- Des propos recueillis par Anne-Claire Pophillat | Crée le 30.06.2026 à 18h09 | Mis à jour le 30.06.2026 à 20h37ImprimerNadeige Faivre était vice-présidente de la province Nord lors de la précédente mandature de Paul Néaoutyine. Photo UNIAvec 9 319 voix, l’Union nationale pour l’indépendance, liste portée par Paul Néaoutyine, est arrivée derrière celle de l’UC-FLNKS de Pascal Sawa au scrutin du dimanche 28 juin, et récolte un siège de moins, soit neuf, à la province Nord. Aucune des deux ne remporte la majorité, alors que l’élection de la présidence se tient vendredi 3 juillet. Nadeige Faivre, 4e de liste, élue au Congrès, analyse ce résultat, évoque les possibles stratégies et aborde les échéances à venir. Entretien.
La liste Union pour l'indépendance menée par Paul Néaoutyine dans le Nord a recueilli quelque 1 000 voix de moins que celle de Pascal Sawa (UC-FLNKS), lors du scrutin provincial de dimanche 28 juin. Comment analysez-vous ce résultat ?
Nous avions dix sièges lors du dernier mandat, nous en avons neuf cette fois-ci, c'est un siège qui se promène entre l'UC et l'UNI. On ne prend pas ça comme une défaite. Au contraire, après 27 années de gouvernance, on est content de voir que des gens se sont encore mobilisés pour l'UNI, c'est une confiance renouvelée, on pense plutôt que ça reste une belle victoire, car cela nous laisse en très bonne position, donc c'est un score honorable.
L'UC-FLNKS gagne pourtant du terrain dans le Nord...
Je n'en suis pas persuadée. On a toujours un effet yo-yo, ce sont les deux gros blocs politiques représentés au Nord qui partent séparément, mais c'est la même famille politique d'indépendantistes à l'origine.
J'ai davantage interrogé la perte de sièges au niveau de l'UNI. On a une augmentation du nombre d'électeurs de plus de 3 000, et le bloc loyalistes a fait le même nombre de sièges. On a traversé quelques turbulences, et les petites listes, notamment l'une d'entre elles, dissidente du Palika ("Alternative Nord pour un pays souverain", d'Eugène Menrempon, de l'UPK, qui fait 1 239 voix, NDLR), je pense que ce sont des voix qu'on a perdues. Mais je considère qu'on est au coude à coude, chacun conserve son électorat et sa puissance.
Est-ce que les désaccords autour de l'accord de Bougival ont pesé sur cette élection ?
Deva, Bougival, toutes ces démarches qui ont concouru à essayer de trouver un accord, ont abîmé un petit peu chaque organisation politique. L'UNI n'a pas été épargnée par cela. Ça a dû jouer, pas pour l'essentiel et pas en grande importance, mais oui, ça a bougé quand même quelques pions.
Bougival, il n'y a pas de sujet, ça n'existe plus, cela a été discuté, les choses ont été dites, il y a une concertation très importante au sein de ces organisations politiques.
Dans le Sud, l'UNI a peiné à rassembler. Pourquoi selon vous ?
C'est la première fois qu'il y a une liste UNI dans le Sud, c'était une innovation. Jusqu'alors, les camarades étaient sur une liste FLNKS. C'est un sujet à interroger, je pense qu'il peut questionner.
La démarche d'ouverture de l'UNI, c'est quelque chose en quoi je crois fondamentalement. Mais là, la décision d'organiser les élections a été prise très tardivement, il y a peut-être eu des axes de communication qui auraient pu être plus intensifiés, je pense qu'il y avait quelque chose à aller chercher, si la démarche avait été bien expliquée. C'est le temps, qui a manqué. Mais je suis persuadée qu'il faut persister dans cette voie, on verra aux prochaines échéances.
Il y a, au sein de l'UNI, deux tendances, une pro et une anti-Bougival, celle de Paul Néaoutyine, est-ce que cela n'abîme pas cette alliance ?
Si, elle a été sans doute abîmée, mais les choses ont été dites. Bougival, il n'y a pas de sujet, ça n'existe plus, cela a été discuté, il y a une concertation très importante au sein de ces organisations politiques. Maintenant, on considère ce qui est devant nous, comment il faudra s'organiser pour nommer des représentants et repartir pour aller chercher ce projet d'accord en consensus avec toutes les forces politiques du pays.
Vous parlez de vendredi 3 juillet, jour de l'élection de la présidence de la province, comment peut-elle se passer, l'UNI pense-t-elle nouer une alliance afin de faire élire Paul Néaoutyine ?
Étant donné qu'il n'y a aucune majorité absolue, tous les scénarios restent possibles. Nous, on est engagés en rien, on est partis dans ces élections pour les gagner, parce qu'on a porté des orientations, le bilan a été validé par nos bases, et on entend bien poursuivre. Après, ce sont les 22 élus de l'assemblée qui prendront leurs décisions et assumeront leurs choix.
On envisagera tous les scénarios. Pour l'instant (mardi 30 juin au matin, NLDR), il n'y a pas eu de rapprochement entre les trois groupes politiques qui sont représentés à l'assemblée pour essayer de faire une unité quelconque. On va poursuivre comme ça, et vendredi, "que sera, sera".
Je ne vois pas pourquoi le président n'irait pas jusqu'au bout.
Paul Néaoutyine sera bien candidat ?
On doit en parler ce jeudi, mais le président est quelqu'un qui n'a jamais renoncé, qui n'a jamais démissionné, je considère qu'il est toujours sur sa même feuille de route, il a engagé des dossiers. C'est un signataire de l'accord de Nouméa, l'usine du Nord est à l'arrêt, elle est en bonne phase d'avoir une reprise, on a porté ça pendant la campagne, je ne vois pas pourquoi il n'irait pas jusqu'au bout.
L'UNI aura six représentants au Congrès, un septième avec Wali Wahetra élue aux Îles, contre 12 lors de la précédente mandature, comment allez-vous siéger ?
On pourra constituer un groupe et bénéficier de moyens, on sera très mobilisés pour les projets pays, mais aussi pour défendre les positions de notre exécutif et de la province Nord, on a nos orientations et nos positionnements. Et on espère que Wali nous rejoindra.
On n'est pas dans une opposition systématique, on est pour aller chercher l'homogénéité, la cohésion quand c'est utile.
Pensez-vous constituer une majorité indépendantiste avec l'UC-FLNKS et l'Éveil océanien au Congrès ?
À l'UNI, on a toujours, d'une part, porté les orientations de la province Nord, et d'autre part, on n'est pas dans une opposition systématique, on n'a jamais fait ça. Au contraire, on est pour aller chercher l'homogénéité, la cohésion quand c'est utile. On se positionnera avec neutralité, en défendant nos politiques publiques du Nord sur tous les dossiers. Donc si ceux portés par les camarades loyalistes nous parlent et vont dans le sens des intérêts que l'on défend pour nos populations et le pays, on ira.
Nicolas Metzdorf a évoqué l'idée de faire une alliance avec l'UNI en vue de créer une majorité. Qu'est-ce que vous répondez ?
On n'a jamais fait d'alliance avec qui que ce soit, jamais. Ce n'est pas dans nos objectifs d'en développer une aujourd'hui. Sur les dossiers concernant l'avenir du pays, on sera toujours autour de la table, mais sur le reste, on est toujours restés droit dans nos bottes, et c'est ce qu'on va poursuivre.
Il est reproché à Paul Néaoutyine de n'avoir presque jamais siégé au Congrès. Cela pourrait-il changer ?
Il n'est pas le premier et il ne sera pas le dernier. Aujourd'hui, le Congrès a fait évoluer son règlement intérieur, on a un système de visio, dont j'ai moi-même beaucoup profité, mais le président suit de près les dossiers du Congrès, on a une organisation particulière ici, il est interrogé sur ses orientations sur chaque dossier, et il participe à tout le travail que le Congrès porte. Et on est porteur de ses procurations la plupart du temps. Je considère qu'il n'y a pas de sujet, il sait très bien ce qu'il a à faire et il le fait, il est entouré d'une équipe solide, donc il n'y a aucune inquiétude.
Notre socle, c'est l'accord de Nouméa. C'est à partir de là qu'on va nommer nos représentants, essayer de construire quelque chose qu'on va aller discuter avec les camarades et l'État français.
Vous évoquiez les discussions institutionnelles. Ce ne seront plus les mêmes personnes de l'UNI (notamment Jean-Pierre Djaïwé, Victor Tutugoro et Adolphe Digoué, NDLR) qui y participeront, de nouvelles seront désignées, comment voyez-vous cette prochaine étape ?
Je vois les choses très sereinement. On a déjà défini les prochaines étapes, on y a travaillé, donc on attend que tout se tasse, les élections à la province, au Congrès et le gouvernement, et puis on reprendra les discussions pour aller chercher un projet. Pas avec ce qui s'est fait, pas avec Deva, pas avec Bougival. Nous, on voudrait repartir sur de nouvelles bases avec les positions de chacun et essayer de construire tous ensemble quelque chose qui mène au consensus, parce que les populations sont fatiguées, on l'a vu aux élections.
Les gens ont besoin de visibilité, d'espoir, c'est leur quotidien qui les inquiète. On va essayer de faire les bons choix pour la population et l'intérêt général. Notre socle, c'est l'accord de Nouméa. C'est à partir de là qu'on va nommer nos représentants, essayer de construire quelque chose et qu'on va aller discuter avec les camarades et l'État français.
Est-ce que Paul Néaoutyine pourrait être l'un de ces représentants ?
De toute façon, il y a toujours participé. Il a toujours dit ce qu'il avait à dire, comme avec son communiqué sur Bougival. Le Président est très près de tous ces sujets, il veille à leur évolution. Il est resté sur le respect des nominations qui avaient été faites, donc bien sûr qu'il y participera.
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