Pacifique
  • Bertrand Prévost/ La Dépêche de Tahiti | Crée le 11.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 12.05.2019 à 17h29
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    Les chercheurs ont mis au jour de nouvelles espèces, endémiques aux profondeurs polynésiennes, et dont la fonction reste à déterminer. Photo DR
    Polynésie française. Après dix ans de recherches et trois campagnes sur les fondssous-marins, les scientifiques ont dévoilé les premiers résultats de leurs études. Il existe bien une faune dans l’environnement des terres rares. Endémique et fragile.

    Que trouve-t-on dans les fonds marins profonds ? Des équipes du Muséum national d’histoire naturelle (Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité - MNHN - SU - CNRS - EPHE) et de l’IRD ont mené trois campagnes océanographiques dédiées à l’exploration de la faune dans ces zones méconnues en Polynésie française entre 1998 et 2009. Le résultat de leurs recherches vient d’être publié dans la revue Scientifc Reports, un état des lieux essentiel sur la biodiversité présente dans ces habitats très peu visités par l’homme.

    Les reliefs sous-marins profonds de la région présentent des encroûtements épais et riches en métaux d’intérêt économique, que l’on appelle des terres rares (lire l’encadré). Ces milieux isolés peuvent ressembler à des déserts océanographiques. Ils sont cependant caractérisés par une biodiversité, discrète et originale, qui ne peut être mise en évidence par les techniques habituelles d’imagerie sous-marine.

    Aussi, de nombreux animaux marins ont été récoltés et déposés dans les collections du Muséum avant d’être identifiés par des spécialistes.

    Cette source unique de données a permis d’établir une liste de 471 espèces dont 169 nouvellement décrites. Les organismes récoltés sont généralement en faible abondance et de petites tailles. Ce qui fait dire aux scientifiques que ces milieux sont fragiles.

    Résidus miniers

    « Bien que cet inventaire soit incomplet, nous démontrons que les eaux profondes de la Polynésie française abritent des espèces endémiques uniques. Ces résultats devraient donc être pris en compte dans l’évaluation de l’impact attendu des activités minières sur les biologiques, expliquent les chercheurs en préambule. Dans un tel état de connaissance, l’exploration des ressources en eaux profondes nécessite plus de données sur la diversité biologique. »

    Toujours selon les chercheurs, les activités minières modifient en effet de manière critique les habitats, à la fois en éliminant les substrats sur lesquels vivent les organismes et en modifiant les facteurs environnementaux. Elles sont généralement associées à la libération de résidus, ce qui entraîne une augmentation du taux de sédimentation, de quoi affecter les communautés biologiques adaptées à ce milieu fragile.

    Un rôle mal connu

    Les environnements d’eaux profondes restent l’un des écosystèmes les moins connus. La forte proportion d’espèces nouvellement décrites, ainsi que la quantité de matériel restant à examiner soulignent combien de diversité reste à explorer pour ces environnements dans ces zones reculées. Le rôle de ces espèces rares est encore mal compris, mais elles peuvent endosser des fonctions originales et sont plus susceptibles de disparaître. Leur perte pourrait donc avoir un impact important sur le fonctionnement de l’écosystème.

    Les explorations océaniques en Polynésie devraient se poursuivre pour continuer à répertorier ces espèces et comprendre les interactions dans l’écosystème sous-marin. Une découverte qui pourrait mettre un coup de frein, voire un coup d’arrêt définitif, aux campagnes potentielles d’extraction de terres rares dans les sous-sols sous-marins de la région.

    Indispensables pour les nouvelles technologies

    Les terres rares désignent 17 métaux : le scandium, l'yttrium, et les quinze lanthanides. Ces matières minérales aux propriétés exceptionnelles sont utilisées dans la fabrication de produits de haute technologie. Avec le boom du numérique, les terres rares sont considérées comme des métaux stratégiques. Elles entrent dans la composition des batteries de voitures électriques et hybrides, des LED, des puces de smartphone, des écrans d'ordinateurs portables, des panneaux photovoltaïques, des éoliennes…

    L'industrie de la défense a aussi recours à ces métaux dans la fabrication de capteurs de radars et de sonars ou de systèmes d'armes et de ciblage.

    Problème : l'extraction et le traitement des terres rares produisent des déchets toxiques. A cause de l'impact environnemental, de nombreux pays ont arrêté les exploitations. Aujourd'hui, la Chine assure l'essentiel de la production mondiale. Mais face à la flambée des prix, les Etats-Unis ont décidé de réactiver la mine de Mountain Pass, le Canada, l'Australie et l'Afrique du Sud multiplient les projets d'extraction et de prospection, y compris dans les fonds marins du Pacifique.

     

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