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  • Pauline Froissart/AFP | Crée le 13.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 13.04.2019 à 04h25
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    Le président équatorien Lenin Moreno avait fait retirer la citoyenneté équatorienne accordée à Assange, avant son arrestation à Londres. Photo AFP
    WikiLeaks. L’Australien a été arrêté jeudi matin à Londres et reconnu coupable par la justice britannique d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire.Il entend contester la demande d’extradition de Washington qui veut le juger et le considère comme une menace pour sa sécurité.

    Julian Assange s’était réfugié en 2012 à ambassade d’Equateur à Londres pour éviter d’être extradé vers la Suède, où il était accusé de viol, un dossier depuis classé. Il en a été extrait de force jeudi matin par des policiers habillés en civil qui l’ont porté jusqu’à un fourgon de police. Apparaissant vieilli et affaibli, cheveux longs blancs et barbe hirsute, selon une vidéo réalisée par l’agence Ruptly TV, il s’est écrié : « Le Royaume-Uni doit résister », selon l’auteure de la vidéo.

    L’Australien de 47 ans a été arrêté en vertu d’une demande d’extradition américaine pour « piratage informatique », qui sera examinée au cours d’une audience le 2 mai, et d’un mandat délivré en juin 2012 par la justice britannique pour non-présentation au tribunal, un délit passible d’un an de prison.

    Il va « contester et combattre » la demande d’extradition, a déclaré à des journalistes après sa comparution son avocate Jennifer Robinson, pour qui son arrestation « crée un dangereux précédent pour les organes de presse et les journalistes » dans le monde. Un autre de ses avocats, l’Espagnol Baltasar Garzon, a affirmé que son client faisait l’objet d’« une persécution politique » de la part des Etats-Unis.

    L’Australien est inculpé aux Etats-Unis d’association de malfaiteurs en vue de commettre un « piratage informatique », passible d’une peine maximum de cinq ans de prison, a révélé jeudi le ministère américain de la Justice. Il est accusé d’avoir aidé l’ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret défense.


    « Décision illégale »

    M. Assange a comparu jeudi en milieu de journée dans une salle d’audience du tribunal de Westminster, à Londres, vêtu de vêtements foncés, esquissant un salut, pouce levé, en direction de la presse, avant de se plonger dans un livre. Le juge Michael Snow l’a qualifié de « narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt » et l’a déclaré coupable de violation des conditions de sa liberté provisoire. Sa peine sera rendue à une date ultérieure non précisée.

    Son arrestation a provoqué un branle-bas de combat chez ses soutiens qui ont qualifié d’« illégale » la décision de l’Equateur et les conditions de cette arrestation.

    Sur Twitter, WikiLeaks a reproché à ce pays sud-américain d’avoir « illégalement mis fin à l’asile politique accordé à Julian Assange, en violation du droit international », et d’avoir « invité » la police britannique dans l’enceinte de l’ambassade.

    Moscou a accusé Londres d’« étrangler la liberté », tandis que le président bolivien Evo Morales, figure de la gauche radicale latino-américaine, a estimé qu’il s’agissait d’une « violation de la liberté d’expression ».

    Pour l’ex-président équatorien Rafael Correa, cette arrestation relève d’« une vengeance personnelle du président Lenin Moreno, parce que WikiLeaks a publié il y a quelques jours un cas de corruption très grave ». Il s’agit, a affirmé l’ex-chef d’Etat, de la révélation par le site WikiLeaks de « l’existence d’un compte secret au Panama, à la Balboa Bank », au nom de la famille Moreno.


    « Justiciable comme les autres »

    Lenin Moreno a, lui, défendu le retrait de l’asile accordé à Julian Assange, une décision présentée comme « souveraine » et prise « après ses violations répétées des conventions internationales et des protocoles de la vie quotidienne ». La nationalité équatorienne, qui lui avait été accordée en 2017, lui a également été retirée.

    « Il n’a respecté aucune de ses obligations et cela a obligé l’Equateur à mettre en vigueur en octobre dernier un protocole spécial sur la cohabitation dans une ambassade […], il a continué à enfreindre ce protocole », a déclaré l’ambassadeur d’Equateur à Londres, Jaime Marchan.

    Le gouvernement britannique s’est attaché, de son côté, à présenter Assange en justiciable comme les autres. « Personne n’est au-dessus des lois », a déclaré la Première ministre Theresa May. Le secrétaire d’Etat britannique pour l’Europe et les Amériques, Alan Duncan, a assuré que « ses droits n’ont pas été violés » et que tout avait été fait « dans le respect du droit international ».


    P

    L'arrestation de Julian Assange par la police britannique jeudi à l'ambassade d'Equateur à Londres vient mettre fin à une période de presque sept ans au cours de laquelle il a vécu reclus, privé de compagnie, d'activité physique et de lumière naturelle. L'Australien de 47 ans, dont la santé physique et psychologique s'est dégradée au cours de cet enfermement volontaire, est apparu affaibli, le visage fatigué. Sa dernière apparition publique remontait à mai 2017, au balcon de l’ambassade.

    A l'intérieur, l'ancien hacker avait dû composer un semblant de chez-soi dans une pièce de 18 mètres carrés, comprenant un lit, une douche, un ordinateur et un micro-ondes. Il avait divisé cet espace en deux, entre un bureau et un espace de vie, où il tentait de faire un minimum d'exercice physique grâce à un tapis roulant de course. Il disposait également d'une lampe à UV pour compenser le manque de lumière.

    Occasionnellement, il recevait la

    visite de journalistes, diplomates

    ou célébrités lui ayant publiquement apporté leur soutien.

    Peu à peu, ses relations avec les autorités équatoriennes s’étaient détériorées. L’an dernier, Quito avait coupé son accès à Internet et à un téléphone portable.

    Même le chat qu’il avait reçu en 2016 était devenu un sujet de discorde, après qu’il lui avait créé un compte Twitter sous l’avatar@EmbassyCat, qui relayait des messages ironiques. Les autorités s’inquiétaient pour « le bien-être et l’hygiène » apportés au chat, et avertissaient que l’animal pourrait être envoyé dans un refuge.

    R

    Repères


    10 millions

    WikiLeaks se fait connaître du grand public en 2009 avec la publication de milliers de messages de bipeurs envoyés aux Etats-Unis le 11 septembre 2001. L’ONG, fondée en 2006 par Assange, permet de mettre en ligne des documents sans être identifié. Elle va crescendo publiant des milliers de documents militaires sur l’Afghanistan. Le 28 novembre 2010, WikiLeaks révèle, avec l’aide de cinq grands médias (The New York Times, The Guardian, Der Spiegel, Le Monde, El Pais), plus de 250 000 documents secrets révélant les dessous de la diplomatie américaine. Assange devient alors l’ennemi public numéro un aux Etats-Unis. Au total, le site revendique avoir publié « plus de 10 millions de documents » concernant la finance, le divertissement ou la politique.


    Arrestation

    L’Equateur a arrêté jeudi une personne « proche » d’Assange accusée d’avoir « participé aux tentatives de déstabilisation du gouvernement ». Ce collaborateur du site WikiLeaks « travaillait de manière proche » avec l’ex-ministre des Affaires étrangères, Ricardo Patiño, du précédent président Correa, ainsi qu’avec « deux hackers russes qui vivent aussi en Equateur »,

    a annoncé la ministre de l’Intérieur Maria Paulo Romo.


    Enquête suédoise

    En Suède, la femme qui accuse Assange de viol compte demander la réouverture de l’enquête,

    a déclaré jeudi son avocate.

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