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    Grand Nouméa
  • Anthony Tejero | Crée le 01.08.2026 à 16h28 | Mis à jour le 01.08.2026 à 17h56
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    Kylian Bull montre les menaces qui pèsent sur les Callitris sulcata, espèce emblématique du parc, dont un tiers de la population de la zone a péri lors de l'incendie de 2020, aux Marmites. Photo Anthony Tejero
    C'est un travail d'exploration inédit qui est lancé au parc provincial de la Dumbéa. Jusqu'en 2028, scientifiques et associations environnementales vont travailler main dans la main pour recenser la faune et la flore de ce sanctuaire jusque dans les coins les plus reculés aux confins de la réserve intégrale de la montagne des Sources. Objectif : publier un atlas de la biodiversité de la commune, en vue d'aider les collectivités à mieux protéger et gérer ce vaste espace naturel. 

    Avec ses nombreux affluents et trous d’eau aux couleurs éclatantes, synonymes de fraîcheur, c’est sans doute le parc provincial le plus connu des Calédonien.ne.s, qui vont par dizaine de milliers se baigner chaque année dans les méandres de la Dumbéa. Pourtant, sait-on vraiment les trésors qu’abrite cet immense sanctuaire ? Pas sûr. C’est pourquoi un travail d’inventaire et d’exploration de longue haleine jusqu’aux zones les plus reculées de ces montagnes et ces vallées est en cours, porté par l’association Dumbéa rivière vivante.

    Lancé en janvier, l’atlas de la biodiversité vise ainsi à répertorier les espèces végétales et animales qui peuplent la commune de Dumbéa, et plus particulièrement les spécimens les plus menacés ainsi que les zones où les enjeux de conservation sont les plus importants, notamment pour celles qui entrent en conflit d’usage avec promeneurs et baigneurs.

    "L’objectif, à terme, c’est de mieux mettre en valeur ce parc qu’on qualifie souvent de piscine et de réservoir d’eau potable du Grand Nouméa, glisse Clara Calmettes chargée de projet au sein de l’association. C’est ici que la majorité des gens se retrouvent notamment le week-end et pendant les vacances. Il est donc important de prendre en compte la richesse de ce parc tant pour sa biodiversité que pour sa ressource en eau, mais aussi pour la nécessité de mieux protéger ses espèces, dont certaines sont aujourd’hui en danger critique d’extinction."


    Clara Calmettes qui pilote le projet de l’atlas communal de la biodiversité, montre certaines espèces aux jeunes de l'association, comme Arnaud Kraeuteur, en service civique.  Photo Anthony Tejero

    Dans le viseur également : mettre fin aux incendies d’ampleur qui ont touché cette zone, dont l’un des plus récents reste celui de novembre 2020, dans le secteur des Marmites, qui avait gagné des poches entières de forêt humide. Les spécialistes avaient alors estimé que le tiers de la population des Callitris sulcata, plus communément appelés sapins de Combui, conifères aussi emblématiques que vulnérables, avaient été détruits.

    Ce projet d’un montant de 13 millions de francs* est prévu pour une durée de trois ans, soit jusqu’en 2028. Un temps long qui doit permettre de cartographier les hotspots de biodiversité et de poser un "diagnostic environnemental" précis de ce territoire. Cet atlas, qui à terme devrait, a minima, prendre la forme d’un support numérique, sera rendu public. Mais le document devra surtout servir de base aux collectivités et aux élus, afin d’élaborer en concertation avec les associations environnementales, une politique de "gestion durable et équilibrée" de ces vastes espaces naturels situés aux portes de l’agglomération. "Cela va donner des clefs pour aiguiller les décideurs dans des choix stratégiques : le plan d’urbanisme directeur (PUD), les zones prioritaires à sauver en cas d’incendie et celles qu’il faut restaurer, la création de corridors écologiques, etc., liste Clara Calmettes. Idéalement, on aimerait que ce site se transforme en parc de la rivière Bleue, mais sans forcément en faire payer l’entrée."

    Une expédition inédite dans la montagne des Sources

    Mais d’ici-là, encore faut-il bien connaître cet écosystème, pour mieux le comprendre et donc mieux le protéger. Car l’association en est certaine, le parc de la Dumbéa a encore bien des secrets à révéler. C’est pourquoi les scientifiques sont à pied d’œuvre cette année pour inventorier les poissons et crustacés d’eau douce, la flore menacée ainsi que les animaux terrestres qui vivent dans ces forêts.

    Point d’orgue de cette mission : en septembre, une expédition scientifique sera envoyée à titre exceptionnel, au cœur de la réserve intégrale de la montagne des Sources en vue de dresser "le premier inventaire" de la faune de ce sanctuaire qui dispose encore de vastes espaces sauvages et préservés. Chiroptères, geckos, cagous, méliphages noirs, lézards… Les chevilles ouvrières de l’atlas attendent avec impatience les résultats de cette campagne inédite d’exploration.

    32 espèces de poissons d’eau douce et huit crustacés


    L’inventaire des cours d’eau est basée sur l’observation subaquatique en palme masque tuba et sur la pêche électrique. Photo DRV

    Les résultats des premières missions de terrain commencent à tomber. Ainsi, les naturalistes ont répertorié au cours de leurs missions dans les différents affluents de la Dumbéa et dans la rivière principale, dans un secteur, allant du barrage jusqu’au parc Fayard, 32 espèces de poisson. Soit six espèces de plus que lors du précédent inventaire, mené il y a une dizaine d’années. Parmi ces poissons, quatre espèces sont strictement endémiques des cours d’eau calédoniens


    Le Schismatogobius fuligimentus est une espèce de poisson d’eau douce appartenant à la famille des gobies, qui est endémique. Photo Nicolas Charpin

    "C’est relativement riche et diversifié, analyse Clara Calmettes. On remarque néanmoins que les petits cours d’eau et les affluents, qui sont plus frais et plus abrités par la végétation ont des concentrations plus importantes que là où la rivière est large."

    Par ailleurs, huit espèces de crustacés, dont trois endémiques de la Nouvelle-Calédonie ont été recensés dans ces zones du bassin-versant de la Dumbéa.


    Le caridina meridionalis est une crevette d’eau douce endémique du Caillou. Photo : Nicolas Charpin

    À noter parmi les espèces aquatiques remarquables de la zone, la présence du Microphis brachyurus qui est un hippocampe d’eau douce.


    Microphis brachyurus est un poisson de la même famille que les hippocampes. Il est communément appelé syngnathe à queue courte. Photo : Nicolas Charpin

    Note

    *Un montant cofinancé par l'Office français de la biodiversité (OFB), le gouvernement et l'agence néo-calédonienne de la biodiversité (ANCB). Le projet bénéficie également du soutien technique de la ville de Dumbéa et de la province Sud. 

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