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  • AFP | Crée le 16.08.2018 à 04h25 | Mis à jour le 16.08.2018 à 07h19
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    Philip Wilson a été archevêque d’Adélaïde de 2001 à juillet 2018. Photo AFP
    AUSTRALIE. L’ancien archevêque Philip Wilson, condamné à un an de détention pour avoir couvert des abus sexuels, n’ira pas en prison. Mardi, la justice l’a autorisé à purger sa peine à domicile.

    En mai, Philip Wilson, alors archevêque d’Adélaïde, 67 ans, a été reconnu coupable d’avoir dissimulé les abus commis dans les années 1970 par Jim Fletcher, prêtre pédophile notoire, dans la région de Hunter (Nouvelle-Galles du Sud), en s’abstenant de dénoncer les accusations portées contre lui. Le juge avait relevé que « le condamné n’avait témoigné aucun remords ni contrition », selon le groupe de médias ABC. Mgr Wilson était alors l’un des ecclésiastiques les plus haut placés dans la hiérarchie catholique mondiale à être condamné pour de tels faits. Le pape a accepté fin juillet sa démission.

    Le tribunal de Newcastle, au nord de Sydney, l’a reconnu coupable d’avoir caché un crime grave passible de poursuites commis par une autre personne et l’a condamné à 12 mois d’emprisonnement, sans possibilité de libération anticipée avant six mois.

    Le juge Robert Stone, qui avait renvoyé sa décision sur l’aménagement de la peine, a annoncé mardi que l’ancien archevêque n’aurait pas à la purger derrière les barreaux. Les médias locaux rapportent que l’état mental et physique de M. Wilson ainsi que son âge sont entrés en ligne de compte.

    Dans le cadre de son assignation à résidence, dont on ignore où elle se déroulera, M. Wilson devra porter un bracelet électronique, rapporte le Newcastle Herald.

    M. Wilson n’a fait aucun commentaire en quittant le tribunal, où il était attendu par des victimes de Jim Fletcher. L’une d’elles, Peter Gogarty, a demandé à l’ancien archevêque de présenter des excuses, mais ce dernier est resté silencieux.

    « Philip, tu vas dire pardon ? »

    « Un petit mot pour moi, Philip ?, a-t-il hurlé. Philip, tu vas dire pardon pour ce que tu m’as fait à moi et à tous les autres qui ont été victimes de violences sexuelles quand ils étaient enfants ? Philip, s’il te plaît, un mot de contrition ! » Une autre victime de Jim Fletcher, Daniel Feenan, a également critiqué l’attitude de M. Wilson. « J’aimerais le voir montrer des remords, je voudrais qu’il présente des excuses », a-t-il dit au Newcastle Herald.

    M. Wilson avait présenté sa démission le mois dernier après que le Premier ministre australien Malcolm Turnbull eut exhorté le Vatican à le limoger. Il reste un évêque ordonné mais il n’a pas de juridiction. Les abus sexuels commis sur un enfant de chœur par Fletcher, aujourd’hui décédé, n’avaient pas été contestés à l’audience mais la justice voulait déterminer si Philip Wilson, alors jeune prêtre, en avait été informé. L’ecclésiastique a démenti toutes les charges. Ses défenseurs avaient tenté par quatre fois d’obtenir l’abandon des poursuites, faisant valoir que la maladie d’Alzheimer dont il est atteint devait lui éviter un procès.

    Des milliers de victimes

    Philip Wilson avait officié comme prêtre en Nouvelle-Galles du Sud avant d’être nommé évêque de Wollongong en 1996 par le pape Jean-Paul II. Cinq ans après, il devenait archevêque. Après une décennie de révélations, le gouvernement australien avait finalement créé en 2012 une Commission d’enquête royale sur les réponses institutionnelles aux crimes de pédophilie. Dans son rapport, celle-ci avait estimé en décembre que l’Australie avait « gravement manqué à ses devoirs » envers ses enfants pendant des décennies.

    Sur la base du témoignage de milliers de victimes, elle avait affirmé que sept pour cent des religieux catholiques australiens avaient fait l’objet d’accusations d’abus sexuels sur des enfants entre 1950 et 2010 sans que les soupçons ne débouchent sur des investigations.

    Dans un bref communiqué, l’évêque Greg O’Kelly, qui assure l’intérim à la tête de l’archevêché d’Adélaïde, a indiqué que M. Wilson était « dans ses prières au moment où il entame cette étape de sa vie, tout en pensant aussi aux victimes et aux survivants des abus commis dans l’Eglise. »

     

    Repères

    Perquisitions au Chili

    Dans le cadre des enquêtes sur les scandales d’abus sexuels qui éclaboussent l’Eglise catholique chilienne, les autorités ont perquisitionné mardi les sièges de la Conférence épiscopale et de la Congrégation des Frères Maristes. Pour l’heure, 38 enquêtes ont été ouvertes par le parquet. Cinq évêques ont renoncé à leurs fonctions et le prêtre Oscar Muñoz, ancien bras droit de l'archevêque Ricardo Ezzati, est en détention préventive pour abus sur au moins sept mineurs.

    Prescription en Pennsylvanie

    Une enquête des services du procureur de Pennsylvanie (Etats-Unis) publiée mardi a mis au jour des abus sexuels perpétrés par plus de 300 prêtres et couverts par l’Eglise catholique de l’Etat, dont ont été victimes au moins mille enfants. Le rapport rédigé par un jury populaire auquel avaient été soumises les conclusions de l’enquête, indique que « quasiment tous les cas » sont frappés par la prescription et ne peuvent être poursuivis pénalement. 

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