Nouvelle Calédonie
  • Philippe Frédière | Crée le 24.10.2016 à 08h38 | Mis à jour le 24.10.2016 à 08h38
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    Les votants ont encore quelques mois pour tenter d’y voir clair dans la stratégie des candidats potentiels avant de passer dans l’isoloir. Photo Archive LNC
    POLITIQUE. Gomès, Dunoyer, Backès, Santa, Martin, Ligeard, plusieurs élus loyalistes sont déjà en précampagne en vue des législatives de juin 2017. Avec, pour l’heure, une certaine confusion chez Les Républicains.
    • Pacte

    Malgré le pacte de non-agression conclu entre Pierre Frogier et Philippe Gomès sur les grands sujets liés au corps électoral et à la préparation de 2018, le ton est de plus en plus vif entre les élus du groupe Les Républicains et ceux de Calédonie ensemble depuis quelques mois. C’est que l’approche des élections législatives, des 11 et 18 juin 2017 aiguise les appétits et exacerbe les rivalités.
    Il apparaît désormais clairement que les deux formations vont s’affronter lors de ces échéances. Il n’y aura pas d’entente, ce que les différents partis indépendantistes savent en revanche très bien faire.

    • Républicains contre Républicains

    Mais au-delà, au sein même des Républicains, il pourrait bien y avoir des candidatures concurrentes. En juillet dernier, quatre personnes avaient postulé à Paris à l’investiture Les Républicains en vue des élections législatives.
    Il s’agissait de Thierry Santa, Harold Martin et Cynthia Ligeard dans la deuxième circonscription (toute la Grande Terre et Bélep, sauf Nouméa). Et de Sonia Backès dans la première circonscription (Nouméa, les Loyauté et l’Île des Pins).
    À l’époque, Nicolas Sarkozy était le président national des Républicains. Il souhaitait couper la poire en deux et voir un candidat Rassemblement-LR, et un candidat Les Républicains, mais non Rassemblement, se partager les investitures. Un souhait que Pierre Frogier semblait partager avec un enthousiasme très modéré.

    • Electrons libres

    Un souhait qu’il ne semble plus partager du tout. Les tiraillements sont nombreux et vifs au sein du groupe Les Républicains du Congrès. Il y a le camp des historiques, venus du noyau dur du Rassemblement, et qui partagent les vues de leur président sur la nécessité de trouver un troisième accord avant d’aller au référendum.
    Et puis le camp des électrons libres (Martin, Backès, Bernut) qui n’ont ni tout à fait les mêmes idées ni tout à fait les mêmes visées. Dans ces conditions, le sénateur et patron du Rassemblement verrait d’un bon œil Thierry Santa candidater dans la circonscription de Nouméa et des îles, et Cynthia Ligeard aller ferrailler dans la deuxième circonscription.

    • Précampagne

    C’est ainsi qu’en ce moment, nombre de personnes sont en situation de précampagne. Dans la circonscription de Nouméa et des Loyauté, Sonia Backès multiplie les réunions semi-publiques et les contacts avec les décideurs. Dans son entourage, on laisse entendre que, investiture ou pas, elle ira. Même chose du côté d’Harold Martin dans la deuxième. Le maire de Païta 
    enchaîne les déclarations fortes, et affiche clairement la couleur sur 
    internet. Les historiques du Rassemblement ont entamé eux aussi une série de réunions publiques. Thierry Santa et Cynthia Ligeard en figures de proue. À Calédonie ensemble, Philippe Gomès n’a pas 
    attendu l’approche de 2017 pour aller régulièrement labourer le terrain dans l’immense deuxième circonscription. 
    Il enchaînait ces derniers jours les réunions dans le Nord. Philippe 
    Dunoyer a lui aussi entrepris des soirées semi-publiques à Nouméa. Il y a aussi les possibles candidatures de Gaël Yanno et Gil Brial. Sans compter l’éventuelle participation d’Alain Descombels, ex-compagnon de route de Philippe Gomès et d’Harold Martin, devenu un farouche opposant à la politique économique du gouvernement. On en serait donc à trois, voire quatre candidats dans chaque circonscription, pouvant se réclamer de la droite et du centre

    • Présidentielle

    Dans cette situation passablement confuse, que feront les états-majors parisiens ? Sans doute rien dans l’immédiat.
    Le jeu va certainement se clarifier à l’issue de la primaire pour l’élection présidentielle. Si Nicolas Sarkozy l’emporte, Pierre Frogier y trouvera un atout, mais sans doute pas suffisant pour museler les ambitions d’une Sonia Backès. Si c’est Alain Juppé, les candidats de Calédonie ensemble pourront faire valoir qu’ils le soutiennent. De toute façon cette formation se veut locale, transpartisane et n’attend pas d’investiture nationale.
    Bref, les enjeux sont complexes et les susceptibilités multiples. Du coup, les investitures pourraient tout simplement… Ne pas venir du tout. Après tout, la Calédonie 
    revendique son autonomie.

    Élections sénatoriales : l’entente forcée

    En 2017, les élections sénatoriales suivront de tout juste trois mois les législatives. Elles auront lieu le dimanche 24 septembre 2017 . Il y aura deux tours au cours de la même journée. Mais les règles du jeu sont très différentes puisqu’il s’agit d’un suffrage universel indirect.
    En Nouvelle-Calédonie, environ 550 grands électeurs seront appelés à voter lors des deux tours pour deux candidats. Ces grands électeurs sont les élus provinciaux, les maires, les parlementaires, certains élus municipaux et, dans les grandes mairies, des personnes désignées par les conseils municipaux. En clair, ce sont des acteurs politiques, ou à tout le moins, des militants. Par conséquent les rapports de force sont connus d’avance. 
    Lors des dernières élections sénatoriales, en 2011, le Rassemblement était le poids lourd et ses deux candidats, Pierre Frogier et Hilarion Vendegou avaient été élus aisément au deuxième tour malgré le maintien des candidats de Calédonie ensemble et des indépendantistes.
    Mais depuis les élections municipales de 2014, les cartes électorales des sénatoriales ont été rebattues. Calédonie ensemble et Les Républicains ont dans la main un nombre de grands électeurs quasiment identique (un peu plus de 130). Sonia Lagarde, en délicatesse avec son parti, peut compter sur une cinquantaine de personnes. L’UCF en a 27, et le camp indépendantiste en compte environ 200.
    Conséquence, les différentes familles du camp loyaliste sont condamnées à s’entendre sur un ticket commun. Si le scénario de 2011 devait se répéter, avec sept candidats présents au second tour pour deux sièges, c’est le camp indépendantiste qui raflerait la mise.
    Il faut donc s’attendre à ce que, pour ce scrutin-là, Calédonie ensemble et les différentes sensibilités du camp des Républicains passent des alliances.

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