Pacifique
  • | Crée le 27.02.2017 à 04h25 | Mis à jour le 28.02.2017 à 10h00
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    Les plantes grandissent sur des substrats de fibres de noix de coco ou de rochevolcanique enrichis d’éléments nutritifs. Photo AFP
    AUSTRALIE. C’est l’une des solutions du maraîchage de l’avenir : des serres où tomates et fraises rougissent, sans pesticide, sous le pilotage d’un ordinateur.

    Sans énergie fossile, sans insecticide chimique, sans eau douce, la ferme solaire de Sundrop Farms en Australie, lancée fin 2016, fait sortir des tomates du désert grâce à deux ressources naturelles gratuites, le soleil et l’eau de mer, dans un complexe unique au monde.

    Son constructeur, la société néerlandaise Van der Hoeven, l’a présentée début février au salon Fruit Logistica de Berlin. Avec le danois Al Borg, ils ont créé une ferme de 200 000 mètres carrés de serres de verre, entourée de 22 000 miroirs. Ceux-ci attirent les rayons du soleil en les concentrant au sommet d’une tour, sorte de bouilloire géante. Portée à 800 degrés, l’eau de mer se dessale. La vapeur d’eau, sans cesse réutilisée, sert aussi bien à alimenter une turbine qui génère de l’électricité, qu’à rafraîchir la serre et à irriguer les plantes. Celles-ci grandissent sur des substrats de fibres de noix de coco ou de roche volcanique enrichis d’éléments nutritifs.

    Moins de traitements

    Ces serres sont vendues sous toutes les latitudes : des steppes du Kazhakstan à Hiroshima au Japon, où un projet de 12 hectares doit voir le jour en septembre. Là-bas, l’enjeu est de déshumidifier, grâce à l’utilisation de matériaux hygroscopiques, des sortes d’éponges.

    Au Mexique, dans une zone tropicale où l’humidité et les maladies afférentes obligeaient à un traitement chimique par jour en plein champ, les serres ont fait tomber la fréquence des traitements à un par mois, explique Antoine Lepilleur, président de Richel Equipement, premier constructeur français de serres. « Avec le changement climatique, on voit plus d’événements extrêmes, des pluies en pleine saison sèche dans des zones où il ne pleuvait jamais. Tout un système de production peut s’effondrer d’un coup », selon lui.

    Dans le sud de la France, Vincent Clément, jeune producteur de tomates en agro-écologie, s’est converti au système Van der Hoeven. « C’est une révolution comme on n’en a pas eu depuis 25 ans et comme on n’en aura pas d’ici 25 ans », indique-t-il. Elle évite les traitements insecticides.

    Un écosystème

    Quasi-hermétique, l’intérieur est maintenu en surpression, ce qui freine les entrées d’insectes extérieurs, ravageurs des plantes. Les besoins en fongicides sont réduits car le climat sous serre est géré au dixième de degré par ordinateur, alimenté par une chaudière biomasse, en fonction des données météo. Et pas de traitement des racines, car les plants sont obtenus par greffage. Sous les serres, un écosystème complexe se crée grâce à l’introduction d’une dizaine d’insectes utiles. Les bourdons assurent la pollinisation. Les punaises aspirent les araignées.

    Mais, à raison d’un million d’euros (120 millions de francs) d’investissement par hectare, le jeu en vaut-il la chandelle ? « Nous avons encore du mal à expliquer le concept aux consommateurs, et à attirer une plus-value sur la vente de nos tomates, reconnaît le maraîcher. Et pourtant elles ont moins de pesticides et plus de goût grâce aux sélections variétales pointues de nos semenciers. »

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