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    Provinciales
  • Propos recueillis par Julien Mazzoni | Crée le 23.06.2026 à 13h43 | Mis à jour le 23.06.2026 à 14h13
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    Johanito Wamytan conduit la liste "Kanaky pour tous", présentée par le FLNKS en province Sud pour les élections provinciales du 28 juin. Photo Julien Mazzoni
    Tête de liste "Kanaky pour tous" en province Sud, Johanito Wamytan axe sa campagne sur l’emploi, la justice sociale et la relance par l’investissement public. Le candidat du FLNKS assume la souveraineté comme un levier de développement et appelle les abstentionnistes indépendantistes à se mobiliser le dimanche 28 juin. Entretien.

    Pourquoi avez-vous accepté de conduire cette liste ?

    Je ne l’avais pas prévu. Je devais partir en Chine, reprendre la musique, passer du temps avec mes enfants. Mais il y a eu une procédure interne à l’Union calédonienne, puis une commission d’investiture et un comité directeur qui a duré jusqu’à 5 heures du matin. Mon nom est sorti. À un moment, quand ton mouvement te demande d’assumer, il faut y aller. Je suis militant depuis des dizaines d’années. J’ai accepté parce que c’était aussi une demande du président du FLNKS.

    Ce choix traduit-il une volonté de renouvellement ?

    Oui. Il y avait une demande de terrain, de la population et des structures. La liste a été rajeunie d’une dizaine d’années par rapport à 2019. On est autour de 45 ans de moyenne d’âge, contre 55 ans auparavant. Il fallait aussi tenir les équilibres territoriaux et internes. Ce n’est jamais simple, mais c’est un marqueur important.

    Vous dites vouloir remettre la justice sociale au centre des préoccupations. Quel serait votre premier acte si vous étiez président de la province Sud ?

    Très concrètement, une délibération modificative du budget pour rétablir les aides qui ont été supprimées, suspendues ou diminuées. Ce filet social est nécessaire. S’il n’y a pas de salariés, pas de main-d’œuvre, pas de ressources humaines, il n’y a pas d’entreprise. La jeunesse est une ressource majeure de ce pays, mais il faut la remettre sur le bon chemin. Si on laisse ces jeunes au bord de la route, on ne réglera rien.

    Si on reconstruit de beaux bâtiments sans régler les problèmes de fond, ils brûleront encore dans cinquante ans.

    Vous évoquez 1 000 à 1 500 jeunes qui sortiraient chaque année du système scolaire. Que proposez-vous ?

    Nous proposons le dispositif Gami, guide d’accompagnement et de médiation à l’insertion. En langue drubea, gami signifie "grand frère". L’idée est d’articuler les dispositifs existants, provinciaux et gouvernementaux, et d’envoyer des jeunes sur le terrain pour aller vers d’autres jeunes : formation, insertion, accompagnement scolaire, médiation. On n’invente pas tout, on met ce qui existe en cohérence.

    Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les événements de mai 2024 ?

    La partie politique a créé le déclic, il ne faut pas se mentir. Mais on marchait sur un baril de poudre depuis des années. Les inégalités socio-économiques, l’échec scolaire, les addictions, tout cela existait déjà. Je ne sais pas si ça vaut la peine de chercher un responsable unique. Au final, tout le monde a sa part. Ce qu’il faut, c’est assumer et ne pas reproduire les mêmes erreurs. Si on reconstruit de beaux bâtiments sans régler les problèmes de fond, ils brûleront encore dans cinquante ans.

    Vous dites vouloir rétablir des aides sociales tout en relançant l’économie. Comment éviter que ces deux priorités entrent en collision dans un budget contraint ?

    Pour nous, il n’y a pas d’opposition. On veut relancer l’économie par l’investissement public. La province Sud a 13,3 milliards de francs d’investissements fléchés. L’enjeu est d’aller vers un taux de réalisation maximal. Chaque franc dépensé par la province doit créer de l’emploi local. Cela passe aussi par l’assouplissement des marchés publics, pour découper les marchés et sélectionner des entreprises qui sont restées ici, qui embauchent localement, qui prennent des jeunes en insertion ou des personnes en situation de handicap.

    La stabilité institutionnelle est un levier économique majeur.

    Faut-il revoir les aides aux entreprises ?

    On peut créer un fonds de trésorerie d’urgence pour les TPE et PME, avec une procédure simplifiée, afin de donner de l’oxygène aux entreprises qui peuvent repartir. Ce fonds pourrait être alimenté par l’aide de l’État, par la réaffectation d’excédents non utilisés ou par une négociation avec les banques locales sur des mécanismes à taux réduit. Mais il faut aussi de la visibilité. Cette visibilité dépendra de l’accord politique. La stabilité institutionnelle est un levier économique majeur.

    Vous proposez aussi d’agir sur l’alimentation, le transport et le logement. Comment ?

    Sur l’alimentation, nous voulons une société coopérative d’intérêt collectif pour relier la production locale à la consommation. Il y a des jeunes agriculteurs, notamment en tribu, qui produisent mais ne savent pas toujours écouler. Il faut organiser cela, supprimer des intermédiaires, faire manger local et moins cher.

    Sur le transport, nous voulons un passe mobilité pour articuler bus, bateau et avion. Il faut rouvrir des lignes, redéployer le réseau, permettre aux gens de se déplacer pour travailler, se soigner, consommer. Enfin, sur le logement, il faut un plan de réhabilitation des logements sociaux vacants et travailler à l’accession à la propriété citoyenne. On ne peut pas avoir des milliers de familles dans les squats et autant de logements vides.

    Bougival semble désormais enterré. Sur quelles bases le FLNKS est-il prêt à reprendre les discussions institutionnelles après les provinciales ?

    J’ai dit que Bougival n’était pas mort, mais dans le coma. Ce sont les résultats des élections qui diront si cet accord revient sur la table ou si l’on repart sur de nouvelles bases. Nous, nous serons présents aux discussions. Nous parlons de sincérité, de méthode et d’interlocuteurs stables. L’accord de Kanaky est une proposition. Il faut discuter de la période de transition, de l’aboutissement, d’une souveraineté en lien avec les réalités du XXIe siècle. On ne parle pas de rupture, mais d’un nouveau lien. Pour nous, la souveraineté n’est pas un slogan, c’est un levier de développement.

    Ce pays est métissé. C’est une richesse.

    Comment convaincre un électeur non-indépendantiste de voter pour vous ?

    Un électeur fondamentalement non indépendantiste, ce sera compliqué. Mais il y a ceux qui hésitent, ceux qui sont dubitatifs, ceux qui s’abstiennent. À eux, nous disons que nous voulons une société plus juste, plus équitable, plus inclusive. Kanaky pour tous, ce n’est pas un hasard. Kanaky, parce que notre aspiration est connue. Pour tous, parce que nous sommes dans la continuité de Nainville-les-Roches et de l’accord de Nouméa. Ce pays est métissé. C’est une richesse.

    Vous avez été sanctionné par la Chambre territoriale des comptes pour mauvaise gestion lorsque vous étiez directeur de la Case des artistes. Avec le recul, referiez-vous tout de la même manière ?

    Il y a des choses que j’assume. La demande d’agrément n’a pas été faite. Les comptes n’ont pas toujours été transmis dans les temps. Administrativement, j’étais responsable avec le président, donc j’assume. Mais il n’y a pas eu d’enrichissement personnel, pas de faux, pas de détournement. La Case des artistes était un combat pour donner un statut aux artistes, qui sont parmi les plus précaires, mais qui portent les langues, les traditions, le lien social. Dès la première année, le modèle était déficitaire. Nous avons alerté. J’ai même appelé à liquider la structure, mais les institutions et les artistes voulaient continuer. On a tenu parce qu’on croyait à cet outil.

    Si tu ne votes pas, tu votes Backès. Si tu votes blanc, tu votes Backès. Si tu votes une autre liste indépendantiste, tu votes Backès.

    Si aucune liste n’obtient de majorité nette, quelles seront vos lignes rouges ?

    La première condition est de franchir la barre des 6 373 voix. Ensuite, il faudra regarder qui est élu. Il faudra une cohérence sur les politiques publiques, notamment sociales, et sur la manière d’envisager l’avenir du pays. En 2019, la majorité aurait pu se construire autrement. Si un schéma se présente, il faudra discuter avec ceux qui sortiront des urnes.

    Quel résultat serait un succès pour vous dimanche soir ?

    Une déception, ce serait de faire moins qu’en 2019. Un succès, ce serait de faire plus. C’est notre boussole.

    Comment convaincre les abstentionnistes, et notamment les plus jeunes ?

    Moi, je leur dis les choses simplement : si tu ne votes pas, tu votes Backès. Si tu votes blanc, tu votes Backès. Si tu regardes le match de foot, tu votes Backès. Si tu votes une autre liste indépendantiste, tu votes Backès. Après, il faut assumer. Le bulletin jaune, ce n’est pas le bulletin de Johanito Wamytan. C’est le bulletin pour aller chercher Kanaky.

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