Pacifique
  • Ayee Macaraig/AFP | Crée le 17.11.2018 à 04h25 | Mis à jour le 17.11.2018 à 04h25
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    Du point de vue des autorités, le sommet est un coup de projecteur rare sur le plus pauvre des 21 pays de l’Apec : plus d’un tiers des 8,5 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté. A Port Moresby, la moitié des 300 000 habitants vit dans des bi
    papouasie-Nouvelle-Guinée. Port Moresby a bénéficié d’un lifting impressionnant pour accueillir ce week-end les dirigeants de l’Apec. Mais nombre des habitants restent à convaincre du bien-fondé d’un tel sommet et de ses retombées concrètes.

    A Holola, une banlieue de la capitale papoue, certains ne cachent pas leur ignorance quant aux enjeux de ce rendez-vous annuel de la Coopération économique Asie-Pacifique. Pas plus que leur scepticisme quant à ce qui restera, pour eux, de ce grand raout, une fois partis les dirigeants des 21 nations membres.

    « On va devenir riches avec l’Apec ? Aussi riches que les autres pays ?, s’interroge Hariette Jack, 68 ans. Il y a de la route à faire. » Aidée dans les grandes largeurs par la Chine, la Papouasie-Nouvelle-Guinée s’est dotée de nouveaux centres de convention, de quatre-voies toutes neuves et d’une nouvelle promenade sur le front de mer. Elle a aussi déclenché la polémique en achetant quarante Maserati et des Bentley en vue du sommet organisé ce week-end.


    Pas les moyens d’aller à l’école

    Des dépenses qui posent la question des priorités, au moment où le pays de 8 millions d’habitants fait face à une résurgence de la polio et peine à payer ses enseignants.

    « Accueillir ce sommet, c’est prendre un gros risque », explique Jonathan Pryke, de l’Institut Lowy, un think tank australien. « Il a poussé le pays jusqu’à la limite, tant au niveau des capacités de ses fonctionnaires qu’en termes de coûts. » Cette année, l’Apec se penche sur les technologies numériques, un comble dans un pays où le taux de pénétration de l’Internet est largement inférieur à la moyenne mondiale. Le gouvernement a décrété une journée de vacances scolaires en amont du sommet, hier. Mais à Holola, nombre d’habitants n’ont de toute façon pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école.

    « Nous savons que des personnes importantes vont arriver, comme des présidents et des Premiers ministres. Alors on espère quand même que cela entraînera pour nous une amélioration, confie Freddie Mupa, un enseignant. C’est fou parce que ça fait quand même beaucoup d’argent dépensé. »

    Pour faciliter les trajets entre les différents lieux du sommet, les participants et les journalistes peuvent compter sur les rotations régulières de bus tellement neufs que leurs sièges sont encore protégés par du papier bulle. Les habitants de Port Moresby doivent, eux, s’en remettre à des minibus cabossés.


    Une fois dans la vie

    Pourtant, certains sont enthousiastes quant à l’impact d’un coup de projecteur que n’avait jamais connu le pays. « Cela n’arrive qu’une fois dans la vie, alors nous sommes très reconnaissants que cet événement se tienne chez nous, assure Jesset Gilimusi, un enseignant. Nous avons beaucoup de problèmes, mais il faut les mettre de côté quand on a la chance de vivre. »

    Une attitude dans la veine de celle du Premier ministre, Peter O’Neill, qui a exhorté les habitants comme les visiteurs à « oublier les Maserati et à profiter du pays ».

    Le chef du gouvernement ne cesse d’affirmer qu’un tel événement ne peut que bénéficier au pays tout entier. Hier, M. O’Neill accueillait son plus éminent visiteur, le président chinois Xi Jinping. Si l’aide financière de Pékin a été capitale, elle ne manque cependant pas d’inquiéter certains habitants de la capitale. « Je crois qu’elle va être un poids pour nous. Si c’est un cadeau désintéressé, ça va. Mais si nous devons rembourser, ça va faire beaucoup », redoute Otto James, un ingénieur.

    Il sera probablement question lors du sommet de la guerre douanière entre Washington et Pékin et des échanges commerciaux entre les nations du Pacifique. Autant de sujets que les habitants estiment bien loin de leur quotidien.


    P

    « Nous n’avons pas assez de chambres d’hôtel pour accueillir toutes les délégations », concédait récemment Justin Tkatchenko, ministre papou responsable de la préparation de l’Apec. De plus, Port Moresby est une ville dangereuse. Sur 140 capitales, seules Karachi, Lagos, Dacca et Damas seraient pires. Alors comment, dans ces conditions, loger ce week-end les 15 000 participants au sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (Apec) ? En faisant venir d’Australie trois 245 mètres, le Pacific Jewel, qui accueille notamment des journalistes, domine de ses 14 ponts les quelques tours du petit Central Business District (CBD, « quartier des affaires ») de Port Moresby. Il offre à lui seul une capacité de plus de 2 000 passagers qui ne sont pas tous logés à la même enseigne, de l’étroite cabine sans fenêtre mais avec des rideaux masquant le mur à la suite avec balcon donnant sur la mer.

    Ville flottante

    Les paquebots furent une évidence, assure David Jones, porte-parole de Carnival Australia, spécialiste des croisières. « Il n’y avait pas moyen de fournir sur terre autant de chambres, et ces paquebots sont un prolongement de notre relation avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée », explique M. Jones. Pas besoin de s’aventurer à l’extérieur : le Pacific Jewel est une ville qui propose bars et restaurants, spa, son mur d’escalade, cabinet médical et laverie automatique. Un lieu plus facile aussi à sécuriser. Deux navires de guerre mouillent à moins d’un kilomètre.

    Toutefois, le vice-président américain Mike Pence ira dormir ce soir dans la ville australienne de Cairns et le président chinois Xi Jinping et sa délégation disposeront d’un hôtel dédié à terre.

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