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  • Clara Molinas / Radio1 Tahiti | Crée le 03.11.2026 à 15h07 | Mis à jour le 03.11.2026 à 15h07
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    À Moorea, un projet vise à installer des parasols au-dessus de coraux, afin de leur faire de l’ombre et ainsi éviter leur blanchissement, voire leur mort. Photo Claire Boitel
    À Moorea, le projet To’a Shade vise à protéger les coraux du soleil avec des parasols en matière naturelle, dans le but de diminuer leur mortalité. Avant de les déployer, des tests sont réalisés avec de la fibre de coco et du pandanus tressé, afin de retenir le plus adapté, rapporte notre partenaire Radio1 Tahiti.

    Protéger les coraux avec les déchets verts : c’est le pari du projet To’a Shade, démarré il y a quelques mois par la post-doctorante du Criobe (Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement), Claire Boitel. Durant ses trois dernières années de thèse à Moorea, la chercheuse a en effet démontré qu’offrir de l’ombre aux coraux permet d’augmenter leur résilience et d’éviter leur blanchissement, voire de diviser leur mortalité par deux à quatre, selon les espèces.

    Une bonne nouvelle, alors qu’El Niño s’annonce particulièrement intense cette saison. Car lorsque le récif est soumis à une chaleur inhabituelle, une "canicule marine", ne serait-ce que de quelques degrés au-dessus des moyennes saisonnières pendant une période prolongée, le seuil de tolérance à la lumière des espèces sensibles de corail diminue. Les coraux expulsent alors leurs microalgues symbiotiques, les zooxanthelles, ce qui les fait blanchir et peut entraîner leur mort. Heureusement, tout n’est pas perdu quand le corail blanchit : si les conditions redeviennent normales assez vite, il peut réabsorber ses algues et retrouver sa couleur.

    Avec les parasols, Claire Boitel "ne veut pas bloquer la lumière, mais la réduire", explique-t-elle, car le corail en a quand même besoin pour sa photosynthèse. Et l’idée est de les fabriquer avec "des ressources et savoir-faire disponibles au fenua", pour "transformer cette avancée scientifique en un outil de protection des coraux, peu coûteux et facilement reproductible".

    Fibre de coco, kere et pandanus tressé

    La chercheuse expérimente trois matières : la fibre de coco, le kere (fibre de palme) et le pandanus tressé, afin de mesurer "leur capacité d’atténuation de la lumière et leur durabilité sous l’eau". Le meilleur matériau servira à installer 5 m² d'ombrage sur les pépinières du Criobe dès février, qui devrait être le mois le plus chaud de l’année.


    Si, pendant sa thèse, Claire Boitel a utilisé des toiles synthétiques en PVC microperforé, l’objectif est aujourd’hui de les remplacer par des matériaux naturels de type fibre de coco ou pandanus. Photo Claire Boitel

    Si les "premiers résultats sont prometteurs", Claire Boitel souhaite "accélérer la cadence". Avec le changement climatique, les espèces qui composent le récif, "particulièrement sensibles", pourraient disparaître, notamment les coraux branchus, "jouant un rôle écologique majeur en structurant les récifs et en créant des habitats pour de nombreux organismes".

    Les épisodes de températures anormalement élevées, de plus en plus fréquents, provoquent des vagues de blanchissement massives à l’échelle mondiale. "En 2019, ça a été le plus gros épisode de blanchissement jamais enregistré sur Moorea, et on a perdu 50 % de la couverture corallienne." Il s’agit de la quatrième vague de blanchissement mondial enregistrée, passant d’un évènement " tous les 25-30 ans à tous les 5-10 ans".

    Vers un guide pour la population

    To’a Shade doit aboutir à un livret d’instructions expliquant comment participer à la protection des récifs. Ainsi, dès qu’une canicule marine sera annoncée, il suffira de poser le dispositif au-dessus des espèces sensibles pendant les deux à trois mois de l’épisode.

    Claire Boitel cherche à mettre en place un "système qu’on sera capable de déployer à chaque fois en amont. Un outil d’urgence simple et abordable, reproductible dans les archipels et rapidement déployable sur des pépinières ou de petites zones récifales prioritaires, afin de protéger temporairement les coraux les plus vulnérables".

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