- Propos recueillis par Julien Mazzoni | Crée le 15.06.2026 à 14h15 | Mis à jour le 15.06.2026 à 14h27ImprimerPascal Lafleur, tête de liste "Un Espoir pour demain" pour les provinciales 2026. Photo Julien MazzoniSollicité par Joël Kasarherou, Pascal Lafleur, le fils de Jacques Lafleur, a accepté de conduire la liste "Un Espoir pour demain" en province Sud. L’ancien candidat aux législatives de 2022 défend une Nouvelle-Calédonie française, une solution institutionnelle offrant cinquante ans de visibilité et plusieurs mesures destinées à répondre aux difficultés du quotidien.
Pourquoi avoir accepté de prendre la tête de cette liste ?
Parce qu’il y avait un projet derrière. Joël Kasarherou est venu me voir avec une histoire que j’ai trouvée intéressante. Il m’a convaincu. En échangeant avec lui, je me suis rendu compte que nous avions une vision de l’avenir et des choses à faire très proches.
Vous aviez déjà été candidat aux législatives de 2022. Qu’est-ce qui a changé depuis pour vous convaincre de faire votre retour sur la scène politique ?
La situation de la Nouvelle-Calédonie. En 2022, je me suis présenté parce que personne ne défendait ce à quoi je croyais pour l’avenir du pays. Aujourd’hui, c’est pire. Nous sommes au fond du trou. Des gens ont des difficultés à se nourrir, à payer leurs factures. Il y a des urgences pour la population, pour les entreprises et aussi sur l’institutionnel parce qu’on ne peut pas traîner.
Votre nom reste associé à celui de votre père, Jacques Lafleur. Revendiquez-vous son héritage politique ?
[Il désigne la photo de son père et de Jean-Marie Tjibaou qui trône derrière son bureau, NDLR]. Cette photo de la poignée de main, c’est ça que je revendique. Ce geste nous a permis de retrouver la paix, de vivre pendant des années dans la sérénité et de donner de l’emploi aux gens. Aujourd’hui, on est à l’opposé de cette philosophie. Ce que je revendique, c’est de revenir à cet état d’esprit.
L’union des non-indépendantistes a été déconstruite pour des raisons de susceptibilité ou d’ego.
Construire autrement a beaucoup plaidé pour l’union des forces non-indépendantistes. Pourquoi n’a-t-elle pas eu lieu ?
Nous revendiquons une Calédonie française parce que c’est le choix des Calédoniens et parce que ce serait une catastrophe pour les habitants du pays d’accéder à l’indépendance maintenant. L’union était nécessaire. Mais quand on parle de liste, les choses se gâtent. Certains voulaient être bien placés, d’autres voulaient mettre telle personne à telle place. Cette union, qui était bien partie, a été déconstruite pour des raisons de susceptibilité ou d’ego.
Les Loyalistes vous accusent de diviser le camp non-indépendantiste. Que leur répondez-vous ?
Diviser, c’est se présenter quand on a le même projet. Quand on est pleinement différent, est-ce qu’on divise. Je ne crois pas. Nous sommes en totale opposition avec ce qui a été fait par les sortants, qu’ils soient indépendantistes ou non-indépendantistes. Cette radicalisation, cette opposition permanente et ce fossé creusé entre des gens qui ne peuvent pas faire autrement que de vivre ensemble, c’est précisément ce que nous refusons.
Qu’est-ce qui vous différencie des autres listes non-indépendantistes ?
Je n’appartiens à aucun parti politique. C’est une liste composée de chefs d’entreprise, de syndicalistes, de responsables associatifs, de personnes qui connaissent le terrain et vivent les difficultés au quotidien.
Les autres expliquent qu’il ne faut pas discuter de l’avenir institutionnel avant dix-huit mois. Moi je dis que c’est une urgence. Il faut rassurer la population, les chefs d’entreprise qui n’investissent plus et les gens qui se demandent s’ils ne vont pas quitter le territoire.
Bougival est une usine à gaz politique qui ne donne aucune visibilité.
Quelle est votre position sur l’accord signé à Bougival ?
Je suis contre. C’est une usine à gaz politique. On ne sait plus vraiment si l’on est indépendant ou non-indépendant. Et surtout, cet accord ne donne aucune visibilité.
Tous les cinq ans, on peut se retrouver à reparler d’indépendance ou de référendum. Aucun investisseur ne construit un projet sur cinq ans. On investit sur vingt, trente ou quarante ans.
La Nouvelle-Calédonie a besoin de stabilité. Entre un mauvais accord et pas d’accord, je considère que c’est la même chose. Les entreprises ont besoin de savoir où va le pays. Les familles aussi.
Le débat institutionnel est donc prioritaire selon vous, ou l’urgence est-elle ailleurs ?
Malheureusement, tout est prioritaire. Il faut des mesures d’urgence pour le quotidien des Calédoniens, des mesures à moyen terme et long terme et une solution institutionnelle qui permette de construire des fondations solides. Sans fondation, on ne construit rien.
Quelle solution institutionnelle proposez-vous ?
Je propose une solution sur deux générations. Cinquante ans, ce n’est pas pour dire qu’il y aura un référendum au bout de cinquante ans, mais qu’on pourra alors commencer à se poser la question. Et ce référendum ne serait pas forcément "pour ou contre l’indépendance". Il pourrait porter sur une révision statutaire ou un projet. Pendant cinquante ans, on construit, on développe l’économie, l’éducation et la formation. Il faut sortir de cette logique où on fixe sans cesse une nouvelle échéance politique.
Quand j’entends que l’huile et l’eau ne se mélangent pas, je ne peux pas l’accepter.
Vous proposez également de revoir l’organisation des provinces. Jusqu’où ?
Joël Kasarherou est pour supprimer toutes les provinces. Moi je suis pour en supprimer une. La province des Îles devrait être regroupée avec une autre province, mais ce sont aux habitants des Îles de décider avec qui ils souhaitent aller. L’objectif n’est pas de les marginaliser. Les gens des Îles qui viennent à Nouméa parce qu’il n’y a rien chez eux vivent souvent dans des squats. Ce n’est pas acceptable.
Comment recréer du lien après les émeutes de 2024 ?
Les indépendantistes ont une responsabilité importante. Par leurs discours et leurs actions, ils ont contribué à creuser le fossé. Mais les Loyalistes sont tombés dans le même piège. Ils ont voulu répondre de la même manière et ont eux aussi creusé ce fossé.
Quand j’entends qu’on ne pourrait vivre que côte à côte, que l’huile et l’eau ne se mélangent pas, je ne peux pas l’accepter. Nous sommes un pays multiculturel. On ne peut pas construire l’avenir en faisant peur aux gens. Je reproche aux Loyalistes d’avoir utilisé cette peur pour récupérer un électorat. Cette radicalisation permanente a poussé des habitants à quitter le territoire bien avant les émeutes. D’autres sont partis après. Il faut renouer avec le dialogue, mais un vrai dialogue. Il faut se respecter, arrêter les insultes et accepter de discuter sans être figé sur des positions de principe.
L’esprit de Jacques Lafleur et de Jean-Marie Tjibaou manque-t-il aujourd’hui ?
Bien entendu. Ces deux personnes manquent. Mais beaucoup de gens ont été formés depuis, ont suivi et n’ont rien retenu. Pour nous, cette poignée de main reste un acte fondateur.
Nous voulons renverser la table, c’est-à-dire être majoritaires.
Quelle est votre position sur le corps électoral ?
Je suis pour un dégel, mais pas forcément total. Des personnes de passage qui ne connaissent pas nos spécificités, les faire voter aux provinciales peut biaiser le résultat. En revanche, on ne peut pas interdire à des gens de voter à vie.
Je n’étais pas favorable au texte qui a mis le feu aux poudres. Il ne fallait pas traiter le corps électoral seul, alors qu’il n’y avait pas d’élection. Il fallait d’abord une nouvelle solution institutionnelle.
Quel score considéreriez-vous comme une réussite le 28 juin ?
Nous voulons renverser la table, c’est-à-dire être majoritaires. Je ne me présente pas pour faire de la figuration. Si nous perdons, je le prendrai comme un échec personnel.
Et si vous gagniez, quelles seraient vos premières mesures ?
Il faut d’abord répondre au quotidien. Nous proposons une allocation citoyenne et la gratuité des cantines scolaires. Des instituteurs me disent qu’ils voient des enfants arriver sans avoir mangé. Ce n’est pas acceptable.
Nous voulons également travailler sur les transports. Des jeunes ont arrêté leurs études parce qu’ils n’avaient plus les moyens de se déplacer. Des salariés précaires travaillent parfois pour payer leurs trajets. Il faut une solution de type abonnement accessible.
La Nouvelle-Calédonie n’a pas d’argent. L’État devra continuer à aider.
Et pour les entreprises ?
Il faut se méfier des fausses bonnes mesures. Repousser les charges sociales, c’est bien, mais que fait-on quand il faudra les payer et qu’il n’y aura toujours pas d’activité ? Je pense qu’il faut redonner du pouvoir d’achat aux salariés, revoir certaines cotisations sociales et étudier un financement davantage basé sur la fiscalité indirecte. Mais soyons honnêtes : la Nouvelle-Calédonie n’a pas d’argent. L’État devra continuer à aider.
Quels grands projets vous paraissent prioritaires ?
Je suis favorable à l’étude d’une mini-centrale nucléaire. Cela permettrait de faire baisser le coût de l’énergie, d’aider les industries métallurgiques et de faire de la Nouvelle-Calédonie une vitrine de la technologie française dans le Pacifique.
Je défends aussi depuis plus de dix ans l’idée d’utiliser les scories de la SLN pour créer un îlot artificiel dans la baie de Koutio afin d’y construire une nouvelle prison.
Retrouvez l’ensemble des 23 listes candidates aux provinciales
La liste "Un espoir pour demain"
1. Pascal Lafleur
2. Patricia Van Ryswyck
3. Joël Kasarherou
4. Michele Homboe
5. Thierry Mayerau-Lonne
6. Cathleen André
7. Olivier Charles
8. Frédérique Pandosy
9. David Garrigou
10. Christine Chenin
11. Sanjay Luquet
12. Stella Andry
13. Atéléa Taofifenua
14. Valérie Bourineau
15. Didier Kaddour
16. Cathy Gopea
17. Richard Digoué
18. Linda Soemowirono
19. Jean-Michel Tivollier
20. Séverine-Valérie Chevalier
21. Frédéric Homboe
22. Valentine Holle
23. Wilfried Wostrowski
24. Lollita Lecren
25. Henri-Bernard Duval
26. Diana Renard
27. Tevita Filikesa
28. Joëlle Chodey
29. Hervé Lagabrielle
30. Isabelle Ridaudo
31. Hervé Prigent
32. Laurence Lagabrielle
33. Patrick Paprocki
34. Vanessa Bourne
35. Ferdinand Sorge
36. Audrey Duval
37. Paul-Joseph Hirep
38. Kareen Renaud
39. Georges Passil
40. Colette Soenne
41. Michel Ugolini
42. Yveline Lozach
43. Miguel Laigle
44. Elisabeth Babin
45. Philippe Gazeau
46. Nathalie Laigle
47. Xavier Chombeau
48. Claude Mailleret
49. André Lyon
50. Marie-Augustine Wabealo
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