Pacifique
  • Bertrand Prévost/ La Dépêche de Tahiti | Crée le 13.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 13.04.2019 à 04h25
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    Teva Rohfritsch (à g.), le vice-président du fenua, voulait restructurer la filière. Il a peut-être provoqué un trou d’air dont les perliculteurs vont souffrir plusieurs années.Photo La Dépêche de Tahiti
    Economie. Rien ne va pluschez les perliculteurs polynésiens. La nouvelle loi censée restructurer la filière semble avoir provoqué une cassure dans le marché.

    Récemment, deux ventes aux enchères de perles de culture de Tahiti ont été menées par le GIE Poe o Rikitea. Deux ventes qui se sont avérées catastrophiques, avec un prix moyen de 555 francs le gramme. Une descente des cours qui ne s’était plus produite depuis onze ans. Nombre de producteurs voient se profiler le spectre de nouvelles années noires. La faute, selon eux, à la loi de Teva Rohfritsch de 2017, entrée réellement en action en fin d’année dernière, qui autorise désormais la vente des rebuts et a institué une nouvelle classification des perles.


    De 1 200 à 555 francs

    Une situation qui aurait créé le départ massif de rebuts vers l’étranger, saturant le marché et cassant le prix au gramme de la gemme. « La dernière vente s’est conclue à hauteur de 555 francs le gramme, explique Mia Williams, présidente du Syndicat des Petits et Moyens Perliculteurs de la Polynésie française (SPMPPF). Ce n’était plus arrivé depuis 2008 alors que la perle se vendait encore en fin d’année dernière à hauteur de 1 200 francs le gramme. » A ses côtés, Marcelle Williams, présidente du GIE Toa Reva complète : « Depuis la loi de 2017, tout est commercialisable, y compris les rebuts. Les prix bas sont liés aux tonnes de rebuts mis sur le marché. Des stocks de perles avec moins de 0,8 mm de nacre sont achetés pour rien. Comme il n’y a plus de contrôles sur la qualité de la nacre, tout peut se vendre. Les bijoutiers chinois travaillent ensuite ces perles de mauvaise qualité, pour les remettre sur le marché avec l’appellation Perle de culture de Tahiti. »

    Il semblerait que depuis l’arrêt de la destruction des rebuts, et la fin des contrôles sur la qualité de la nacre, des perliculteurs aient profité de l’absence de l’installation du Conseil de la perle pour écouler leurs stocks en masse.


    Plus de traçabilité

    Pour mémoire, c’est ce conseil de la perle, composé de différents représentants du secteur, qui doit statuer, non plus sur les quantités et la qualité à exporter, mais sur les quantités à produire, afin de contrôler la filière à sa base.

    « Aujourd’hui, le marché est saturé, poursuivent les deux perlicultrices. Les quotas de production ne sont toujours pas arrêtés, et en attendant, les rebuts sont commercialisables. Cette phase de transition va faire beaucoup de tort. »

    Aline Baldassari-Bernard, du Syndicat professionnel des producteurs de perles, n’a pas la même lecture. « Les cours sont assez bas, c’est vrai, mais ce sont les Chinois qui font baisser les prix et le yen n’est pas au meilleur de sa forme. Dire en revanche que les cours s’effondrent à cause d’exportations massives de perles de basse qualité est totalement faux. Il y a au contraire plus de traçabilité. Prochainement, nous aurons des quotas de production. Le conseil doit d’ailleurs se réunir prochainement. Enfin, nous saurons combien nous produisons de perles chaque année. Cela n’était jamais arrivé. »

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