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    Nouvelle Calédonie
  • Julien Mazzoni | Crée le 26.06.2026 à 17h39 | Mis à jour le 26.06.2026 à 18h29
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    Dans la campagne provinciale, plusieurs listes promettent de soulager les entreprises. Reste à savoir comment financer les comptes sociaux et les services publics. Photo archives LNC / Julien Mazzoni
    Baisser les charges, alléger les impôts, soutenir les entreprises… Les promesses de campagne se multiplient dans la course aux provinciales. Mais comment est-il possible de continuer à aider le tissu économique sans mettre en danger les comptes sociaux, déjà fragilisés par la crise ? Éclairage.

    S’il y a bien un sujet qui est placé au cœur de la campagne des provinciales, c’est l’économie. Toutes les listes, d’un bord à l’autre de l’échiquier politique, promettent de relancer l’activité, de redonner de l’air aux entreprises, de simplifier les démarches administratives et de recréer de l’emploi.

    Il faut dire que le diagnostic est incontestable. Après les crises Covid, du nickel et les émeutes de 2024, une grande partie du tissu économique a été détruite, et l’incertitude politique qui s’y est ajoutée ne laisse que peu de marge aux décideurs du pays.

    Le gouvernement a déjà engagé une partie de ce programme de relance avec plusieurs mesures d’urgence : mensualisation de la patente, report de cotisations sociales pour certaines entreprises, élargissement du chèque emploi service, CDD de projet ou encore prolongation de dispositifs de maintien dans l’emploi. Dans la campagne qui s’achève, certaines listes vont plus loin et promettent de baisser sensiblement les dépenses publiques, les impôts, les charges sociales ou le coût du travail.

    Rien d’illégitime en soi. Beaucoup d’entreprises ne parlent pas aujourd’hui d’embaucher ni d’investir, mais bien de "tenir". Bertrand Courte, président du Medef-NC, le dit d’ailleurs sans détour, les allégements de charges sont surtout, dans la situation actuelle, "une bouffée d’oxygène" pour la trésorerie. "Aujourd’hui, ça permet de survivre." Selon le patron des patrons, de nombreuses entreprises encore debout tournent avec 30 à 40 % d’activité en moins, et jusqu’à 90 % pour les secteurs les plus sinistrés.

    Ça ne peut être que des mesures temporaires. À un moment, il faut bien payer la Cafat.

    Mais cette urgence pose une autre question. Car les charges sociales ne sont pas seulement un coût pour l’entreprise. Elles permettent de financer la santé, les retraites, les prestations sociales, toute une partie du modèle calédonien de solidarité. Suspendre ou réduire ces cotisations peut soulager l’économie à court terme, mais le faire durablement sans autre financement reviendrait à déplacer le problème vers la Cafat, le Ruamm ou les retraites.

    Et sur ce point, le patronat ne dit pas autre chose. "Ça ne peut être que des mesures temporaires, insiste Bertrand Courte. À un moment, il faut bien payer la Cafat." Le Medef-NC plaide donc pour une réforme plus profonde : ne plus financer une partie de la santé uniquement par le travail, mais transférer ce financement vers la fiscalité, notamment la TGC. L’organisation patronale défend une idée simple : tout le monde ne travaille pas et ne cotise pas, mais tout le monde consomme. En élargissant l’assiette, le Medef espère ainsi à la fois faire baisser le coût du travail, redonner du pouvoir d’achat aux salariés et continuer à financer le système de santé. Mais la taxe sur la consommation peut être considérée comme "injuste", car elle touche tout le monde, y compris les ménages les plus modestes. Elle a cependant le mérite de poser la question du financement des comptes sociaux, si l’on veut baisser les cotisations pesant sur l’emploi. "À un moment, il faut faire des choix", résume Bertrand Courte.

    L’entreprise a besoin d’un environnement favorable.

    C’est précisément ce que souligne Loïc Steffan, professeur agrégé d’économie et gestion à l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Dans une note publiée cette semaine, il invite à dépasser une formule souvent entendue, selon laquelle "c’est le privé qui crée de la richesse". Pour l’enseignant, cette phrase n’est pas fausse, mais elle est incomplète. Si une entreprise crée bien de la valeur, produit, vend et embauche, elle ne le fait jamais seule, rappelle-t-il. Elle dépend des salariés formés, des routes, de l’énergie, du système de santé…

    Bertrand Courte partage ce constat. "L’entreprise a besoin d’un environnement favorable", explique-t-il, en citant les infrastructures publiques, les réseaux, la réglementation, Internet, ou encore une fiscalité lisible. Si cet environnement est défaillant, "elle ne peut pas se développer". Le débat n’oppose donc pas mécaniquement public et privé. La vraie question est donc ailleurs. Que finance-t-on, avec quel argent et pour quel résultat ?

    Le problème, ce n’est pas que le public dépense de l’argent, c’est qu’il le dépense mal.

    Loïc Steffan insiste sur l’évaluation des politiques publiques. "Le problème, ce n’est pas que le public dépense de l’argent, c’est qu’il le dépense mal", estime-t-il. Le chercheur plaide pour que chaque aide, chaque exonération, chaque baisse de charge soit comparée à d’autres usages possibles du même argent. Combien d’emplois créés ? Combien de cotisations récupérées ? Quel niveau d’activité relancé ? Combien d’argent réinjecté localement ?

    La Chambre territoriale des comptes rappelle de son côté que les finances publiques du pays restent très contraintes. En 2024, l’État a joué un rôle d’amortisseur majeur, les collectivités, la Cafat, Enercal ou encore la caisse des retraites ayant été particulièrement affectées par la crise. Mais le niveau des prélèvements obligatoires reste par ailleurs inférieur à celui de la Métropole. 32,9 % du PIB en Nouvelle-Calédonie, contre 42,8 % dans l’Hexagone, selon la Chambre territoriale des comptes. Un décalage qui s’explique aussi par le fait qu’une partie des services publics calédoniens sont financés par l’État.

    Reste enfin le sujet politique. Faut-il conditionner les aides aux entreprises à des embauches, au maintien de l’emploi ou à des investissements ? Loïc Steffan y est favorable sur le principe. Bertrand Courte, de son côté, comprend l’idée, mais la juge difficilement applicable dans la crise actuelle. "On n’est pas dans une période normale", répond le président du Medef, qui rappelle qu’une entreprise aidée aujourd’hui ne peut pas garantir qu’elle ne licenciera pas demain si son activité se dégrade encore.

    On ne peut pas durablement promettre moins d’impôts, moins de charges et plus de services, sans dire qui paie.

    Après le scrutin de dimanche, le débat devra donc changer de nature. Après le temps des promesses, viendra celui des actes. Il s’agira de voter des textes, de prolonger les dispositifs d’urgence, de réformer le financement de la santé, des retraites et la fiscalité. Bertrand Courte demande que les mesures déjà préparées soient adoptées rapidement, notamment l’aide au maintien à l’emploi, qui arrive à échéance en juillet. Loïc Steffan prévient, lui, "qu’on ne peut pas durablement promettre moins d’impôts, moins de charges et plus de services, sans dire qui paie".

    Pour le chercheur, c’est dans cet équilibre subtil que se jouera la relance. Aider les entreprises, sans oublier que l’argent public finance aussi ce qui permet à l’économie de tourner.

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