- Anthony Tejero | Crée le 16.07.2026 à 17h01 | Mis à jour le 16.07.2026 à 17h10ImprimerLes squashs et les patates douces vont-elles avoir bientôt des alternatives naturelles aux pesticides ? Photo CAP-NCRéduire "la dépendance aux pesticides", si ce n’est éradiquer ces intrants chimiques dans la culture de la patate douce et des squashs. C’est tout l’enjeu de Parsanova, un nouveau projet qui réunit agriculteurs et scientifiques, pour tenter de trouver des alternatives naturelles et adaptées au pays, afin de lutter contre les ravageurs de ces deux cultures. Explications.
Pourquoi utiliser des pesticides ?
En agriculture, les pesticides, qui sont de plus en plus décriés pour leurs effets potentiellement nocifs sur la santé humaine et souvent délétères sur les écosystèmes, sont le plus généralement utilisés pour protéger les cultures contre les insectes dits nuisibles ou les maladies, afin de maintenir un niveau élevé de rendement.
En Nouvelle-Calédonie, l’ennemi numéro 1 de la patate douche est le charançon, que les experts appellent le Cylas formicarius. Derrière ce nom savant se cache un redoutable ravageur qui peut réduire à néant les récoltes en piquant les tubercules pour pondre à l’intérieur, ce qui rend le goût amer et la production impossible à commercialiser.
En ce qui concerne les squashs, l’espèce dans le viseur est le thrips, un insecte minuscule s’attaquant tant aux feuilles, qu’aux fleurs et aux fruits, ce qui crée des déformations et rend ces courges, là encore, impossibles à vendre et encore moins à exporter. Par ailleurs, pour cette culture, les agriculteurs utilisent également des pesticides afin de désherber leurs parcelles.
En quoi consiste le projet ?
Parsanova*. Encore un acronyme des plus complexes pour un projet à la philosophie simple : tenter de réduire la dépendance aux pesticides. Et ce, en développant et expérimentant plusieurs alternatives naturelles et plus durables qui pourraient permettre de réduire drastiquement, si ce n’est d’arrêter d'utiliser ces produits phytosanitaires. Pour ce faire, Parsanova réunit autour de cette question chercheurs, producteurs et institutions, à commencer par la Chambre d'agriculture et de la pêche (CAP-NC), qui pilote cette initiative lancée en novembre 2025 pour une durée de trois ans.
"Dans un monde idéal, si on arrive à avoir zéro pesticide, on sera contents, mais il faut continuer de pouvoir permettre aux producteurs de vivre convenablement et donc il faut que, économiquement, ce soit viable aussi pour eux", explique Sébastien Utard, ingénieur au pôle végétal de la CAP-NC.
Pourquoi se concentrer sur les patates douces et les squashs ?
Le choix de la Chambre d'agriculture ne doit rien au hasard. D’un côté, en se focalisant sur les squashs, le projet permet de toucher parmi les producteurs les plus importants du pays qui ont de vastes parcelles, en partie tournées vers l’export, et qui sont plus enclins, historiquement, à utiliser les produits phytosanitaires, dont les insecticides.
D’un autre côté, les patates douces concernent davantage de plus petites exploitations, souvent plus diversifiées. "C’est une culture qui réunit beaucoup de monde autour d’elle, parce que c’est une culture historique, avec beaucoup de petits projets qui existent et une volonté de développer la filière, explique Sébastien Utard. Il y a notamment des tests pour pouvoir faire des chips, des frites, etc. Mais le frein, c’est qu’on n’a jamais assez de production régulière parce qu’il y a un problème de ravageurs."
À titre d’exemple, pour les patates douces, des pyréthrinoïdes sont actuellement utilisés. Une substance à "spectre large" qui attaque les insectes plus largement que les seuls charançons.

Le projet Parsanova a été présenté à la presse ce jeudi 16 juillet, à Nouméa. Photo A.T.Les "fanes saines" cultivées en laboratoire seront-elles la solution ?
Les charançons se disséminent au sein des fanes, ce qui par conséquent peut contaminer rapidement les futurs plants de patates douces lors des replantations, lorsque ces feuilles sont déjà porteuses notamment. C’est pourquoi les équipes de Parsanova travaillent en laboratoire à produire de jeunes plants "sains" grâce à la technique de la production "in vitro". Ces plants de patates douces sont multipliés en laboratoire stérile afin de les faire ensuite grandir dans une pépinière à l’abri des insectes.
"Quand on fait une parcelle agricole, on a différents facteurs qui vont impacter la plantation : des ravageurs, des virus qui peuvent être dans le sol, des bactéries, des champignons, etc. Le but d’un vitro-plant, c’est de prendre un plant qui vient de l’extérieur, le stériliser, le désinfecter, le mettre en culture et le reproduire, détaille Mathieu Favoreu, technicien chez Aurapacifica. On envoie ensuite ce matériel végétal sous forme d’échantillons à l’étranger en Nouvelle-Zélande ou en Europe, car cette technologie est trop coûteuse pour exister ici. Ce matériel y sera analysé pour savoir si ces plants ont des virus ou s’ils sont sains."
L’objectif est de produire 30 000 plants sains dès cette année, puis 100 000 par an dès 2027. Des plants qui, une fois poussés en pépinière, seront redistribués aux producteurs partenaires.
Les champignons remplaceront-ils les insecticides ?
La recherche scientifique universitaire est également associée à ces travaux pour tenter, en parallèle de la culture in-vitro, de développer d’autres alternatives naturelles pour éradiquer les ravageurs de ces deux cultures. Objectif : identifier des champignons dits entomopathogènes qui vont tuer ces nuisibles et ainsi limiter, voire éradiquer les infestations. "Il s’agit d’isoler ces champignons sur des cadavres de charançons, pour voir si on arrive à les cultiver et s’il s’agit d’espèces nouvelles ou déjà connues dans le monde, mais naturellement localement présentes et adaptées à nos contraintes climatiques et environnementales spécifiques", résume Valérie Burte, professeure à l’université, qui espère apporter les premiers résultats de ce travail de "recherche fondamentale", avant 2028.
Comment mettre en pratique ces expérimentations ?
Ces techniques expérimentales seront mises en pratique sur plusieurs fermes pilotes basés dans le Grand Sud, à Boulouparis, La Foa, Koné et Maré. "On va regarder toute l’exploitation : son fonctionnement, ses coûts de production, son évolution, etc., et on va faire chaque année un diagnostic pour voir quels leviers mettre en place afin de limiter les infestations et donc les utilisations de pesticides, tout en gardant un revenu qui soit comptable", détaille Sébastien Utard, qui juge bon de préciser que l’objectif est de maintenir également les prix de vente pour le consommateur.
Quel financement ?
Le projet Parsanova représente un budget de 186 millions de francs pour la période 2025-2028, financé à 80 % par l’État, via le ministère de l’Agriculture.
Note
*Parsanova : plan d’action pour la réduction de substance active et le développement en culture de patate douce et squash.
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