les barreaux.

    Mais des dizaines de condamnations, voire des centaines, sont sur la sellette depuis qu’il est apparu que leur avocate Nicola Gobbo livrait des informations sur ses clients aux policiers. Elle représentait certaines des figures les plus endurcies du milieu, poursuivies pour trafic de drogue ou assassinat. L’année dernière, le parquet avait informé 22 personnes qu’elles avaient matière à faire appel.


    « Faute grave »

    Mme Gobbo, identifiée dans la procédure comme Informatrice 3838, dit qu’au moins 386 personnes ont été arrêtées et inculpées en vertu de ses informations, selon une lettre de juin 2015 rendue publique en décembre.

    Une commission d’enquête royale est en cours pour déterminer le nombre de dossiers concernés.

    « Les condamnations prononcées dans les dossiers où Mme Gobbo a fourni ses services juridiques, sauf ceux où elle a joué un rôle minime, vont presque certainement être annulées », explique Jeremy Gans, professeur de droit à l’Université de Melbourne.

    Le parrain de la drogue Tony Mokbel, qui a survécu en février à une attaque à l’arme blanche en prison, figure parmi ceux qui cherchent à faire appel de leur condamnation, en l’occurrence 30 ans de réclusion.

    Idem pour Faruk Orman, condamné à 20 ans pour avoir conduit la voiture ayant servi à prendre la fuite après un meurtre en 2002 et qui a toujours clamé son innocence. Me Gobbo l’avait défendu au moment de son inculpation.

    Pour sa nouvelle avocate, Ruth Parker, le rôle d’indic joué par sa prédecesseure relève d’une « faute grave » et de « corruption ». « Mme Gobbo ainsi que tous les enquêteurs avec lesquels elle a travaillé doivent être poursuivis pour faute mais aussi pour crime. »

    Le commissaire de la police de l’Etat de Victoria, Graham Ashton, défend ses pairs, estimant qu’ils ont agi de « bonne foi » et que l’affaire doit être envisagée dans le contexte de la guerre des gangs.

    « C’était une époque dangereuse, le système judiciaire avait un sentiment d’urgence, y compris les policiers », avait-il dit à la presse en décembre.

    Cette époque a d’ailleurs inspiré la série télévisée Underbelly (bas-fonds) qui a tenu l’Australie en haleine pendant six saisons.

    Mme Gobbo, originaire d’une grande famille de Melbourne, a servi d’indic pendant une période clé pour les poursuites contre les gangs entre 2005 et 2009. Mais elle avait été enregistrée comme informatrice dès 1995, deux ans avant son accession au barreau. Elle avait été recrutée après avoir été inculpée en 1993 à la suite d’une descente de police dans une maison qu’elle partageait et où avaient été retrouvés du cannabis, des amphétamines et des armes. Elle avait été relâchée sans qu’aucune poursuite ne soit engagée contre elle.


    Des « tontons » dans les milieux judiciaires

    La police a dépensé des millions de dollars devant la justice pour maintenir l’anonymat de l’avocate, faisant valoir qu’elle risquait d’être assassinée. Aujourd’hui, Mme Gobbo a refusé de bénéficier d’un programme de protection des témoins.

    En mars, la Haute cour avait levé l’ordonnance qui protégeait son identité en invoquant les « manquements fondamentaux » à son devoir d’avocate et le « comportement répréhensible » des enquêteurs.

    La commission royale enquête aussi sur la possibilité que la police ait eu six autres « tontons » dans les milieux judiciaires, dont des greffiers, mais les enquêteurs n’en auraient identifié qu’un seul, un avocat aujourd’hui décédé. Les forces de l’ordre assurent que les règles en la matière ont été revues de fond en comble et qu’une telle affaire ne pourrait jamais se reproduire aujourd’hui.

    La commission royale rendra son rapport préliminaire le 1er juillet.

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