Pacifique
  • Andrew Beatty/AFP | Crée le 14.02.2019 à 04h25 | Mis à jour le 14.02.2019 à 04h25
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    Le 4 octobre dernier, le gouvernement australien avait annoncé la fermeture du camp de Christmas.Photo DR
    Australie. Le Premier ministre Scott Morrisona annoncé hier la réouverture du camp de rétentionde réfugiés de l’île Christmas. Ce durcissement de la politique migratoire intervient après une défaite historique au Parlement.

    Le camp avait fermé en octobre dernier mais il va rouvrir. Le Premier ministre Scott Morrison a justifié sa décision par la nécessité de « gérer la probabilité de l’arrivée » d’un nombre croissant de migrants.

    L’île Christmas se trouve à 2 300 kilomètres au nord-ouest de Perth, capitale de l’Etat d’Australie-occidentale. Ouvert en 2008, le camp de détention de migrants a été le théâtre d’émeutes, de suicides ou encore d’actes d’automutilation.

    Cette annonce intervient après que le Premier ministre eut essuyé la veille une défaite historique au Parlement concernant le traitement médical des demandeurs d’asile, ce qui risque de multiplier les appels en faveur d’élections législatives anticipées.

    En dépit de la très forte implication personnelle de M. Morrison, l’opposition travailliste est parvenue, avec l’aide des indépendants, à faire passer à la Chambre des représentants par 75 voix contre 74 une loi portant des amendements controversés relatifs au traitement médical des demandeurs d’asile détenus dans les camps offshore.


    Une première

    C’est la première fois depuis 1929 qu’un gouvernement australien perd un vote au Parlement sur une loi considérée comme majeure. Des applaudissements et des vivats ont émané des galeries de la chambre à l’annonce du résultat à Canberra.

    M. Morrison, qui avait pris le pouvoir en août à l’issue d’un putsch interne à son Parti libéral aux dépens du modéré Malcolm Turnbull, a perdu par la suite sa majorité quand son prédécesseur a choisi de ne pas se présenter à nouveau et que sa circonscription a été remportée par l’indépendante Kerryn Phelps.

    Depuis, M. Morrison comptait sur l’appui des indépendants pour contrôler la chambre basse du Parlement.

    Les amendements que l’opposition est parvenue à faire voter mardi portent notamment sur la possibilité pour les médecins de décider du transfert en Australie, pour y être soignés, des demandeurs d’asile relégués dans des centres de rétention offshore.

    Le gouvernement, qui mène depuis plusieurs années une politique extrêmement dure vis-à-vis des clandestins ayant tenté illégalement de gagner l’Australie en bateau, a immédiatement martelé qu’il ne permettra jamais que ces derniers mettent un pied dans le pays.

    Sur le plan politique, cette défaite parlementaire est un revers considérable pour le Premier ministre, qui pose question sur sa capacité à se maintenir à son poste.

    M. Morrison a cependant exclu de convoquer des élections anticipées, en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une motion de confiance et que des élections régulières doivent de toute façon être organisées d’ici mai. Sa coalition est donnée perdante face aux travaillistes dans les sondages.


    Un pari risqué

    pour les législatives

    Le chef du gouvernement a donné lundi le top départ de sa campagne électorale pour les législatives en dressant un sombre tableau des dangers qui guettent l’immense île-continent et en promettant de protéger les Australiens contre « le mal » (lire aussi notre édition d’hier).

    Il fait, selon les analystes, un pari quand il espère que l’électorat sera sensible à ces thèmes sécuritaires, l’Australie arrivant fréquemment dans le peloton de tête des pays les plus sûrs du monde. Canberra est vivement critiqué, notamment par l’ONU, pour sa politique très restrictive mise en œuvre en 2013 par les conservateurs et qui consiste à repousser systématiquement les bateaux de réfugiés tentant de gagner illégalement ses côtes.

    Les migrants qui y parviennent sont relégués pour des durées indéterminées dans des camps de rétention le temps que leur demande d’asile soit instruite.

    Canberra justifie sa politique contre les réfugiés par la nécessité de lutter contre les gangs de passeurs et de dissuader les migrants tentant la périlleuse traversée vers l’Australie.


    Depuis 2013, Canberra refoule systématiquement les bateaux de clandestins, originaires pour beaucoup d’Afghanistan, du Sri Lanka et du Moyen-Orient. Ceux qui passent entre les mailles du filet sont envoyés sur l’île de Nauru ou sur celle de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le gouvernement a commencé à évacuer discrètement les enfants de Nauru, face au tollé suscité par l’état de santé de migrants (près de 800 selon les ONG) vivant dans ces camps depuis parfois six ans, entraînant des dépressions et des tentatives de suicide.

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