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  • Andrew Beatty/AFP | Crée le 06.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 06.04.2019 à 04h25
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    Mark Zuckerberg, patron de Facebook, a indiqué jeudi chercher à mettre au point une technologie plus efficace « pour identifier rapidement les versions modifiées (par montage) de vidéos violentes et empêcher les gensde les partager ».Photo AFP
    Australie. Canberra a adopté jeudi une législation controversée instaurant des peines de prison pour les dirigeants des réseaux sociauxqui ne retireraient pas promptement les contenus extrémistes, une première mondiale.

    Les parlementaires se sont prononcés jeudi, à une très grande majorité, en faveur d’une réforme qui attribue aux entreprises comme Facebook et YouTube et à leurs dirigeants la responsabilité du retrait de « matériaux détestables ».

    Le texte rend illégal le fait de ne pas retirer les images « d’actes terroristes », de meurtres, de viols, de tortures et d’enlèvements. Les plateformes encourent 10 % de leur chiffre d’affaires annuel, soit des milliards de dollars d’amende, si elles ne procèdent pas « au retrait rapide » des contenus en question. Leurs cadres risquent jusqu’à trois ans de prison. Cette réforme intervient après le massacre de Christchurch où le tueur avait diffusé en direct les images sur Facebook.


    « Lois réflexe »

    Les entreprises technologiques, les experts et les avocats sont vent debout contre le texte, qui a passé la rampe du Parlement en un temps record mais dont le devenir après les législatives de mai est incertain.

    Le Premier ministre conservateur Scott Morrison, en position délicate pour ce scrutin, a évoqué les devoirs des géants de l’Internet. « Les grands groupes de réseaux sociaux ont la responsabilité de prendre toutes les mesures possibles pour s’assurer que leurs produits technologiques ne sont pas exploités par des terroristes meurtriers », a-t-il indiqué.

    L’opposition travailliste a fait part de ses réserves mais a voté en faveur du texte, en écho à l’adoption bipartisane d’une loi également controversée destinée à contraindre les géants technologiques à affaiblir leurs systèmes de cryptage.

    Avec ces deux réformes, l’Australie a pris la tête des efforts mondiaux pour réguler davantage les géants des réseaux sociaux mais ces lois sont accusées par leurs détracteurs d’être des « lois réflexe » mal conçues.

    Elles interviennent quelques jours après une tribune du patron de Facebook Mark Zuckerberg appelant les pouvoirs publics dans le monde à jouer un « rôle plus actif » pour réguler Internet.


    Censure ?

    Dans le cadre de la réforme australienne, c’est un jury qui sera chargé d’établir sur plainte du ministère public si les réseaux sociaux ont retiré les contenus avec suffisamment de célérité, ce qui pose des questions quant à son application.

    Les outils actuels tels que le Content moderator API de Microsoft ne peuvent « pas classifier une image de manière automatique, sans parler d’une vidéo, relève Robert Merkel, de l’Université Monash. Il ne peut pas non plus identifier automatiquement les vidéos similaires à d’autres vidéos. »

    La législation pourrait être particulièrement problématique pour les plateformes plus petites utilisées par l’extrême droite comme 4Chan et 8Chan.

    Le Law Council, l’association des barreaux australiens, a mis en garde contre un texte qui pourrait servir à faire taire les lanceurs d’alerte et « déboucher sur la censure des médias, ce qui serait inacceptable ».

    Le cabinet d’études Institut des affaires publiques l’a qualifié « d’attaque flagrante contre la liberté de la presse ».

    L’Australie devrait désormais prendre des mesures visant à traiter les réseaux sociaux comme des éditeurs, ce qui les rendrait responsables juridiquement de tous leurs contenus.


    P

    Un juge néo-zélandais a ordonné hier l’expertise psychiatrique du tueur de Christchurch. L’Australien Brenton Tarrant, 28 ans, sera examiné par deux experts médicaux pour savoir « s’il est en mesure d’être jugé ou s’il est dément », a décidé le juge Cameron Mander au cours d’une brève audience. L’Australien est inculpé de 50 meurtres

    et de 39 tentatives de meurtre.

    Il comparaissait par vidéo depuis la prison de très haute sécurité d’Auckland, où il est à l’isolement.

    Le suspect est resté immobile tout au long de l’audience.

    Le tribunal ne lui a pas demandé de dire s’il comptait plaider coupable ou non coupable. Le tueur a limogé son avocat commis d’office après sa première comparution le 16 mars, ce qui a fait craindre qu’il veuille se défendre lui-même et se servir de son procès comme plateforme de propagande. Toutefois, deux avocats d’Auckland, Shane Tait et Jonathan Hudson, étaient présents durant l’audience pour le représenter.

    Surveillé en permanence

    La Première ministre Jacinda Ardern a répété à plusieurs reprises que la tuerie de Christchurch était un « attentat terroriste ». Le ministère public pourrait vouloir qualifier l’accusé de terroriste afin de montrer que l’extrémisme de droite est tout aussi dangereux que l’extrémisme islamiste.

    L’administration pénitentiaire avait révélé le mois dernier que Tarrant était séparé des autres détenus et qu’il était surveillé en permanence, directement par les gardiens ou par vidéo. Il n’a pas accès à la télévision, à la radio, aux journaux et n’a pas droit aux visites. En cas de condamnation, il est vraisemblable qu’il reste à l’isolement afin de lui épargner d’éventuelles représailles de codétenus à majorité polynésiens. 24 personnes sont toujours hospitalisées, dont quatre dans un état critique.

    U

    Repères


    Facebook réplique

    Secoué par le scandale né de la diffusion en direct de l’attaque de Christchurch, Facebook travaille sur des moyens de censurer les vidéos d’attentat sur sa plateforme Live, mais ne compte pas pour autant

    diffuser en différé, a

    annoncé Mark Zuckerberg, jeudi. Différer les diffusions des lives « nuirait fondamentalement à ce que représente le streaming en direct pour les gens », a-t-il assuré lors d’une interview sur ABC News. « La plupart des gens diffusent en live quand ils sont, par exemple, à une soirée d’anniversaire ou avec des amis », a-t-il plaidé. Retarder les diffusions de vidéos en direct pour donner plus de temps aux modérateurs de repérer un contenu problématique, « aurait pu » permettre de limiter le nombre de vues de l’attaque, a toutefois reconnu Mark Zuckerberg.


    Des dons en France

    Le mouvement d’extrême droite radical français

    Génération Identitaire a reçu deux dons du tueur de Christchurch en septembre 2017 d’un montant total de 1 000 euros (120 000 francs), a-t-on appris jeudi. L’enquête a révélé que Tarrant avait effectué plusieurs séjours en Europe qui ont nourri sa radicalisation et son idéologie.

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