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    Pacifique
  • Charlie René / Radio1 Tahiti | Crée le 27.05.2026 à 07h47 | Mis à jour le 27.05.2026 à 07h47
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    Des ballots de cocaïne sur le pont d’un bateau, lors d’une l’interception en haute mer près de la Polynésie française, le 16 janvier 2026. Photo HCPF
    Une proposition de résolution "condamnant l’utilisation de l’océan Pacifique comme zone d’élimination de produits stupéfiants" va être étudiée en commission de l’assemblée de Polynésie française. Il s’agit de demander à l’État, en l’absence d’expertise sur le risque environnemental de ces immersions, d’étudier des méthodes de destruction plus sûres et plus transparentes. Un article de notre partenaire Radio1 Tahiti.

    Le débat semblait s’être éteint depuis trois mois, il s’apprête à être relancé du côté de l’assemblée. Mardi 26 mai, la commission des institutions étudiait une proposition de résolution "condamnant l’utilisation de l’océan Pacifique comme zone de dilution et d’élimination de produits stupéfiants ".

    Un sujet qui avait interrogé beaucoup de commentateurs dans la foulée du 16 janvier, quand une première cargaison de cocaïne avait été interceptée en haute mer à bord d’un navire étranger, par la Marine Nationale. En accord avec le parquet et sur ordre du Haut-commissariat, les militaires avaient laissé repartir en mer le bateau, plus tard arraisonné par les autorités australiennes, mais ils avaient surtout " immergé " la cargaison illicite – en tout cas la partie qui avait alors été retrouvée lors des fouilles à bord. L’opération, qui répondait à une nouvelle stratégie consistant à faire l’économie de fastidieuses et peu fructueuses procédures judiciaires à terre, et à libérer du temps d’enquête (et des places en prison) pour les trafiquants visant le marché local, avait été répétée à bord de deux autres navires, les 29 janvier et 12 février.

    Au total, 11,5 tonnes de cocaïne avaient ainsi été interceptées… Et déversées dans trois zones distinctes, " en pleine mer et hors de la ZEE ", " loin des zones de pêche " et des aires marines protégées, et sans les plastiques et autres emballages des ballots de drogue, d’après les services de l’État.

    Pas d’étude pour démontrer l’absence de risques

    L’annonce de ces destructions en mer avait tout de même fait réagir. Une scientifique australienne s’était interrogée dans la presse de son pays, sur les conséquences de ces rejets sur les écosystèmes marins. Mais surtout, en Polynésie, le Tavini, liant ces destructions en mer aux questions de souveraineté, et illustrant son propos avec une image générée par IA qui avait fait beaucoup parler, avait dénoncé des " décisions aux conséquences potentiellement désastreuses pour notre environnement " et " prises sans l’accord " des autorités locales.

    Le Haut-commissariat avait répondu en dénonçant le visuel trompeur utilisé par le parti bleu ciel, et en assurant que la drogue avait été immergée par plusieurs centaines de mètres de fond, où elle avait été " diluée dans des milliards de mètres cubes d’eau et brassée par les courants ". C’est aujourd’hui Hinamoeura Morgant-Cross qui veut voir Tarahoi " taper du poing sur la table " pour que ces immersions " ne se reproduisent plus ". La représentante, non inscrite depuis son exclusion du parti indépendantiste, mais qui a travaillé le texte avec l’élu du Tavini, Mitema Tapati, et la membre du groupe Tapura, Pascale Haiti-Flosse, tous deux cosignataires de la proposition, a voulu remettre le sujet dans le débat après un déplacement en Australie, dans le cadre du Canberra Fellowships Program qui réunit des " leaders émergents " de la région.

    Un voyage au cours duquel la militante anti-nucléaire avait évoqué le sujet, aux côtés de parlementaires de Palau ou de Niue, face à un représentant de l’ambassade de France en Australie, qui avait, d’après elle, commencé par l’accuser de "fake news", avant d’assurer de l’innocuité environnementale de ces immersions. " Des discussions que j’ai pu avoir sur place, je me suis rendu compte que l’Australie ne déverse pas la cocaïne qu’elle saisit, elle l’incinère, et je me suis posé la question de pourquoi la France se permet de la balancer, comme ça, ici, et pourquoi la France va dire en Australie que ça n’a aucune incidence sur l’environnement marin. Mais comment ils savent ? Ils ont fait des études ? On est un peu encore dans la continuité des 193 bombes qui n’ont aucune incidence sur l’environnement polynésien. "

    Ce parallèle avec le nucléaire, déjà dressé par le Tavini en février dernier, est abordé par le texte de la résolution, qui précise tout de même ne pas " confondre la nature des substances concernées ni les conséquences propres à chaque période ".

    Respect du principe de précaution

    La lutte contre le narcotrafic, aussi nécessaire soit-elle, ne peut justifier que l’océan Pacifique soit utilisé comme exutoire pour la destruction de substances stupéfiantes en mer ", pose ainsi la proposition de résolution, qui ne se limite pas à " condamner " ces déversements. Par ce texte, s’il était voté, l’assemblée de la Polynésie française, demanderait officiellement à l’État de " renoncer à toute méthode de destruction de stupéfiants reposant sur le rejet ou la dilution directe en milieu marin, tant qu’aucune expertise environnementale indépendante contradictoire et rendue publique n’aura démontré l’absence de risque pour les écosystèmes concernés ".

    La proposition, qui rappelle le lien culturel du peuple océanien à l’océan, juge en outre " invérifiables " les conditions de destructions avancées par l’État, de même que leur localisation hors de la ZEE. Elle appelle donc l’État à " étudier et mettre en œuvre, en lien avec les institutions de la Polynésie, des méthodes alternatives de destruction des cargaisons de stupéfiants saisies en mer, sécurisées, traçables et respectueuses de l’environnement ".

    La protection de l’Océan Pacifique, de sa biodiversité, de ses ressources naturelles et des populations qui en dépendent impose le respect du principe de précaution, y compris lorsque les opérations concernées relèvent des compétences de l’État en matière de sécurité, de défense, ou de lutte contre les trafics internationaux ", lit-on dans le texte étudié ce mardi en commission. Pour Hinamoeura Morgant-Cross, le message s’adresse à la fois à la Polynésie, à l’État et à la communauté internationale.

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